Un Jugement Qui Fait Date : L’UFC Condamnée à Payer Après 10 Ans de Procédure
C’est officiel : le 3 octobre 2024, le juge fédéral Richard Boulware a signé l’ordre exécutif permettant le déblocage des 375 millions de dollars promis aux combattants de l’UFC dans le cadre du procès antitrust. Une décision qui met fin à une saga judiciaire débutée en décembre 2014, lorsque des athlètes comme Cung Le (ancien champion Strikeforce) et Nathan Quarry (vétéran de l’UFC) avaient porté plainte contre la promotion, l’accusant de monopole abusif et de restriction de concurrence sur le marché des combats de MMA.
À l’époque, les plaignants dénonçaient des contrats léonins, des clauses de non-concurrence draconiennes, et une répartition inéquitable des revenus – l’UFC captant jusqu’à 90 % des recettes générées par les événements, laissant aux combattants des miettes comparées aux autres sports majeurs. Le procès, qui a traîné pendant près d’une décennie, a finalement abouti à un règlement à l’amiable en juin 2024, évitant un procès public qui aurait pu révéler des détails embarrassants pour l’organisation.
Pour Eric Cramer, l’avocat principal du cabinet Berger Montague (représentant les plaignants), cette victoire est « un tournant pour les droits des athlètes dans le MMA ». Dans une déclaration à MMA Fighting, il a souligné que « ce règlement envoie un message clair : même les géants du sport ne sont pas au-dessus des lois antitrust ». Une position partagée par Leslie Smith, ancienne combattante de l’UFC et figure du mouvement #PayTheFighters, qui a salué « une étape cruciale vers une rémunération plus juste ».
Qui Touche Quoi ? La Répartition des 375 Millions en Chiffres
Selon les documents judiciaires, 1 086 combattants ayant signé un contrat avec l’UFC entre 2010 et 2017 sont éligibles à une compensation. Parmi eux :
- 35 athlètes recevront plus d’1 million de dollars chacun, une somme qui pourrait changer leur vie pour des vétérans comme Jon Fitch (ancien prétendant au titre des poids mi-moyens) ou Kyle Kingsbury.
- Près de 100 combattants toucheront entre 500 000 et 1 million de dollars.
- La moyenne estimée se situe autour de 250 000 dollars par personne, un montant significatif pour des athlètes souvent contraints à des seconds métiers pour joindre les deux bouts.
Le cabinet Berger Montague a révélé un taux de participation record de 97 %, preuve que les combattants ont massivement saisi cette opportunité. Un seul athlète a bénéficié d’une tolérance exceptionnelle pour un dépôt de réclamation hors délai – une rareté dans les procédures judiciaires de cette envergure.
Cependant, attention aux délais : les chèques émis devront être encaissés sous 90 jours, faute de quoi ils deviendront nuls et non avenues. Une mesure visant à éviter les fonds dormants, mais qui pourrait poser problème pour certains combattants résidant à l’étranger ou confrontés à des difficultés administratives.
Par ailleurs, une partie des 375 millions a été réservée pour couvrir :
- Les frais juridiques futurs, au cas où des recours supplémentaires seraient nécessaires.
- Les impôts liés au règlement, évitant aux combattants une mauvaise surprise fiscale (les compensations sont imposables aux États-Unis).
Derrière les Chiffres : Les Conséquences d’un Procès Qui a Ébranlé le MMA
Ce règlement n’est pas qu’une question d’argent – c’est un séisme pour l’industrie du MMA. Pendant des années, l’UFC a été accusée de monopoliser le marché en étouffant la concurrence (rachats de promotions comme Strikeforce ou WEC) et en imposant des contrats désavantageux. Le procès a forcé l’organisation à réviser certaines pratiques, comme la durée des contrats ou les clauses de non-concurrence.
Pourtant, tous ne célèbrent pas cette victoire. Dana White, le président de l’UFC, a toujours nié toute faute, qualifiant les accusations de « sans fondement ». Dans une interview accordée à ESPN en 2023, il avait déclaré : « On paie les meilleurs salaires du MMA. Si les gars ne sont pas contents, ils peuvent aller ailleurs. » Une position qui avait ulcéré des combattants comme Jorge Masvidal, lui-même impliqué dans le procès, qui avait rétorqué : « Aller où, Dana ? Il n’y a pas d’“ailleurs”. C’est ça, le problème. »
Du côté des experts, les avis sont partagés. John Nash, analyste pour Bloody Elbow, estime que « ce règlement est une avancée, mais il ne résout pas le problème de fond : l’absence de syndicat pour les combattants ». Une opinion partagée par Mark Hunt, légende du Pride et de l’UFC, qui a souvent dénoncé le manque de protection sociale dans le MMA. Pour lui, « 375 millions, c’est bien, mais ça ne compense pas 20 ans d’exploitation. »
Et Maintenant ? Ce Que Ce Règlement Change (ou Pas) pour les Combattants
Si ce paiement est une victoire symbolique, son impact concret sur les carrières reste à voir. Plusieurs questions persistent :
- Les contrats vont-ils vraiment changer ? L’UFC a déjà assoupli certaines clauses, mais les combattants réclament une meilleure répartition des revenus (notamment sur les PPV et les sponsors).
- Un syndicat est-il en vue ? Des initiatives comme le MMA Fighters Association (créé en 2015) peinent à s’imposer, faute de soutien unifié.
- Les autres promotions vont-elles en profiter ? Le PFL, la ONE Championship ou même la Bellator pourraient attirer des talents mécontents, mais aucune n’a (encore) les moyens de rivaliser avec l’UFC.
Pour Timothy Burke, journaliste chez Deadspin, « ce règlement est un aveu de faiblesse de l’UFC, mais aussi une aubaine pour eux : en payant maintenant, ils évitent un procès qui aurait pu coûter bien plus cher en dommages et en image ». Une analyse cynique, mais réaliste : l’UFC, valorisée à plus de 10 milliards de dollars en 2023, peut se permettre ce chèque. Pour les combattants, en revanche, ces 250 000 dollars en moyenne représentent souvent plusieurs années de salaire.
Reste une inconnue : comment l’UFC va-t-elle réagir à long terme ? Certains craignent des représailles discrètes (moins d’opportunités pour les plaignants les plus vocaux), tandis que d’autres espèrent une ère nouvelle, où les athlètes auraient enfin leur mot à dire. Une chose est sûre : ce procès a ouvert une brèche, et les combattants d’aujourd’hui (comme Jon Jones ou Israel Adesanya) en bénéficieront indirectement, même s’ils n’ont pas participé à la plainte.
Le Cas Particulier des Combattants Internationaux : Un Pari Risqué ?
Si la majorité des plaignants sont américains, près de 20 % des éligibles sont des combattants internationaux (Brésiliens, Européens, Russes…). Pour eux, les 90 jours pour encaisser le chèque pourraient devenir un casse-tête.
Problème n°1 : les frais de change et les taxes locales. Un combattant brésilien comme Thiago Alves pourrait voir une partie de sa compensation absorbée par des frais bancaires exorbitants ou des impositions locales (le Brésil taxe les revenus étrangers à hauteur de 27,5 %). Gegard Mousasi, combattant arménien ayant évolué à l’UFC, a confié à MMA Junkie que « certains gars vont devoir payer des avocats juste pour récupérer leur argent, c’est absurde ».
Problème n°2 : les retards administratifs. Plusieurs combattants résidant en Europe ou en Asie ont signalé des difficultés à recevoir leur courrier (chèques envoyés à d’anciennes adresses, problèmes de douane…). Le cabinet Berger Montague a mis en place une ligne d’assistance dédiée, mais avec des délais serrés, le risque d’erreur existe.
Malgré tout, pour des athlètes comme Miesha Tate (qui a combattu de 2011 à 2016), ce paiement arrive à point nommé. Dans une story Instagram, elle a partagé : « Cet argent va me permettre de lancer mon académie, un projet que je repousse depuis des années. Merci à ceux qui ont tenu bon. » Un exemple parmi d’autres de l’impact concret de ce règlement.

