"Comme essayer d’attraper un savon mouillé" : le témoignage choc de Camilo
Le 29 juin 2024, lors de l’UFC 322 à Las Vegas, Matheus Camilo (18-6-1) affrontait Viacheslav Borshchev (7-4-0) dans un combat en poids légers qui promettait d’être technique. Spécialiste du jiu-jitsu brésilien (ceinture noire sous Rafael Cordeiro), "Jaguar" misait sur son grappling pour neutraliser son adversaire russe, connu pour son striking puissant. Pourtant, dès les premières tentatives de takedowns, quelque chose clochait.
Interviewé après le combat, Camilo a partagé son incompréhension :
"Dès que j’ai essayé de le saisir, c’était comme s’il était recouvert d’huile. Mes mains glissaient, je ne pouvais pas maintenir mes prises. J’ai pensé à de la vaseline, ou peut-être une lotion très grasse. C’est la première fois que je vis ça en 25 combats pros."
Le Brésilien n’est pas le premier à évoquer ce phénomène. En 2021, Belal Muhammad avait accusé Leon Edwards d’avoir un corps "trop glissant" lors de leur affrontement, sans que l’UFC ne tranche clairement. Une zone grise qui persiste, malgré les règles strictes interdisant l’application de substances avant les combats (article 3.4 du Code de conduite de l’UFC).
Mais alors, vaseline ou transpiration naturelle ? Borshchev, interrogé par les médias russes, a nié toute tricherie, attribuant le phénomène à une "transpiration excessive due au stress". Une explication que Camilo trouve peu convaincante :
"J’ai déjà combattu des gars qui transpirent beaucoup, comme Donald Cerrone. Mais là, c’était différent. Ça ressemblait à un produit… Comme si son corps avait été huilé avant le combat."
Sans preuve tangible (les contrôles pré-combat ne recherchent pas spécifiquement ce type de substances), l’affaire restera sans suite officielle. Pourtant, elle relance une question cruciale : comment l’UFC pourrait-elle mieux détecter ces pratiques ? Des propositions existent, comme l’utilisation de lingettes spéciales avant le combat (testées dans certaines organisations régionales), ou des contrôles aléatoires avec des tests tactiles.
Stratégie en miettes : quand le plan A s’effondre en 30 secondes
Pour Camilo, ce combat était un cas d’école en gestion de crise. Habitué à dominer ses adversaires au sol (10 de ses 18 victoires par soumission), il a dû improviser face à l’impossibilité de concrétiser ses takedowns.
"J’ai compris en 30 secondes que mon plan A était mort. J’ai dû passer en mode ‘striking’, ce qui n’était pas l’idéal contre un gars comme Borshchev, qui frappe dur. Mais j’avais le choix : m’entêter et perdre, ou m’adapter et gagner."
Le Brésilien a alors misé sur :
- Des coups de pied bas pour ralentir Borshchev et limiter sa mobilité.
- Des combinaisons rapides en in-and-out, évitant les échanges prolongés.
- Un travail de clinch contre la cage, où la transpiration de son adversaire jouait moins en sa défaveur.
Résultat ? Une victoire unanime (29-28, 29-28, 30-27) qui a surpris les observateurs, habitués à voir Camilo briller au sol. Joe Rogan, commentateur historique de l’UFC, a salué cette performance :
"Camilo a montré ce soir ce qui fait un vrai combattant : la capacité à s’adapter quand tout va contre toi. Beaucoup auraient paniqué, lui a gardé son sang-froid."
Une leçon de résilience qui rappelle d’autres exemples célèbres, comme Israel Adesanya forcé de boxer contre Jan Błachowicz (UFC 259) après l’échec de ses tentatives de takedowns, ou Khabib Nurmagomedov ajustant son grappling face à la défense acharnée de Conor McGregor (UFC 229).
Derrière les gants : les "petits secrets" qui font basculer les combats
L’affaire Camilo-Borshchev n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans les coulisses du MMA, les "petits arrangements" pour gagner un avantage sont monnaie courante. Certains combattants utilisent :
- Des crèmes hydratantes ultra-grasses (comme la Bag Balm, populaire chez les lutteurs).
- De l’huile de lin sur les gants pour rendre les coups plus "glissants" (interdit mais difficile à détecter).
- Des bandages trop serrés sous les gants, pour augmenter la puissance des coups (souvent toléré tant que ça passe les contrôles).
Un ancien cutman de l’UFC, sous couvert d’anonymat, nous confie :
"Tu serais surpris de voir ce que certains font avant un combat. La vaseline, c’est presque innocent à côté d’autres trucs… Des gars se badigeonnent de gel anesthésiant pour moins sentir les coups, ou utilisent des sprays nasaux pour booster leur respiration. L’UFC fait ce qu’elle peut, mais avec 20 combats par carte, les contrôles sont forcément limités."
Pourtant, ces pratiques ne sont pas sans risque. En 2019, Michel Pereira avait été disqualifié après avoir frappé son adversaire au sol avec un genou illégal… alors que ce dernier glissait à cause d’une substance non identifiée sur son short. Un scandale qui avait poussé la Commission Athlétique du Nevada (NSAC) à durcir ses protocoles.
Alors, que faire ? Certains proposent :
- Un contrôle tactile systématique avant chaque combat (comme en lutte olympique).
- L’utilisation de caméras thermiques pour détecter les substances sur la peau.
- Des sanctions exemplaires (suspensions longues, amendes) pour décourager les tricheurs.
Mais comme le souligne Daniel Cormier, ancien champion et maintenant commentateur :
"Le MMA, c’est un sport de guerriers, mais aussi de malins. Tant qu’il y aura des failles dans les règles, des gars tenteront de les exploiter. À nous, les médias et les fans, de faire pression pour plus de transparence."
Et si c’était juste… de la malchance ?
Avant de crier à la tricherie, une question persiste : et si Borshchev était simplement naturellement glissant ? Certains athlètes ont une peau ou une transpiration particulière, comme le nageur Michael Phelps, dont le corps produit moins d’acide lactique, ou le basketteur LeBron James, connu pour sa transpiration abondante mais "collante".
Un dermatologue sportif, le Dr. Alain Ménard (spécialiste des athlètes de combat), explique :
"Certaines personnes ont une composition de sueur riche en lipides, ce qui peut donner cette sensation de ‘glissant’. C’est rare, mais pas impossible. En revanche, si le combattant a appliqué un produit exogène (comme de la vaseline), la texture serait uniforme sur tout le corps, pas seulement par zones."
Camilo, lui, reste sceptique :
"Je connais mon métier. Quand un gars est naturellement glissant, tu sens la différence. Là, c’était comme si on avait versé de l’huile sur lui. Mais bon, sans preuve, je ne peux pas accuser. Je préfère me concentrer sur ma prochaine performance."
Une affaire qui, quoi qu’il en soit, a marqué les esprits. Et qui rappelle que dans le MMA, la préparation mentale est aussi cruciale que la technique : savoir gérer l’imprévu peut faire la différence entre une défaite et un come-back mémorable.
L’histoire de Matheus Camilo à l’UFC 322 est bien plus qu’un simple anecdote sur un combat glissant. Elle illustre les zones d’ombre qui persistent dans un sport en constante évolution, où la frontière entre préparation optimale et tricherie peut parfois sembler ténue. Alors que les organisations comme l’UFC ou la PFL renforcent leurs protocoles, des affaires comme celle-ci rappellent que la vigilance doit rester de mise – pour les combattants, comme pour les régulateurs.
Pour "Jaguar", cette expérience sera sans doute un enseignement précieux. Dans un monde où chaque détail compte, savoir s’adapter à l’imprévu pourrait bien devenir sa nouvelle arme secrète. Quant à Borshchev, il devra désormais composer avec les suspicions… et peut-être revoir sa routine pré-combat.
Une chose est sûre : la prochaine fois qu’un combattant se plaindra d’un adversaire "trop glissant", les regards se tourneront vers les coulisses – et vers les règles du jeu, qui méritent peut-être d’être repensées.

