Quand l’UFC devient un puzzle logistique : le calvaire de Camilo
Imaginez-vous prêt à affronter un adversaire technique et polyvalent comme Abdul-Kareem Al-Selwady, puis apprendre, à quelques semaines du combat, que tout est à refaire. C’est le scénario cauchemardesque qu’a vécu Matheus Camilo, forcé de rebâtir sa préparation de zéro après le désistement de son rival initial. *"On a dû tout repenser : le game plan, les sparings, même les horaires de vol"*, confie un membre de son équipe. Le Brésilien, habitué aux défis, a enchaîné les allers-retours entre Las Vegas et Abu Dhabi, cumulant jet lag et séances d’entraînement intensives. Un parcours qui rappelle celui de Charles Oliveira avant son sacre en 2021 — preuve que l’adversité peut forger des champions.
Mais le vrai test attend Camilo dans l’octogone. Son nouvel adversaire, Borshchev, incarne un style opposé à celui d’Al-Selwady : là où le premier misait sur la variété, le second est un strikeur pur, avec un jeu de pieds explosif et des coups de poing dévastateurs. *"C’est comme préparer un examen en maths et se retrouver face à une dissertation de philo"*, résume un analyste de Sherdog. Pour y faire face, Camilo a travaillé avec des partenaires plus lourds et plus grands, une méthode risquée mais payante pour Israël Adesanya dans ses débuts.
"Je ne fuis pas le danger, je le chasse" : la philosophie de combat de Camilo
Ce qui frappe chez Matheus Camilo, c’est son calme olympien face au chaos. Alors que beaucoup de combattants se seraient effondrés sous la pression, lui y voit une opportunité. *"Les imprévus, c’est la vie. Dans l’octogone, il n’y a pas de place pour les excuses"*, lance-t-il lors d’une interview pour MMA Junkie. Cette mentalité n’est pas sans rappeler celle de Khabib Nurmagomedov, maître dans l’art de transformer les obstacles en armes.
Son secret ? Une préparation "adaptive", inspirée des méthodes de Georges St-Pierre. Plutôt que de se focaliser sur les faiblesses de Borshchev, Camilo a peaufiné ses contres en striking et son jeu au sol, deux domaines où son adversaire est moins à l’aise. *"Si tu veux battre un strikeur, ne joue pas à son jeu. Impose le tien"*, explique son coach, citant la victoire légendaire de Randy Couture contre Vitor Belfort en 1999. Une stratégie audacieuse, mais qui pourrait bien faire la différence.
Borshchev, l’homme à abattre : un adversaire en quête de rédemption
De l’autre côté de l’octogone, Borshchev n’est pas un faire-valoir. Malgré deux défaites d’affilée, le Russe reste un client coriace, avec un taux de KO de 70% en carrière. *"Il a le pouvoir de terminer un combat en une frappe"*, avertit l’analyste Dan Hardy. Mais ses récents revers ont laissé des traces : son dernier combat, perdu par soumission au 1er round, a révélé des lacunes en défense au sol — une faille que Camilo compte exploiter.
Pourtant, Borshchev n’est pas du genre à baisser les bras. *"Je ne suis pas venu ici pour perdre. L’UFC, c’est ma maison, et je ne laisserai personne me chasser"*, a-t-il déclaré en conférence de presse. Une détermination qui rappelle celle de Robbie Lawler lors de son comeback en 2013. Le duel s’annonce donc comme un choc de volontés : d’un côté, un Brésilien en quête de légitimité ; de l’autre, un Russe accroché à son dernier espoir.
Derrière les gants : le sacrifice invisible de Camilo
Ce que les fans ne voient pas, c’est le sacrifice humain derrière ces combats. Matheus Camilo a dû quitter sa famille pendant des semaines, dormir dans des hôtels impersonnels, et enchaîner les séances à 4h du matin pour s’adapter aux fuseaux horaires. *"Le plus dur, c’est de rester concentré quand tout autour de toi est instable"*, confie-t-il. Un témoignage qui résonne avec les confessions de Rose Namajunas sur la solitude des combattants.
Pourtant, Camilo garde une foi inébranlable en son équipe. *"Sans eux, je serais déjà KO. Ils m’ont porté quand j’avais envie de lâcher"*, reconnaît-il, évoquant ses coachs et ses partenaires d’entraînement. Une dynamique collective qui rappelle l’épopée de City Kickboxing avec Adesanya et Pereira. Et si c’était précisément cette résilience qui faisait la différence samedi soir ?
UFC 322 : un combat, deux destins
Samedi, quand la cage se refermera, ce ne seront pas seulement deux hommes qui s’affronteront, mais deux trajectoires. Pour Camilo, une victoire signifierait l’entrée officielle dans l’élite des 70 kg, à l’image de Leon Edwards après ses débuts difficiles. Pour Borshchev, une défaite pourrait sonner le glas de sa carrière UFC, comme ce fut le cas pour CM Punk en 2018.
Les bookmakers donnent Camilo léger favori (1.75 contre 2.10 pour Borshchev), mais les chiffres ne disent pas tout. *"Dans l’octogone, c’est l’homme qui a le plus faim qui gagne"*, rappelle le vétéran Michael Bisping. Et à en juger par le parcours de Camilo, sa faim semble insatiable.

