Le KO qui a électrisé l’UFC 320 : 12 secondes pour entrer dans l’histoire
Le 20 juillet 2024, la foule du TD Garden de Boston a retenu son souffle. À 4:58 du premier round, alors que la cloche allait sonner, Edmen Shahbazyan a asséné un crochet du gauche d’une précision chirurgicale sur Andre Muniz. Le Brésilien, sonné, s’est écroulé. Ce qui a suivi relève du ground-and-pound dans sa forme la plus brutale : une pluie d’elbows et de coups de poing qui a forcé l’arbitre Mark Smith à intervenir à seulement 2 secondes de la fin du round. Un timing si serré qu’il en devient presque symbolique : Shahbazyan a sauvé son round… et peut-être sa carrière.
Pourtant, tout avait mal commencé. Muniz, spécialiste des soumissions, avait tenté d’imposer son jeu dès les premières secondes, cherchant à amener le combat au sol. Mais Shahbazyan, plus mobile et plus explosif que jamais, a contré une tentative de projection avant de placer son crochet fatal. "J’ai senti qu’il fatiguait vers la fin du round. J’ai attendu le bon moment, et quand il a baissé les bras… boom"*, a-t-il déclaré en conférence de presse, un sourire en coin.
Ce KO, le 6ᵉ de sa carrière en UFC, porte son palmarès à 16 victoires (10 par KO/TKO) pour 5 défaites. Mais au-delà des statistiques, c’est la manière qui impressionne : une fin de round digne des plus grands finishers de l’histoire, à l’image d’un Anderson Silva ou d’un Israel Adesanya en leur temps.
"The Golden Boy" est de retour : la résurgence d’un prodige
Il y a encore deux ans, certains pariaient sur la fin de carrière prématurée d’Edmen Shahbazyan. Après des défaites contre Derek Brunson (2020) et Jack Hermansson (2021), le "Golden Boy" semblait avoir perdu son aura. Pourtant, depuis 2023, quelque chose a changé. Sous la houlette de Ronda Rousey et d’Edmond Tarverdyan (son entraîneur historique), Shahbazyan a revu sa préparation physique et affiné sa stratégie.
Son combat contre Muniz en est la preuve : une gestion de la distance améliorée, une explosivité retrouvée, et surtout, une confiance inébranlable. "Avant, je voulais tout finir trop vite. Maintenant, je prends mon temps. Je sais que le KO viendra"*, confie-t-il. Cette maturité se traduit par les chiffres : 6 victoires par KO/TKO en 8 combats sous contrat UFC, un ratio qui le place parmi les strikers les plus redoutés des middleweights.
À 26 ans, Shahbazyan se trouve à un tournant. Avec cette victoire, il pourrait bientôt intégrer le top 10 de la division, où des adversaires comme Sean Strickland (champion intérimaire en 2023) ou Jack Della Maddalena (en pleine ascension) l’attendent. "Je veux les gros noms. Je veux montrer que je mérite d’être là"*, a-t-il lancé, défiant presque la hiérarchie.
Son style, à la fois spectaculaire et efficace, en fait un atout pour l’UFC. Dans une ère où les combats au sol dominent souvent, Shahbazyan rappelle que le striking reste un art à part entière. Et avec des performances comme celle-ci, il pourrait bien devenir la nouvelle coqueluche des fans.
Andre Muniz : quand le jiu-jitsu ne suffit plus
Il était une fois Andre Muniz, le cauchemar des middleweights grâce à son jiu-jitsu dévastateur. Son armbar contre Antonio Arroyo en 2021 reste l’un des soumissions les plus rapides de l’histoire de l’UFC (53 secondes). Pourtant, depuis 2022, le Brésilien de 34 ans semble avoir perdu sa magie. Quatre défaites en cinq combats, dont trois par KO/TKO : les chiffres sont implacables.
Face à Shahbazyan, Muniz a tenté de jouer son jeu habituel : amener l’adversaire au sol et le soumettre. Mais le problème, c’est que son striking n’a pas suivi. Trop lent, trop prévisible, il a subi les contres de Shahbazyan avant de s’effondrer sous les coups. "Je n’ai pas réussi à imposer mon rythme. Il était plus rapide, plus fort… Je dois retourner à l’entraînement et tout repenser"*, a-t-il admis, visiblement marqué.
Son record en UFC (5-5) est désormais équilibré, mais dans le mauvais sens. À un âge où la plupart des combattants atteignent leur pic, Muniz semble en déclin accéléré. Les questions se multiplient : peut-il encore rivaliser avec l’élite ? Doit-il envisager un retour en light heavyweight, où il avait débuté ? Ou pire, une reconversion ?
Son prochain combat sera décisif. Une nouvelle défaite pourrait le reléguer aux cartes préliminaires, voire le pousser vers la sortie. Pour un homme qui a déjà goûté aux sommets, la chute est d’autant plus brutale.
Derrière le KO : les coulisses d’un combat qui a tout changé
Ce que le public n’a pas vu, c’est le travail acharné qui a précédé ce KO. Selon des sources proches de l’équipe de Shahbazyan, le combattant a passé 8 semaines à peaufiner son jeu de jambes avec un ancien danseur de breakdance, une méthode inhabituelle mais qui a porté ses fruits. "Edmen avait tendance à se raidir en combat. On voulait qu’il bouge comme sur un ring de boxe, avec fluidité"*, explique un membre de son staff.
Côté Muniz, les problèmes sont d’une autre nature. Des rumeurs persistent sur des blessures non divulguées, notamment à l’épaule, qui auraient limité sa préparation. Son entraîneur a d’ailleurs refusé de commenter ces allégations, se contentant de dire : "Andre est un guerrier. Parfois, le corps ne suit plus."*
Enfin, il y a l’aspect mental. Shahbazyan, souvent critiqué pour son manque de sang-froid, a cette fois-ci gardé son calme jusqu’au moment fatidique. Muniz, lui, semblait nerveux dès l’entrée dans la cage, un détail qui n’a pas échappé aux observateurs. "Quand tu vois un gars comme Muniz, habituellement si froid, qui cligne des yeux à chaque coup… tu sais que quelque chose ne va pas"*, analyse un journaliste présent sur place.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour les deux hommes
Pour Edmen Shahbazyan, les options sont alléchantes :
- Un combat contre un top 15 : Des noms comme Roman Dolidze ou Chris Curtis pourraient servir de tremplin vers l’élite.
- Un affrontement spectaculaire : L’UFC adore les strikers explosifs. Un match contre Joaquín Buckley (autre spécialiste du KO) serait un feu d’artifice garanti.
- Une montée en régime : S’il enchaîne une ou deux victoires, un combat contre un top 10 comme Paulo Costa n’est pas impensable d’ici 2025.
Pour Andre Muniz, l’avenir est plus incertain :
- Un dernier baroud d’honneur : Un combat contre un adversaire moins coté (comme Jun Yong Park) pour tenter de se relancer.
- Un changement de division : Un retour en light heavyweight, où son jiu-jitsu pourrait être plus efficace face à des adversaires moins mobiles.
- La retraite : À 34 ans, avec un corps usé par les combats, Muniz pourrait envisager de raccrocher les gants pour se consacrer à l’enseignement.
Une chose est sûre : après l’UFC 320, ces deux hommes ne seront plus jamais regardés de la même manière. L’un comme l’étoile montante qui a su se relever, l’autre comme l’ombre d’un champion qui fut.
Le KO d’Edmen Shahbazyan contre Andre Muniz restera comme l’un des moments forts de l’UFC 320 – non seulement pour son côté spectaculaire, mais aussi pour ce qu’il représente. À 26 ans, le "Golden Boy" a prouvé qu’il avait encore le niveau pour briller, tandis que Muniz, lui, semble prisonnier d’un déclin qu’il ne maîtrise plus.
Pour Shahbazyan, la route est désormais tracée : monter dans la hiérarchie, affronter des adversaires toujours plus coriaces, et pourquoi pas, viser un jour le titre. Pour Muniz, l’heure est aux choix difficiles. Continuer à se battre malgré les défaites, ou tourner la page ?
Une chose est certaine : dans le monde impitoyable de l’UFC, 12 secondes peuvent tout changer. Et cette fois, elles ont scellé le destin de deux hommes.

