Lascars et technique : quand l’underdog albanais défie les lois du MMA
Las Vegas, le 17 décembre 2023. Le T-Mobile Arena vibre sous les cris des fans, mais peu misent sur Ramiz Brahimaj ce soir-là. Face à lui, Austin Vanderford, ancien combattant de Bellator et favori des bookmakers, affiche un palmarès impressionnant : 12 victoires pour seulement 2 défaites, et une série de 5 succès consécutifs à l’UFC. Pourtant, en à peine 8 minutes et 43 secondes, l’Albanais va réécrire le scénario. Comment ? En combinant une intelligence de combat rare et une maîtrise absolue du jiu-jitsu brésilien.
Dès les premières secondes, Brahimaj impose un rythme étudié. Il esquive les tentatives de takedown de Vanderford, teste ses distances, et place des coups de pied bas pour perturber l’équilibre de son adversaire. Le public, d’abord sceptique, commence à murmurer. "Ce gars a un plan…" Au deuxième round, le coup de génie : un high kick précis, presque nonchalant, qui atterrit sur la tempe de Vanderford. L’Américain vacille, sonné. Brahimaj en profite pour l’amener au sol — non sans mal, car Vanderford résiste avec la force du désespoir. Mais une fois au tapis, c’est une autre histoire.
En quelques secondes, Brahimaj enchaîne les transitions : il passe de la half-guard à une tentative de front choke, puis, dans un mouvement fluide, verrouille un guillotine choke en pleine garde. Vanderford tape à 3:43 du round. La foule explose. "C’est du jamais vu !" s’exclame le commentateur Jon Anik, tandis que Daniel Cormier, en analyse, souligne : "Brahimaj a démontré ce soir que le grappling, quand il est exécuté avec cette précision, peut briser n’importe quel wrestler."
Le *guillotine choke* : une signature qui terrorise les welters
Ce n’est pas la première fois que Ramiz Brahimaj étouffe un adversaire avec cette technique. Sur ses 8 victoires en carrière, 6 se sont conclues par soumission — dont 4 par guillotine choke. Une statistique qui en dit long sur son obsession pour le détail. "Je travaille cette soumission depuis mes débuts en MMA. C’est comme une danse : il faut sentir le moment où l’adversaire perd l’équilibre, où sa respiration se bloque. Là, tu sais que c’est fini," confiait-il en 2022 à MMA Junkie.
Contrairement à des spécialistes du wrestling comme Vanderford, qui misent sur la puissance et le contrôle au sol, Brahimaj privilégie la finesse. Son high kick au deuxième round n’était pas un coup de chance : c’était le fruit d’un piège tendu depuis le premier round. En étudiant les combats précédents de Vanderford, son équipe avait remarqué une faille : l’Américain avait tendance à baisser la garde après une série de coups de poing. Brahimaj a exploité cette habitude pour placer son coup de pied décisif.
Joe Rogan, lors du post-combat, n’a pas tari d’éloges : "Ce que Brahimaj a fait ce soir, c’est de l’art martial à l’état pur. Il a utilisé la force de Vanderford contre lui. Quand tu vois un gars comme Austin, habitué à dominer au sol, se faire soumettre aussi rapidement… ça te rappelle que le MMA, c’est avant tout un jeu d’échecs."
De l’Albanie à Las Vegas : le parcours méconnu d’un *grappler* hors norme
Né à Tirana, en Albanie, Ramiz Brahimaj n’a pas eu un parcours classique. Contrairement à beaucoup de combattants qui commencent par la boxe ou la lutte, il s’est d’abord tourné vers le jiu-jitsu brésilien à l’adolescence, une discipline encore marginale dans les Balkans à l’époque. "Chez nous, le MMA, c’était presque un sport underground. Les gens ne comprenaient pas. Mais moi, j’étais fasciné par la façon dont un petit gars pouvait battre un géant grâce à la technique," racontait-il à Sherdog en 2021.
Son arrivée aux États-Unis, en 2017, a marqué un tournant. Il s’est entraîné avec des légendes comme Demian Maia et Rafael Natal, perfectionnant son grappling et son clinch work. Mais ce qui frappe chez Brahimaj, c’est sa capacité à s’adapter. Face à des frappeurs, il utilise son footwork pour éviter les échanges ; face à des wrestlers, il les attire dans son monde, celui des soumissions. "Ramiz n’a pas peur de perdre un round pour gagner le combat. C’est ça, la maturité d’un vrai combattant," analyse Din Thomas, son entraîneur en jiu-jitsu.
Pourtant, malgré ses performances, Brahimaj reste un outsider. Peut-être à cause de son style, moins spectaculaire que celui des frappeurs qui trustent les knockouts. Ou peut-être parce qu’il vient d’un pays où le MMA est encore en développement. Qu’importe : à 30 ans, il est en train de construire une légende, combat après combat.
Top 15 des welters : Brahimaj peut-il bousculer l’ordre établi ?
Avec cette victoire, Ramiz Brahimaj se retrouve à un carrefour. Le classement des welters de l’UFC est actuellement dominé par des noms comme Leon Edwards (champion), Shavkat Rakhmonov (le "protégé" de Khabib), ou encore Ian Machado Garry, connu pour son striking explosif. Des combattants qui, sur le papier, semblent hors de portée d’un grappler comme Brahimaj.
Pourtant, l’histoire du MMA regorge d’exemples où la technique a triomphé de l’athlétisme pur. Demian Maia, autre spécialiste du jiu-jitsu, a bien failli soumettre Tyron Woodley pour le titre en 2017. Charles Oliveira, avant de devenir champion, était lui aussi considéré comme un underdog face aux frappeurs. Alors, pourquoi pas Brahimaj ?
Dana White, le président de l’UFC, a d’ailleurs semblé impressionné : "Ce gars-là, il a du cœur. Il ne recule jamais, et il a un vrai talent pour les soumissions. On va voir où il peut aller, mais une chose est sûre : après une performance comme ça, il mérite un adversaire classé." Les rumeurs évoquent déjà un possible affrontement contre Sean Brady (n°13) ou Jack Della Maddalena (n°14), deux combattants qui, comme Vanderford, misent sur un wrestling agressif.
Brahimaj, lui, reste prudent : "Je ne regarde pas le classement. Je prends les combats un par un. Mais si l’UFC me donne l’opportunité de monter, je serai prêt. Parce que je sais une chose : au sol, peu importe qui est en face de moi. Là-bas, c’est mon royaume."
Performance of the Night : quand l’UFC récompense l’audace
Si les bonus de l’UFC sont souvent attribués aux knockouts spectaculaires, la performance de Brahimaj à UFC 320 mérite toutes les louanges. Non seulement il a battu un adversaire mieux classé, mais il l’a fait avec une maîtrise technique qui force l’admiration. Les réseaux sociaux ont d’ailleurs explosé après le combat, avec des hashtags comme #BrahimajTheChoker ou #GuillotineKing.
Joe Rogan a même comparé sa soumission à celle de Nate Diaz contre Conor McGregor à UFC 196 — un compliment rare. "C’était aussi propre, aussi bien exécuté. Vanderford n’avait aucune échappatoire." Si l’UFC lui décerne le bonus Performance of the Night (50 000 $), ce serait une reconnaissance méritée pour un combattant qui, combat après combat, prouve que le grappling reste une arme redoutable dans l’ère des frappeurs.
Et Brahimaj de conclure, sourire en coin : "Les gens aiment les KO, c’est normal. Mais une soumission, surtout quand elle est aussi nette… ça, c’est de l’art. Et l’art, ça se récompense."

