"Je le bats en trois rounds max" : la provocation calculée de Tsarukyan
Quand Arman Tsarukyan monte dans l’Octogone, ce n’est pas seulement pour combattre : c’est pour envoyer un message. Après avoir dominé Dan Hooker en 1 round et 57 secondes (soumission par étranglement), le numéro 1 des poids légers n’a pas hésité à pointer du doigt Ilia Topuria, champion en titre depuis sa victoire contre Alexander Volkanovski en février 2024. "Je peux le battre facilement. Trois rounds maximum, et il sera KO ou soumis", a-t-il déclaré en conférence de presse. Une déclaration qui a fait réagir, d’autant que Topuria, connu pour son style explosif et son ego à toute épreuve, n’a pas l’habitude de se laisser intimider.
Mais Tsarukyan n’est pas un simple provocateur. Ses arguments s’appuient sur des faits concrets :
• Une série de 5 victoires (dont 3 par finition) contre des adversaires de haut niveau.
• Une victoire contre Charles Oliveira (alors numéro 1), où il a démontré une maîtrise technique en frappe et en grappling.
• Un taux de réussite de 60% en frappes significatives (contre 48% pour Topuria, selon UFC Stats).
Pourtant, certains observateurs, comme le commentateur Joe Rogan, tempèrent : "Topuria a une vitesse folle et une capacité à retourner les combats. Tsarukyan sous-estime peut-être son adversaire." Une critique que l’Arménien balaye d’un revers : "Rogan ne connaît pas mon niveau. Je suis prêt à 200%."
La stratégie "parfaite" : distance, précision et soumission
Tsarukyan ne compte pas sur la chance. Son plan pour battre Topuria repose sur trois piliers :
1. Exploiter la distance : "Ilia aime les échanges rapprochés, mais je vais le tenir à l’extérieur avec mes coups de pied et mes jabs", explique-t-il. Une tactique qu’il a déjà utilisée contre Mateusz Gamrot (victoire par décision unanime en 2023), où il a dominé grâce à sa longueur de bras supérieure (185 cm d’envergure contre 178 cm pour Topuria).
2. Neutraliser les prises de risque : Topuria est connu pour ses attaques imprévisibles (comme son flying knee contre Josh Emmett). Tsarukyan compte sur son QI de combat élevé pour anticiper : "Je vais le laisser s’épuiser en tentant des coups spectaculaires, puis je le prendrai au sol."
3. Soumission ou KO : Avec 7 victoires par soumission en 21 combats, Tsarukyan mise sur son jujitsu brésilien noir ceinture pour terminer le combat. "S’il me suit au sol, ce sera sa dernière erreur.", prévient-il.
Un plan qui semble solide, mais qui suppose une exécution parfaite. Comme le souligne l’entraîneur Firas Zahabi : "Topuria a un mental d’acier. Même avec la meilleure stratégie, un seul moment d’inattention peut tout changer."
Derrière la confiance : l’histoire d’un combattant forgé dans l’adversité
La certitude de Tsarukyan ne vient pas de nulle part. Né en Arménie en 1996, il a grandi dans un pays marqué par des conflits politiques et une économie fragile. "Le MMA, c’était ma façon de survivre", confie-t-il. À 16 ans, il quitte son pays pour s’entraîner en Russie, puis aux États-Unis, où il rejoint la célèbre équipe Glendale Fighting Club (même salle que Ronda Rousey et Edmen Shahbazyan).
Son parcours est jonché d’obstacles :
• 2019 : Première défaite à l’UFC contre Islam Makhachev (futur champion). "J’ai appris plus ce soir-là que dans toutes mes victoires."
• 2021 : Blessure au genou qui le tient éloigné 8 mois. "J’ai cru que ma carrière était finie."
• 2023 : Victoire contre Oliveira, prouvant qu’il peut battre l’élite. "Ce jour-là, j’ai su que j’étais fait pour être champion."
Aujourd’hui, Tsarukyan incarne l’espoir d’une nation entière. "En Arménie, les gens se lèvent à 3h du matin pour me regarder combattre. Je ne peux pas les décevoir.", avoue-t-il, visiblement ému. Une pression qu’il transforme en motivation pure.
Topuria répond : "Tsarukyan parle trop, je vais le faire taire"
Ilia Topuria, jamais en reste, a réagi aux déclarations de son rival via Instagram : "Tu veux un combat facile ? Tu vas avoir une surprise. Je vais te montrer ce que ça fait d’affronter un vrai champion." Le Géorgien-Espagnol, invaincu depuis 2018 (14 victoires d’affilée), mise sur son agressivité contrôlée et son expérience contre des strikeurs comme Volkanovski.
Les bookmakers donnent pour l’instant un léger avantage à Topuria (-140) contre Tsarukyan (+120), mais les experts sont divisés. Daniel Cormier (ancien double champion UFC) penche pour Tsarukyan : "Son grappling est sous-côté. Si le combat va au sol, Ilia est en danger." À l’inverse, Michael Bisping croit en Topuria : "Son cardio et sa puissance dans les rounds 4 et 5 feront la différence."
Une chose est sûre : ce combat, s’il a lieu, sera l’un des plus explosifs de 2024. Avec en jeu :
• Le titre des poids légers (l’une des catégories les plus compétitives de l’UFC).
• Une rivalité personnelle (Tsarukyan a critiqué le "manque de respect" de Topuria envers ses adversaires).
• Un enjeu historique : Tsarukyan pourrait devenir le premier champion arménien de l’UFC.
Quand aura lieu le combat ? Les obstacles à surmonter
Malgré l’enthousiasme des fans, plusieurs facteurs pourraient retarder l’affrontement :
1. La blessure de Topuria : Le champion a subi une entorse à la cheville lors de son dernier combat. Son retour est prévu pour septembre 2024, mais rien n’est confirmé.
2. Les autres prétendants : Dustin Poirier et Justin Gaethje réclament aussi leur chance. L’UFC pourrait privilégier un combat plus "vendeur" financièrement.
3. La stratégie de l’UFC : Dana White a déclaré : "On veut le meilleur combat possible. Si Tsarukyan doit attendre, il devra peut-être affronter un autre top 5 d’abord." Une décision qui frustrerait l’Arménien : "Je mérite ce combat maintenant."
En attendant, Tsarukyan reste actif sur les réseaux sociaux, postant des vidéos d’entraînement avec le hashtag #EasyWork. Une façon de maintenir la pression sur Topuria et l’UFC. "Chaque jour sans ce combat est un jour de perdu. Je veux ma ceinture.", martèle-t-il.

