Cejudo sonne l'alerte : "Tsarukyan est la seule menace crédible pour Topuria"
Quand Henry Cejudo parle, le monde du MMA écoute. L'ancien champion des poids coqs et poids mouches, connu pour ses analyses sans filtre, a créé l'événement en désignant Arman Tsarukyan comme le seul combattant capable de "déranger sérieusement" Ilia Topuria. Lors d'une interview accordée à ESPN MMA le 15 octobre 2024, Cejudo n'a pas mâché ses mots :
"Topuria est un champion impressionnant, mais Tsarukyan a ce quelque chose en plus. Son grappling est d'un niveau olympique, et il a prouvé contre Hooker qu'il peut dominer des gars qui frappent dur. C'est le combat que tout le monde veut voir, et surtout, c'est celui qui a du sens pour la ceinture."
La performance de Tsarukyan contre Dan Hooker (victoire par décision unanime) a marqué les esprits. Malgré les coups puissants du Néo-Zélandais, le Russe a maintenu un contrôle au sol constant, avec 3 takedowns réussis sur 5 tentatives et 4 minutes de contrôle cumulé en position dominante. Des statistiques qui parlent d'elles-mêmes.
Ce qui intrigue Cejudo, c'est la capacité de Tsarukyan à s'adapter en plein combat. Contrairement à d'autres grapplers qui se fient uniquement à leur jeu au sol, l'Arménien a su alterner entre les projections, les soumissions (une tentative d'étranglement en guillotine au 2e round) et des enchaînements de strikes précis. Une polyvalence qui, selon l'Américain, pourrait "exposer les faiblesses de Topuria en défense au sol".
Topuria vs Tsarukyan : Le duel des styles qui fait saliver les fans
Si Cejudo insiste autant sur ce combat, c'est parce qu'il représente un choc de philosophies martiales. D'un côté, Ilia Topuria, le champion au striking explosif (7 KOs en 14 victoires) et à la garde agressive. De l'autre, Arman Tsarukyan, le technicien du grappling (5 soumissions en carrière) et maître des transitions au sol.
Les données FightMetric révèlent d'ailleurs une opposition saisissante :
- Topuria : 6.2 strikes significatifs par minute (précision à 58%), mais seulement 33% de défense contre les takedowns.
- Tsarukyan : 3.8 strikes par minute (précision à 49%), mais 5 takedowns en moyenne par combat et une défense au sol à 80%.
Pour Daniel Cormier, commentateur historique de l'UFC, ce contraste est une aubaine : "C'est le genre de combat qui fait vendre des PPV. Topuria va vouloir frapper fort dès le début, mais s'il se retrouve dos au tapis, Tsarukyan a les outils pour le soumettre. Et ça, les fans adorent."
Un autre élément joue en faveur de Tsarukyan : son expérience contre l'élite. En 2022, il avait tenu tête à Mateusz Gamrot (décision partagée controversée), puis dominé Joel Alvarez et Damir Ismagulov, deux tops 10. Des combats qui, selon Cejudo, lui ont forgé un "mental à toute épreuve".
L'ombre de Makhachev et le timing parfait pour Tsarukyan
Le parcours de Tsarukyan aurait pu être différent. En janvier 2024, il était programmé pour affronter Islam Makhachev dans un combat qui aurait pu lui ouvrir les portes d'un titre. Mais une blessure aux ligaments du genou (diagnostiquée 3 semaines avant l'événement) l'a contraint à déclarer forfait. Un contretemps qui, ironiquement, pourrait se révéler bénéfique.
Comme l'explique son entraîneur Edmond Tarverdyan (Glendale Fighting Club) : "Cette blessure lui a permis de travailler des aspects de son jeu qu'il négligeait. Aujourd'hui, son striking est plus varié, et sa défense en clinch s'est améliorée. Contre Topuria, ces détails feront la différence."
Pendant ce temps, Topuria a consolidé son statut de champion en battant Alexander Volkanovski à l'UFC 298 (février 2024), mais sa dernière défense de titre reste à organiser. Avec Dustin Poirier et Michael Chandler en retrait après des défaites récentes, et Islam Makhachev toujours en convalescence, Tsarukyan émerge comme l'option la plus fraîche et la plus excitante.
Les rumeurs suggèrent même que l'UFC cible mars 2025 pour ce combat, avec une annonce officielle possible dès décembre 2024. Une date qui laisserait à Tsarukyan le temps de peaufiner sa préparation, tout en maintenant l'élan médiatique créé par sa victoire contre Hooker.
Les sceptiques : "Tsarukyan n'a pas le niveau pour Topuria"
Tous les experts ne partagent pas l'enthousiasme de Cejudo. Paul Felder, ancien combattant UFC et analyste pour BT Sport, tempère les attentes : "Tsarukyan est solide, mais Topuria est un niveau au-dessus. Son striking est trop précis, et il a une capacité à contrer les takedowns que peu de gens voient. Regardez comment il a géré Volkanovski au sol – ce n'est pas un grappler moyen."
Un autre point d'interrogation concerne la résistance mentale de Tsarukyan. Malgré ses 5 victoires d'affilée, il n'a jamais affronté un adversaire aussi explosif que Topuria. Comme le souligne Chael Sonnen : "Hooker est un bon test, mais Topuria est une bête différente. Si Arman encaisse un gros coup tôt dans le combat, va-t-il paniquer ? On ne sait pas."
Enfin, certains observateurs, comme Ariel Helwani, rappellent que Tsarukyan a déjà connu des problèmes de cardio par le passé (notamment contre Gamrot). Face à un Topuria qui maintient un rythme effréné, cette faiblesse pourrait être fatale.
Le facteur X : L'impact géopolitique du combat
Au-delà des enjeux sportifs, un combat Topuria vs Tsarukyan aurait une dimension symbolique forte. Les deux hommes, bien que tous deux d'origine caucasienne, représentent des trajectoires opposées :
- Ilia Topuria (Géorgie/Espagne) : Champion charismatique, porte-drapeau de la nouvelle génération européenne.
- Arman Tsarukyan (Russie/Arménie) : Combattant discret mais redouté, souvent associé à l'école russe de sambo.
Cette opposition a déjà alimenté les réseaux sociaux, avec des fans des deux côtés brandissant leurs drapeaux. Dana White, président de l'UFC, a d'ailleurs reconnu l'intérêt : "Les combats avec une histoire derrière vendent toujours mieux. Là, on a deux gars qui se respectent mais veulent s'écraser mutuellement. C'est parfait pour nous."
Un élément qui pourrait jouer en faveur de Tsarukyan : son public russe et arménien, extrêmement fidèle. Lors de son combat contre Hooker, les streaming numbers ont explosé dans ces régions (+40% par rapport à la moyenne des UFC Fight Night), prouvant son attrait commercial.
Prédictions et paris : Qui part favori ?
Malgré les réserves de certains experts, les bookmakers semblent croire en Tsarukyan. Dès l'annonce des rumeurs de combat, les cotes ont basculé :
- Tsarukyan : 1.75 (favori)
- Topuria : 2.10 (outsider)
Une situation rare où le challenger est donné gagnant face au champion. Jason Floyd, analyste pour MMA Oddsbreaker, explique : "Les parieurs misent sur le style de Tsarukyan. Topuria est imprévisible, mais Arman a une approche plus méthodique. Les gens pensent qu'il peut étouffer Ilia au sol, comme il l'a fait avec Hooker."
Cependant, les cotes pourraient évoluer si Topuria choisit de travailler spécifiquement sa défense au sol avec des partenaires comme Khabib Nurmagomedov (son mentor) ou Usman Nurmagomedov. Une préparation ciblée qui, si elle est efficace, pourrait renverser la tendance.

