L’Ombre d’un Combat : Cinq Tentatives, Cinq Échecs
Entre décembre 2016 et avril 2020, l’UFC a tenté à cinq reprises d’organiser le combat entre Tony Ferguson et Khabib Nurmagomedov. Cinq fois, les circonsances ont en décidé autrement : blessures (une déchirure du LCL pour Ferguson en 2020), problèmes logistiques (la pandémie), ou même un veto paternel pour Nurmagomedov en 2017. Chaque annulation a nourri la légende d’un duel maudit, jusqu’à ce que Khabib prenne sa retraite en octobre 2020, invaincu (29-0), laissant Ferguson sans réponse.
Pour les fans, ce non-combat est devenu un symbole des caprices du MMA. Comme l’explique le journaliste Ariel Helwani : *« C’est le ‘what if’ ultime. Ferguson était en feu entre 2015 et 2019, et Khabib dominait sans pitié. Leur style aurait pu produire un chef-d’œuvre ou un désastre. On ne saura jamais. »* Un avis partagé par l’ancien champion Daniel Cormier, qui estimait que Ferguson était *« le seul capable de mettre Khabib en difficulté »* grâce à son unorthodox striking et son grapple offensif.
Ironie du sort : leur unique "affrontement" a eu lieu… hors de l’Octogone, lors des pesées de l’UFC 229, le 6 octobre 2018. Un moment où la tension entre les deux hommes a basculé vers une étrange connivence.
UFC 229 : Quand les Regards Parlent Plus que les Poings
Ce soir-là, à Las Vegas, Ferguson vient de dominer Anthony Pettis (victoire par TKO au 2ème round), tandis que Khabib prépare son combat contre… Conor McGregor. Les pesées sont électriques. Ferguson, toujours théâtral, fixe McGregor avec un sourire narquois. Mais c’est Nurmagomedov qui capte son attention.
*« Il était le seul à me regarder droit dans les yeux »*, confiera Ferguson plus tard dans une interview pour ESPN MMA. *« McGregor évitait mon regard, comme un gamin pris la main dans le sac. Khabib, lui, il m’a fixé. Pas avec haine, mais avec… respect, peut-être. »* Un échange silencieux, mais lourd de sens. Puis, la phrase qui a tout changé : *« Je vais le tabasser, si tu ne le fais pas. »*
Une proposition aussi spontanée que révélatrice. Ferguson, connu pour son humour noir et son côté trash-talker, venait de toucher une corde sensible : leur mépris commun pour McGregor. Nurmagomedov, habituellement impassible, aurait esquissé un sourire avant de répondre : *« On verra. »* Leur dernière conversation.
Pour l’analyste Robin Black, cet échange illustre une dynamique psychologique fascinante : *« Dans le MMA, les rivalités sont souvent construites par les promos. Là, c’était l’inverse : deux mecs qui se détestaient sur le papier ont trouvé un terrain d’entente dans leur haine pour un troisième. C’est presque shakespearien. »*
"L’Alliance Contre McGregor" : Un Moment de Fragile Camaraderie
Leur animosité envers McGregor n’était un secret pour personne. Ferguson, humilié par les trash talks de l’Irlandais (« *Tony est un clochard qui vit dans une caravane* »), et Nurmagomedov, visé par les attaques racistes de McGregor (« *Dagestani rat* »), avaient de quoi se sentir lésés. Leur échange à l’UFC 229 était donc moins une trêve qu’une reconnaissance mutuelle : ils étaient les deux seuls à comprendre ce que McGregor leur avait fait subir.
*« C’était comme si on était les derniers samouraïs face à un envahisseur »*, dira Ferguson en 2021 dans son podcast Hotboxin’ with Mike Tyson. *« Khabib et moi, on vient de milieux différents, mais on partageait cette putain de rage contre ce type qui se croyait au-dessus de tout. »* Une rage qui, le temps d’un instant, a effacé leurs différences.
Pourtant, cette complicité naissante n’a jamais eu de suite. Après sa victoire contre McGregor (soumission au 4ème round), Nurmagomedov a enchaîné les défenses de titre, tandis que Ferguson a enchaîné les malchances (blessures, défaite contre Justin Gaethje en 2020). Leur fenêtre de dialogue s’est refermée aussi vite qu’elle s’était ouverte.
Et Si… ? Les Conséquences d’un Combat Qui N’a Jamais Eu Lieux
Que se serait-il passé si Ferguson et Nurmagomedov s’étaient enfin affrontés ? Les scénarios abondent :
- Version 1 : La Victoire de Khabib (la plus probable aux yeux des bookmakers). Nurmagomedov aurait consolidé son statut de GOAT des poids légers, mais Ferguson, même battu, aurait été le premier à lui tenir tête. *« Tony aurait pu le fatiguer avec son volume de strikes »*, estime l’entraîneur Firas Zahabi.
- Version 2 : Le Coup de Théâtre. Ferguson, avec son jitsu-jitsu créatif et son endurance, aurait pu surprendre Khabib en catch-as-catch-can. *« Si Tony l’avait soumis, ce serait entré dans l’histoire comme le plus gros upset depuis Matt Serra vs GSP »*, spéculait Joe Rogan en 2019.
- Version 3 : Le Combat Annulé… Encore. *« Avec leur historique, même le jour J, quelque chose aurait pu merder »*, plaisante le journaliste Luke Thomas.
Une chose est sûre : leur non-combat a changé la trajectoire des poids légers. Sans les annulations, Ferguson aurait pu affronter Khabib plus tôt, évitant peut-être la montée en puissance de Dustin Poirier ou Charles Oliveira. *« Tony était le gatekeeper ultime. S’il avait battu Khabib, toute la division aurait été bouleversée »*, analyse Chael Sonnen.
L’Héritage d’une Rivalité Fantôme
Aujourd’hui, Ferguson (39 ans) et Nurmagomedov (35 ans, retraité) sont tous deux des légendes, mais leur histoire commune reste incomplète. *« C’est comme un film dont on a perdu la dernière bobine »*, compare le scénariste Max Borenstein (à qui l’on doit The Fighter), *« sauf qu’ici, la bobine n’a jamais existé. »*
Leur échange à l’UFC 229, aussi bref soit-il, est devenu un symbole des paradoxes du MMA : des hommes prêts à s’entretuer dans la cage peuvent partager un moment de franche camaraderie hors des projecteurs. *« Ça montre que le MMA, c’est bien plus que deux mecs qui se tapent dessus »*, résume Ferguson. *« Parfois, c’est juste deux types qui se comprennent sans avoir besoin de parler. »*
Quant à McGregor, il est resté silencieux sur cet épisode. *« Il sait qu’il a été le catalyseur malgré lui »*, ricane Ferguson. *« Et ça, c’est la meilleure des revanches. »*

