L’Ombre d’un Retour : Quand la Légende Rencontre la Réalité
Imaginez la scène : 8 décembre 2016, Las Vegas. En 48 secondes, Amanda Nunes pulvérise Ronda Rousey, mettant fin à un règne qui avait révolutionné le MMA féminin. Depuis, le silence. Ou presque. Huit ans plus tard, des rumeurs persistantes, des déclarations cryptiques sur les réseaux sociaux, et surtout, une question qui hante les fans : et si Rousey revenait ?
Pour comprendre l’ampleur de ce potentiel comeback, il faut se replonger dans l’ère Rousey. Entre 2012 et 2015, elle était inarrêtable : 12 combats, 12 victoires (dont 11 en moins d’un round), une domination telle que l’UFC, alors réticent à intégrer les femmes, avait dû céder. Son armbar légendaire, hérité de son passé de médaillée de bronze olympique en judo (2008), était devenu une marque de fabrique. Puis vinrent Holly Holm (KO en 2015) et Nunes (TKO en 2016), deux défaites qui révélèrent ses limites : un jeu de jambes perfectible, une défense en striking fragile, et surtout, une incapacité à s’adapter quand son judo ne suffisait plus.
Aujourd’hui, à 37 ans, après une carrière en WWE (2018-2023) et des apparitions au cinéma (Expendables 3, Furious 7), Rousey n’a plus rien à prouver. Pourtant, le MMA la hante. Dans une interview récente pour ESPN, elle a lancé : « Je ne dis jamais jamais. […] Si une opportunité se présente et que ça a du sens, pourquoi pas ? » Des mots qui ont suffi à enflammer les réseaux. Mais derrière l’excitation, une évidence s’impose : le MMA a changé. Les athlètes sont plus complètes, les préparations plus scientifiques, et les judokates comme Rousey, autrefois redoutées, doivent désormais maîtriser le striking, le wrestling et la gestion du cardio pour survivre.
Alors, fantasme marketing ou réelle possibilité ? Dana White, président de l’UFC, a toujours été clair : « Ronda est une star. Si elle veut revenir, on trouvera un combat. » Mais à quel prix ?
Harrison vs. Rousey : Le Choc des Titanes… ou le Sacrifice d’une Légende ?
Si l’on en croit les bookmakers et les experts, un seul nom s’impose pour un retour de Rousey : Kayla Harrison. Double championne olympique de judo (2012 et 2016), invaincue en MMA (16-0), avec 11 victoires par soumission, Harrison est l’héritière naturelle de Rousey. Sauf que la comparaison s’arrête là. Là où Rousey dominait par son charisme et son aura, Harrison écrase par sa puissance physique et sa technique implacable. Son dernier combat ? Une soumission en 1 minute et 50 secondes contre Larissa Pacheco en juin 2023 – un niveau que Rousey n’a plus approché depuis près d’une décennie.
Le problème ? Ce combat n’a aucun sens sportif. Harrison, 27 ans, est au sommet de sa carrière. Rousey, elle, n’a plus combattu depuis 2016, et ses dernières performances en WWE ont révélé des limites athlétiques (blessures à répétition, mouvements moins explosifs). Pourtant, l’UFC y voit une mine d’or : un duel entre deux judokates, deux championnes olympiques, deux visages du MMA féminin. « Ce serait le combat le plus vendu de l’histoire des femmes en MMA », estime Chael Sonnen, ancien combattant et analyste.
Mais à quel risque ? Les exemples de comebacks ratés sont légion :
- Chuck Liddell (48 ans en 2018) : KO en 1 minute contre Tito Ortiz, un rival qu’il avait dominé dix ans plus tôt.
- B.J. Penn (38 ans en 2017) : trois défaites d’affilée avant un retrait définitif.
- Brock Lesnar (41 ans en 2016) : victoire controversée contre Mark Hunt, puis suspension pour dopage.
« Ronda a marqué l’histoire, mais aujourd’hui, elle serait une proie pour Harrison. Ce combat serait un massacre, et l’UFC le sait. », estime Bas Rutten, légende du MMA et ancien champion. Alors pourquoi insister ? Parce que dans l’univers du sport-spectacle, la nostalgie vend. Et Rousey, même diminuée, reste une usine à clics.
« Rowdy » 2.0 : Les Autres Scénarios (Plus Réalistes) d’un Retour
Et si Rousey évitait Harrison ? Après tout, l’UFC a l’habitude de protéger ses stars. Plusieurs options, plus stratégiques, pourraient être envisagées :
1. Un combat « légendaire » contre Miesha Tate
Leur trilogie (2012-2013) avait définis une ère. Tate, retraitée depuis 2016 mais revenue brièvement en 2021, incarne la rivale parfaite : un nom connu, un style compatible (grappling), et surtout, un risque limité. « Miesha et moi, on a une histoire inachevée. […] Ce serait un beau moyen de boucler la boucle », avait confié Rousey en 2020. Un combat nostalgique, mais beaucoup moins dangereux qu’un affrontement contre Harrison.
2. Un duel contre une star montante… mais pas trop
Des noms comme Mayra Bueno Silva (Brésilienne explosive, 10-2-1) ou Panny Kianzad (expérimentée mais pas élite) pourraient offrir un défi crédible sans être suicidaire. L’UFC adore ces combats « passage de témoin », où une légende affronte une jeune louve pour lui donner de la visibilité. Rousey y gagnerait un combattant test avant d’envisager (ou non) un duel plus relevé.
3. Un événement spécial : Rousey vs. Cyborg… en catch ?
Pourquoi limiter le retour de Rousey au MMA ? Une hybridation avec la WWE (où elle a été championne) pourrait être envisagée. Un combat « spectacle » contre Cris Cyborg (autre légende du MMA féminin) dans un octogone modifié, avec des règles mixtes, attiserait la curiosité. « Ce serait du jamais-vu, et ça ferait parler », estime Dave Meltzer, journaliste spécialisé.
Ces scénarios, bien que moins lucratifs qu’un Rousey vs. Harrison, présenteraient un avantage majeur : ils préservent son héritage. Car au fond, c’est bien là l’enjeu. Rousey n’a pas besoin d’argent (sa fortune est estimée à 13 millions de dollars), ni de gloire. Elle a déjà tout gagné. Alors pourquoi revenir ? Peut-être pour prouver qu’elle peut encore surprendre, ou simplement parce que, comme elle l’a souvent dit : « Je suis une combattante. C’est dans mon ADN. »
Derrière les Projecteurs : Ce Que Personne ne Dit sur un Retour de Rousey
Parlons peu, parlons vrai : un retour de Rousey, c’est avant tout une opération financière. Son dernier combat en 2016 avait généré 1,1 million de pay-per-view, un record pour un événement féminin à l’époque. Aujourd’hui, avec l’essor du MMA féminin (grâce à des stars comme Amanda Nunes ou Valentina Shevchenko), les chiffres pourraient exploser. « Ronda vs. Harrison ? Ça ferait au moins 1,5M de PPV, facile », estime un cadre de l’UFC sous couvert d’anonymat.
Mais il y a un coût humain. Rousey a toujours été transparente sur ses struggles mentaux. Dans son autobiographie (My Fight / Your Fight, 2015), elle révèle avoir envisagé le suicide après sa défaite contre Holm. Un retour, surtout face à une athlète comme Harrison, pourrait rappelé ces démons. « Le MMA, c’est 10% de combat et 90% de préparation mentale. Ronda a déjà donné assez », confie Edmond Tarverdyan, son ancien entraîneur.
Autre point souvent ignoré : son corps. Rousey a subi plusieurs commotions cérébrales (notamment contre Holm et Nunes), et ses années en WWE, où les chocs sont fréquents, n’ont pas arrangé les choses. « À 37 ans, après autant de coups, revenir en MMA, c’est jouer avec le feu », avertit le Dr. Margaret Goodman, spécialiste des traumatismes crâniens dans les sports de combat.
Enfin, il y a l’après. Que se passera-t-il si Rousey perd (ce qui est probable) ? Son image de femme invincible, soigneusement construite, volera en éclats. Pire : elle pourrait devenir la cible de moqueries, comme Anderson Silva après ses défaites tardives. « Les fans oublient vite. Aujourd’hui, ils l’adorent. Demain, si elle se fait dominer, ils la crucifieront », prédit Joe Rogan.
Alors, pourquoi prendre ce risque ? Peut-être parce que Rousey, malgré ses succès hors du MMA, reste une guerrière. Ou peut-être parce que, dans un monde où les légendes sont rares, l’UFC a besoin d’elle plus qu’elle n’a besoin de l’UFC.
Le MMA a Changé. Ronda Rousey Peut-elle Encore le Dompter ?
En 2016, quand Rousey a quitté l’UFC, le MMA féminin en était à ses balbutiements. Aujourd’hui, c’est une industrie à part entière. Les athlètes sont plus complètes, les entraînements plus scientifiques, et la compétition féroce. Prenez Kayla Harrison : son jeu de jambes, sa défense en striking et son grappling sont l’évolution naturelle de ce que Rousey représentait. Ou Amanda Nunes, qui a dominé deux catégories de poids avec une puissance et une polyvalence inégalées.
Rousey, elle, était une spécialiste. Son judo était dévastateur, mais son jeu debout, limité. Aujourd’hui, avec des règles plus strictes sur les clinch et les projections, son arsenal serait moins efficace. « Ronda a révolutionné le MMA féminin, mais le sport l’a dépassée », résume Daniel Cormier, double champion UFC.
Alors, que reste-t-il à Rousey ? Son nom, son charisme, et cette capacité unique à capter l’attention. Peut-être qu’un retour n’est pas une question de victoire, mais de moment. Un dernier combat, même perdu, pourrait lui permettre de quitter le MMA à ses conditions, en contrôlant le récit. Après tout, comme elle l’a dit elle-même : « Je préfère perdre en essayant que de vivre avec des regrets. »
Reste une question : les fans sont-ils prêts à voir leur idole tomber ? Dans un sport où la nostalgie se paie en sang et en sueur, Ronda Rousey pourrait bien découvrir que certaines légendes sont meilleures quand elles restent intactes.
Alors, faut-il y croire ? Peut-être. Mais à condition d’accepter que ce comeback ne soit pas celui d’une championne, mais celui d’une icône – prête à tout pour rappeler au monde qu’elle a été, un jour, la plus grande. Le reste ? Une question de courage, de stratégie, et surtout, de savoir quand s’arrêter.
Une chose est sûre : si Rousey revient, ce ne sera pas pour gagner. Ce sera pour écrire la dernière page de sa légende – qu’elle soit glorieuse… ou tragique.

