Quand Ronda Rousey dynamite le mythe Khabib : "Son héritage est une construction"
On connaissait Ronda Rousey pour ses armbars dévastateurs et ses prises de position sans filtre. Voici qu’elle s’attaque à un nouveau géant : l’héritage "sacré" de Khabib Nurmagomedov. Lors d’un épisode explosif du podcast Bertcast, l’ancienne star du UFC a disséqué avec une précision chirurgicale ce qu’elle considère comme une "supercherie collective" autour du Russe. Ses mots ? "Khabib a fait ce que 99% des champions rêvent de faire : disparaître avant que la magie ne s’évanouisse."
Pour Rousey, la retraite invaincue de Nurmagomedov (29-0) en 2020, au lendemains de sa victoire contre Justin Gaethje, relève moins du destin que d’un calcul froid. "Regardez les plus grands : Ali a perdu, Fedor a perdu, GSP a pris des coups… Khabib a évité ça. C’est malin, mais ça ne fait pas de lui un dieu", lance-t-elle. Une accusation lourde, quand on sait que l’Aigle du Dagestan est souvent présenté comme l’incarnation de la perfection en MMA.
L’argument choc de Rousey ? "Son statut intouchable tient à 50% de ses performances… et à 50% du fait qu’il n’a jamais eu à affronter le déclin." Elle cite en exemple des légendes comme Anderson Silva, dont la fin de carrière difficile a effacé dans l’esprit de beaucoup ses 16 défenses de titre historiques. "Dans ce sport, on ne vous aime que quand vous gagnez. Khabib l’a compris avant tout le monde."
Derrière le rideau : les confessions qui étayent sa théorie
Ce qui donne encore plus de poids aux propos de Rousey, ce sont les révélations qu’elle partage "off the record". Selon elle, des champions comme Georges St-Pierre ou Daniel Cormier lui auraient confié, en privé, leur amertume face à cette pression. "DC m’a dit un jour : ‘Ronda, si j’avais su à quel point les gens te détestent quand tu perds, j’aurais arrêté plus tôt.’ Ça, c’est la vérité crue du MMA," raconte-t-elle.
Rousey va plus loin en évoquant les coulisses des contrats UFC. "Quand tu signes pour 8 combats et que tu en fais 10 en dominant, on te supplie de continuer. Mais dès que tu perds deux fois, on te pousse vers la sortie. Khabib a vu ça de l’intérieur avec son père [Abdulmanap]. Il savait que le business du MMA ne récompense pas la loyauté."
Un exemple frappant ? Le traitement réservé à Fedor Emelianenko, considéré comme le meilleur poids lourd de l’histoire… jusqu’à ses défaites. "Fedor a porté le MMA russe sur ses épaules pendant 10 ans. Aujourd’hui, les mêmes fans qui le vénéraient le traitent de ‘has-been’ parce qu’il a osé perdre à 40 ans. Où est la logique ?" s’indigne Rousey.
"Qu’as-tu fait pour nous récemment ?" : la malédiction des légendes du MMA
Au cœur de la critique de Rousey se trouve cette culture de l’oubli qui gangrène le MMA. "On est dans un sport où ton héritage s’efface au premier KO. Regardez Chuck Liddell : il a révolutionné les poids mi-lourds, mais aujourd’hui, on se souvient surtout de ses défaites contre Rashad Evans et Rich Franklin."
Pour elle, cette mentalité pousse les athlètes à privilégier l’image à long terme plutôt que la transmission. "Khabib aurait pu devenir entraîneur, mentor… Mais non, il préfère vendre des casquettes et faire des apparitions à Abu Dhabi. Parce que dans ce milieu, mieux vaut être une icône morte qu’un vétéran actif."
Rousey compare d’ailleurs le MMA à l’industrie musicale : "Un combattant, c’est comme un tube d’été. Tant que tu es numéro 1, tout le monde t’adore. Dès que tu descends dans les charts, on te remplace. La différence, c’est qu’en MMA, le ‘chart’, c’est ton corps qui le paie."
Une analyse qui fait écho aux propos de Jon Jones, souvent critiqué pour ses choix de carrières. "People want to see you win, not grow old gracefully," avait-il déclaré en 2022. La boucle est bouclée : dans un sport où la jeunesse est reine, la sagesse n’a pas sa place.
Et si Khabib avait (aussi) eu peur ? La théorie qui dérange
C’est peut-être le passage le plus explosif de l’interview. Ronda Rousey y suggère que la retraite de Khabib cache une peur : celle de l’échec. "Son père est mort, il avait promis à sa mère de s’arrêter… Mais combien de champions tiennent vraiment leurs promesses quand il y a 10 millions de dollars sur la table ?"
Elle pointe du doigt l’absence de défis réels en fin de carrière : "Khabib a évité Michael Chandler dans sa prime, il a refusé Tony Ferguson 5 fois… Est-ce qu’on parle vraiment de ‘perfection’ ou de ‘sélection intelligente’ ?" Une question qui fâche, quand on sait que l’invincibilité de Nurmagomedov est souvent présentée comme la preuve de sa supériorité absolue.
Pour étayer son propos, Rousey utilise une comparaison choc : "Khabib, c’est comme un étudiant qui quitte l’école après avoir eu 20/20 en terminale. On ne saura jamais s’il aurait réussi en prépa. Sauf qu’ici, la ‘prépa’, c’est le déclin physique – et personne n’en sort indemne."
Une théorie qui rejoint celle de Chael Sonnen, autre esprit libre du MMA : "The only undefeated fighters are the ones who quit before they lose. Coincidence ?" Le débat est relancé : dans un sport aussi imprévisible, la perfection existe-t-elle vraiment, ou n’est-elle qu’une question de timing ?
L’héritage empoisonné : quand les légendes deviennent des fantômes
Au-delà de Khabib, c’est toute la gestion des légendes que Rousey remet en cause. "On crée des monstres sacrés, puis on les abandonne. Regardez ce qu’il reste de Brock Lesnar ou de CM Punk : des ombres de ce qu’ils étaient, parce qu’ils ont cru pouvoir défier le temps."
Pour elle, la solution passerait par un changement de mentalité : "Il faut arrêter de traiter les combattants comme des produits jetables. Un champion qui perd reste un champion – demandez à Dominick Cruz ou à Jose Aldo. Leur valeur ne tient pas à leur dernier combat, mais à ce qu’ils ont apporté au sport."
Rousey conclut sur une note personnelle, évoquant sa propre expérience : "Quand j’ai perdu contre Holly Holm, j’ai cru que le monde allais s’écrouler. En réalité, les seuls qui m’ont lâchée, c’étaient ceux qui ne m’aimaient pas vraiment. Les vrais fans, eux, savouraient le spectacle depuis le début."
Une leçon de résilience qui contraste avec l’image d’un Khabib "figé dans l’ambre de sa perfection". Comme pour rappeler que dans le MMA, comme dans la vie, les cicatrices racontent souvent une histoire plus belle que les médailles.

