Vancouver, act 4 : quand le corps dit "stop"
Le 15 juin 2024, la UFC Fight Night: Allen vs. de Ridder aurait dû être le tremplin de Reinier de Ridder vers les sommets de l’UFC. À la place, ce fut un naufrage en direct. Après un premier round maîtrisé, le Néerlandais s’est effondré comme un château de cartes, son coin jetant l’éponge après le quatrième round. Trois semaines plus tard, les mots sont crus, presque clinique : "J’ai tout foutu en l’air à Vancouver. Point."
Pourtant, les signes avant-coureurs étaient là. Dès les premières minutes du combat, son souffle court et ses mouvements moins explosifs trahissaient une préparation ratée. "J’ai senti que quelque chose n’allait pas dès l’échauffement, confesse-t-il. Mais quand tu es dans la cage, tu te dis : ‘Ça va passer.’ Sauf que non. Mon corps avait déjà rendu les armes bien avant le combat."
Le pire ? Il le savait. Son équipe le lui répétait depuis des semaines : "Tu pushes trop, tu ne récupères pas, tu vas droit dans le mur." Mais de Ridder, obsédé par l’idée d’affronter Khamzat Chimaev pour le titre, a préféré ignorer les alertes. Résultat : une performance digne d’un "zombie", comme il se décrit lui-même, et une défaite qui résonne comme un électrochoc.
"J’ai détruit mon corps en 2024" : l’enfer de la préparation
Derrière cette défaite se cache une vérité plus glaçante : Reinier de Ridder s’est sabordé bien avant de monter dans la cage. Son camp d’entraînement pour Vancouver ? "Un enfer auto-imposé", résume-t-il. Épuisement chronique, séances à vide, et une descente de poids "pire que d’habitude" – le tout enchainé après cinq combats en onze mois, un rythme que même les plus endurants du sport évitent.
Les détails qu’il livre sont édifiants :
- Des nuits blanches : "Je dormais 3-4 heures par nuit à cause du stress et des douleurs. Mon corps ne récupérait plus."
- Des séances "à vide" : "Je m’entrainais comme un fou, mais sans intensité réelle. J’étais une coquille vide."
- Un poids de forme inquiétant : "J’ai dû couper 12 kg en 6 semaines. Mon corps a dit ‘non’ bien avant la pesée."
Pire encore : il savait que c’était une erreur. "Mon nutritionniste me suppliait de reporter le combat. Mon coach me disait : ‘Tu n’es pas prêt.’ Mais j’ai cru que je pouvais forcer le destin. Grosse erreur." Aujourd’hui, le constat est sans appel : "J’ai géré ma carrière comme un amateur. Pas comme un double champion de l’ONE Championship."
Le syndrome du "trop, trop vite" : quand l’ambition aveugle
Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient en trois mots : rythme infernal. Entre décembre 2022 et novembre 2023, de Ridder a enchaîné les combats comme si chaque mois était une urgence. Victoire contre Bo Nickal, puis contre l’ancien champion Robert Whittaker… Des succès qui ont masqué une réalité : son corps accumulait la fatigue.
"Après le combat contre Whittaker, j’aurais dû prendre 6 mois de pause, admet-il. Mais quand l’UFC t’appelle pour un combat contre Allen avec la promesse d’affronter Chimaev ensuite… tu dis ‘oui’ sans réfléchir." Un choix motivé par l’ego ? "Non, par l’ambition. Je voulais être champion UFC avant 40 ans. Sauf que maintenant, je me rends compte que sans santé, il n’y a pas de titre possible."
Le plus ironique ? Son entourage avait tout prévu. "Mon manager avait même bloqué des dates pour une pause forcée en 2024. Mais j’ai annulé. Je pensais être invincible." Aujourd’hui, il rit jaune : "Regarde où ça m’a mené. À me traîner dans la cage comme un vieux boxeur fin de carrière."
2025 : la revanche ou le saut chez les mi-lourds ?
Malgré le désastre, Reinier de Ridder n’est pas du genre à rester par terre. Dès février ou mars 2025, il compte remonter dans la cage. Avec quels objectifs ? "Trois noms me motivent : Paulo Costa, Dricus du Plessis… et une revanche contre Allen. Parce que je sais que je peux le battre. Ce soir-là, ce n’était pas moi."
Mais une question persiste : à quel poids ? Les résultats de son analyse DEXA (mesure précise de la composition corporelle) ont révélé une masse musculaire et osseuse légèrement supérieure à la moyenne des middleweights. "Techniquement, je suis fait pour les 205 livres, reconnaît-il. Mais j’ai encore des comptes à régler à 185. Quatre de mes cinq derniers combats dans cette catégorie se sont bien passés après la descente de poids. Le problème, c’est d’y arriver en un seul morceau."
Une montée chez les mi-lourds serait-elle la solution ? "À long terme, oui. Mais pas tout de suite. Je veux prouver que je peux dominer à 185 livres sans me détruire. Sinon, à quoi bon ?" Une chose est sûre : il ne compte pas ralentir. "Les gens me disent : ‘Prends ton temps.’ Mais moi, je fonctionne comme ça : tout, tout de suite. Même si ça me tue."
La leçon (vraiment) apprise ?
Alors, Reinier de Ridder a-t-il tiré les enseignements de Vancouver ? "Je ne sais pas, répond-il après un silence. Je sais que je ne referai pas les mêmes erreurs de préparation. Mais est-ce que je vais écouter mon corps la prochaine fois ?" Il hésite. "Peut-être. Ou peut-être que je recommencerai à forcer. Parce que c’est comme ça que je suis."
Un aveu qui en dit long : le vrai combat de de Ridder n’est pas dans la cage, mais contre lui-même. "Je suis mon pire ennemi, assume-t-il. Je veux tout, tout de suite. Et dans ce sport, ça ne marche pas comme ça." Pourtant, il refuse de changer. "Si je ralentis, je perds mon edge. Mon agressivité. Ce qui fait que je gagne."
Alors, 2025 sera-t-elle l’année de la rédemption ou de la répétition des mêmes erreurs ? Une chose est sûre : avec Reinier de Ridder, l’ennui n’est jamais au rendez-vous.

