12 jours pour défier une légende : le calcul risqué de Gamrot
Quand l’UFC a proposé à Mateusz Gamrot d’affronter Charles Oliveira à São Paulo, le 12 novembre 2023, le Polonais n’a pas hésité une seconde. Problème : il ne disposait que de douze jours pour se préparer à un adversaire classé n°3 mondial, détenteur du record de soumissions en UFC (16) et ancien champion des poids légers. Un pari fou ? *"Un pari calculé"*, corrige Mike Brown, son entraîneur en chef à l’American Top Team.
À l’époque, Gamrot était en plein camp d’entraînement pour un main event prévu en novembre contre un autre top 10. Accepter ce combat, c’était renoncer à des semaines de préparation spécifique pour un défi immédiat – et un adversaire bien plus redoutable. *"Mateusz a cette mentalité de guerrier. Il veut les meilleurs, peu importe les circonstances"*, explique Brown. Mais derrière cette audace se cachait un dilemme stratégique : comment adapter un game plan en si peu de temps contre un spécialiste du grappling comme *"Do Bronx"* ?
Le résultat est connu : une défaite par rear-naked choke en 1’09’’ du 2ᵉ round, la première soumission subie en 30 combats professionnels pour Gamrot. Pourtant, comme le souligne Brown, *"le plus impressionnant, c’est qu’il a tenu le premier round et menacé Oliveira debout. Beaucoup n’auraient même pas osé monter dans la cage."*
"Nous perdons ensemble" : la réaction sans filtre de Mike Brown
Dans un message Instagram publié après le combat, Mike Brown a assumé la responsabilité de la défaite, un geste rare dans le monde du MMA où les entraîneurs préfèrent souvent mettre en avant les circonstances atténuantes. *"Nous gagnons ensemble, nous perdons ensemble. Ce combat était un pari, et cette fois, le pari n’a pas payé"*, a-t-il écrit, avant d’ajouter : *"Mais je crois toujours en lui. Il a l’étoffe d’un champion."*
Une déclaration qui en dit long sur la philosophie de l’American Top Team : ici, on ne jette pas un combattant après un revers, surtout quand il a montré un tel mental. Brown a d’ailleurs révélé en coulisses que Gamrot avait refusé de blâmer le manque de préparation : *"Il m’a dit : ‘Coach, c’est ma faute. J’ai merdé sur la défense de soumission.’ C’est ça, un vrai professionnel."*
Pourtant, certains observateurs, comme l’analyste Chael Sonnen, ont pointé du doigt une erreur tactique : *"Gamrot a trop forcé les échanges debout au 2ᵉ round. Contre Oliveira, il fallait jouer la prudence au sol. Douze jours de prep’, c’est insuffisant pour ajuster ça."* Une critique que Brown n’a pas directement contestée, admettant que *"le timing était peut-être le pire ennemi ce soir-là"*.
Oliveira, machine à soumissions : quand l’expérience écrase l’audace
Charles Oliveira n’a pas volé sa réputation. À 34 ans, le Brésilien a une fois de plus prouvé qu’il était un cauchemar pour les prétendants au titre, même en combat de remplacement. Face à Gamrot, il a attendu patiemment son moment : une erreur en clinch, une transition au sol mal négociée, et 1’09’’ plus tard, le Polonais tapait.
*"Do Bronx"* a ainsi porté son total de victoires par soumission à 20 (dont 16 en UFC), un record absolu. *"Oliveira est comme un python : il serre, il attend, et quand tu fais une erreur, il te brise"*, analyse Daniel Cormier, commentateur pour ESPN. Gamrot, lui, a payé le prix de l’inexpérience dans ce domaine précis : *"Je savais qu’il était dangereux au sol, mais je n’ai pas réussi à anticiper sa vitesse de transition"*, a-t-il admis en conférence de presse.
Pourtant, le combat a aussi révélé des progrès inattendus chez Gamrot. Malgré le manque de préparation, il a dominé une partie des échanges debout, prouvant qu’il pouvait rivaliser avec l’élite même dans des conditions désavantageuses. *"Si on lui avait donné 8 semaines, ce combat aurait pu basculer"*, estime Khabib Nurmagomedov, qui suit de près la carrière du Polonais.
Derrière le rideau : le game plan secret qui a failli tout changer
Ce que peu de gens savent, c’est que l’équipe de Gamrot avait préparé une stratégie surprise pour contrer Oliveira : travailler les takedowns en chaîne pour éviter le sol, là où le Brésilien est le plus dangereux. *"On avait repéré que Charles avait du mal avec les doubles legs rapides. Mateusz a bossé ça comme un dingue pendant ces 12 jours"*, confie un membre de l’ATT sous couvert d’anonymat.
Problème : au 2ᵉ round, Gamrot a sous-estimé sa fatigue. *"Il a cru pouvoir enchaîner comme au 1ᵉʳ round, mais Oliveira a senti la baisse de régime et a sauté sur l’occasion"*, explique Brown. Résultat : une erreur de placement, une contre-attaque fulgurante, et la soumission.
Ironie du sort : si Gamrot avait respecté le plan initial à la lettre (éviter absolument le sol après 5 minutes), il aurait peut-être tenu jusqu’au 3ᵉ round. *"Mais c’est aussi ce qui fait sa force : il ne recule jamais. Parfois, c’est une qualité. Parfois, ça te coûte un combat"*, philosophe Brown.
Et maintenant ? Pourquoi cette défaite pourrait être un tournant
À 33 ans, Mateusz Gamrot n’est plus un jeune espoir, mais cette défaite pourrait paradoxalement accélérer sa progression. *"Il a maintenant l’expérience directe de ce que c’est que d’affronter un top 3 avec une prep’ express. La prochaine fois, il saura"*, analyse Laura Sanko, commentatrice pour l’UFC.
Les options ne manquent pas pour le Polonais :
• Un retour contre Beneil Dariush ou Rafael Fiziev pour se relancer.
• Un travail renforcé avec des spécialistes du grappling, comme Georges St-Pierre l’avait fait après sa défaite face à Matt Hughes.
• Une remise en question tactique : *"Peut-être qu’il doit accepter de jouer plus défensif contre les grapplers"*, suggère Brown.
Une chose est sûre : Gamrot n’a pas perdu de fans ce soir-là. Au contraire. *"Les gens respectent ceux qui osent. Même dans la défaite, Mateusz a gagné en crédibilité"*, résume Dana White. Et si son entraîneur a raison, ce *"pari qui n’a pas payé"* pourrait bien se transformer en investissement gagnant pour la suite de sa carrière.

