"C’est du No. 1 bullshit" : Bisping explose la rumeur Paul vs Ngannou
Quand Michael Bisping parle, le monde du combat écoute. L’ancien champion des poids moyens de l’UFC, connu pour son franc-parler et son analyse tranchante, n’a pas hésité une seconde à torcher les spéculations autour d’un éventuel combat entre Jake Paul et Francis Ngannou. Tout est parti de l’annulation du match exhibition entre Paul et Gervonta Davis, ce dernier étant accusé de violences conjuguées. Dès lors, les noms de remplaçants ont fusé, avec en tête de liste Nate Diaz… et surtout Ngannou, le "Predator" camerounais, ancien roi des poids lourds de l’UFC.
Pour Bisping, interviewé sur son podcast Believe You Me, l’idée même de ce combat relève du "No. 1 bullshit". Sans détour, il rappelle que Jake Paul, malgré ses 9 victoires en boxe (dont 6 par KO), a construit sa carrière sur des adversaires soigneusement sélectionnés : des vétérans en fin de parcours (Anderson Silva, 47 ans lors de leur affrontement) ou des légendes bien au-delà de leur prime (Mike Tyson, 58 ans). "Francis Ngannou, c’est une autre dimension, martèle Bisping. Ce gars a tenu tête à Tyson Fury, il a dominé l’UFC… Jake Paul, lui, il boxe des mecs qui devraient être à la retraite !"
Pourtant, derrière les éclats de rire et les critiques cinglantes, Bisping reconnaît une stratégie diaboliquement efficace. Même en perdant, Jake Paul sortirait grandi d’un combat contre Ngannou. "Imaginez le récit : ‘Il a osé affronter un monstre de l’UFC, il a tenu X rounds, quel guerrier !’", ironise l’Anglais. Dans l’univers du sport-spectacle, où l’image prime souvent sur la réalité, une défaite héroïque vaudrait mieux qu’une victoire contre un adversaire sans enjeu. Et Bisping de conclure, mi-amusé, mi-agacé : "Paul est un génie du marketing. Il sait que les gens achèteront le combat, peu importe le résultat."
Ngannou vs Paul : un fossé technique et physique "insurmontable"
Au-delà des considérations médiatiques, l’écart entre les deux hommes est vertigineux. Francis Ngannou, avec son gabarit de poids lourd (1,93 m, 115 kg) et sa frappe dévastatrice (détenteur du record du coup le plus puissant jamais mesuré en UFC), incarne la terreur absolue pour n’importe quel boxeur. Jake Paul, lui, évolue en cruiserweight (90 kg max), et n’a jamais affronté un adversaire de ce calibre.
Bisping décompose froidement les risques pour Paul :
- La puissance : "Ngannou peut te mettre K.O. d’un seul coup, même en boxe. Paul n’a jamais connu ça."
- L’expérience : "Francis a boxé contre Fury, un des meilleurs de l’histoire. Jake, lui, il a boxé… des YouTubeurs et des retraités."
- La résistance : "Ngannou encaisse des coups de monstres depuis des années. Paul, le premier uppercut propre qu’il prendra, il va s’effondrer."
Pourtant, Bisping nuance : "Je ne dis pas que Paul est nul. Il a vraiment progressé, il a une bonne garde, un jab correct. Mais contre Ngannou ? C’est comme mettre un amateur face à Mike Tyson en 1988." Pour appuyer son propos, il cite l’exemple du combat entre Ngannou et Stipe Miocic en 2021, où le Camerounais avait envoyé l’Américain au tapis avec une droite monstrueuse dès le premier round. "Vous imaginez ça sur le menton de Jake Paul ?"
Le paradoxe Paul : perdre pour gagner ?
Ici, Bisping soulève un point fascinant : et si Jake Paul misait délibérément sur la défaite ? Dans un monde où la notoriété se construit autant sur les échecs que sur les succès (voir Conor McGregor après sa défaite contre Floyd Mayweather), une performance "courageuse" contre Ngannou pourrait booster sa crédibilité bien plus qu’une victoire contre un adversaire lambda.
"Regardez Nate Diaz, propose Bisping. Lui, au moins, il a un vrai palmarès en MMA. Mais Paul ? Son seul combat ‘crédible’ était contre Tyron Woodley… et encore, Woodley était un MMA fighter, pas un boxeur. Contre Ngannou, même en perdant, il devient ‘le mec qui a tenu face à un monstre’." Une narration que Paul, maître ès réseaux sociaux, saurait exploiter à merveille.
Reste une question : Ngannou accepterait-il ce combat ? Le Camerounais, en pleine reconstruction après son départ de l’UFC et sa défaite contre Fury, pourrait voir d’un mauvais œil un affrontement contre un "influenceur". "Francis a sa fierté, rappelle Bisping. Il ne veut pas être le ‘méchant qui écrase le petit YouTubeur’. Sauf si on lui propose un chèque astronomique… et là, tout est possible."
Derrière les projecteurs : l’ombre de Gervonta Davis
Ironie du sort, cette polémiques autour de Paul vs Ngannou n’existerait pas sans l’affaire Gervonta Davis. Accusé de violences conjuguées, le champion WBA a vu son combat contre Paul annulé en urgence, laissant le "Problem Child" sans adversaire pour son retour sur le ring, prévu le 20 juillet 2024 à Dallas.
Pour Bisping, cette annulation révèle une vérité crue : "Paul avait enfin un adversaire légitime, un vrai boxeur, un champion du monde. Et patatra, tout s’écroule. Alors on sort Ngannou de son chapeau ? C’est du désespoir." Il souligne que Davis, malgré ses déboires judiciaires, restait le seul combat qui pouvait donner une once de légitimité à Paul dans le monde de la boxe professionnelle.
"Maintenant, il est coincé, analyse Bisping. Soit il affronte un autre vétéran (Diaz ?), soit il tente le tout pour le tout contre Ngannou et risque l’humiliation. Il n’y a pas de bonne solution." Une impasse qui, selon l’Anglais, pourrait bien révéler les limites du modèle Jake Paul : "Tôt ou tard, il faudra affronter la réalité. Et la réalité, c’est que la boxe, ce n’est pas du cinéma."
Le mot de la fin : "Paul est un showman, pas un boxeur"
En conclusion de son analyse, Bisping résume sa pensée avec une phrase choc : "Jake Paul est le P.T. Barnum de la boxe." Une référence au célèbre imprésario américain, maître des coups médiatiques et des attractions spectaculaires. "Il a compris que le public ne veut pas de la boxe, mais du drame. Et ça, il le fait très bien."
Pourtant, derrière le mépris affiché, on sent presque une forme d’admiration chez Bisping. "Je déteste son approche, mais je respecte son intelligence. Il a transformé 20 millions de followers en une machine à cash. Et si un combat contre Ngannou peut lui rapporter 50 millions de plus… pourquoi pas ?"
Reste à savoir si Francis Ngannou, lui, jouera le jeu. Car au-delà des millions, c’est bien sa réputation qui est en jeu. "Si Francis accepte, il doit gagner par KO au premier round, sinon, les gens diront qu’il a sous-estimé Paul. Et ça, pour un ancien champion de l’UFC, ce serait une tache indélébile."
Une chose est sûre : si ce combat a lieu, ce ne sera pas pour le sport, mais pour l’histoire. Celle, folle et imprévisible, d’un influenceur qui a osé défier un géant. Et comme le dit Bisping en riant : "Dans 20 ans, on en parlera encore… surtout si Paul se fait démolir en 30 secondes."

