"Un monstre génétique" : pourquoi Rakhmonov fascine (et inquiète)
Quand Jorge Masvidal parle, les fans de MMA écoutent. L’homme aux 5 millions de followers sur Instagram et aux knockouts légendaires (ask Ben Askren) a une réputation : il ne lâche pas de déclarations en l’air. Alors quand "Gamebred" affirme que Shavkat Rakhmonov est "le seul gars qui peut vraiment menacer Makhachev", la communauté s’interroge. Pourtant, les arguments sont là, et ils pèsent lourd.
D’abord, il y a les chiffres : 19 combats, 19 victoires (10 par KO, 7 par soumission). Une série invaincue qui s’étend sur près de 7 ans, avec des adversaires de plus en plus coriaces à mesure qu’il grimpe les échelons. Mais au-delà des statistiques, c’est son profil physique qui impressionne. Avec 1,85 m pour 84 kg (en combat), Rakhmonov dépasse la plupart des mi-moyens en taille et en envergure (1,93 m). Un avantage structurel que même Makhachev (1,80 m, 1,88 m d’envergure) ne peut ignorer.
Puis il y a son style. "Ce mec est un tank. Il avance, il te frappe, il te projette, et il recommence. Sans jamais s’essouffler", décrit Masvidal dans une interview récente. Les données le confirment : en UFC, Rakhmonov affiche 60% de réussite aux takedowns (contre 45% pour la moyenne de la division) et une défense aux strikes significatifs à 75% – un niveau élite. Contrairement à des frappeurs purs comme Leon Edwards ou Colby Covington, il ne dépend pas d’un seul atout. "C’est ça qui le rend dangereux : tu ne peux pas deviner son plan. Il s’adapte."
Et puis, il y a l’intangible : sa capacité à encaisser. Lors de son dernier combat contre Stephen Thompson (UFC 296), Rakhmonov a subi des coups propres de "Wonderboy" – l’un des frappeurs les plus techniques de l’histoire – avant de le soumettre au 5ème round. "Makhachev n’a jamais affronté un gars qui peut prendre deux-trois gros coups et continuer à avancer comme si de rien n’était", note Masvidal. Une résilience qui rappelle… Khabib Nurmagomedov, mentor de Makhachev.
Makhachev vs Rakhmonov : un matchup qui divise (déjà)
Sur le papier, le duel semble inévitable. Pourtant, certains experts tempèrent l’enthousiasme. "Rakhmonov est impressionnant, mais Makhachev est un niveau au-dessus en grappling. Son sambo est trop affûté", estime Daniel Cormier, ancien double champion UFC. L’argument est de taille : Makhachev étouffe ses adversaires au sol (cf. sa victoire contre Alexander Volkanovski à UFC 294), et Rakhmonov, malgré ses qualités, n’a pas encore prouvé qu’il pouvait rivaliser avec les élites du grappling.
Masvidal, lui, reste sceptique : "Oui, Makhachev est un monstre au sol. Mais Rakhmonov a une lutte explosive. Et s’il arrive à le garder debout ? Là, ça devient intéressant." Le Kazakh, formé au pankration (un mélange de lutte et de frappe), a justement bâti sa réputation sur sa capacité à mélanger les phases. Contre Geoff Neal (UFC 285), il a alterné entre projections et combinaisons de poings avec une fluidité rare.
Autre point clé : l’endurance. Rakhmonov, habitué aux combats en 5 rounds dans les organisations asiatiques, a démontré une capacité cardio exceptionnelle. "Il ne ralentit jamais. Même au 5ème round, il a l’air frais", observe Masvidal. Un atout crucial face à Makhachev, dont le style pressure-fighting repose sur un rythme soutenu.
Enfin, il y a la dimension psychologique. Makhachev, bien que dominant, n’a jamais affronté un adversaire aussi physiquement imposant que Rakhmonov. "Ça peut jouer. Quand tu as un mec en face qui te domine en taille, en puissance, et qui ne recule jamais… ça peut te faire douter", suggère l’ancien combattant.
"Les autres prétendants ? Trop limités"
Masvidal n’y va pas de main morte quand on lui parle de Carlos Prates (19-3) ou Michael Morales (15-0) : "Des gars sympas, mais ils n’ont pas le niveau pour Makhachev. Prates a un bon jiu-jitsu, mais sa frappe est trop prévisible. Morales ? Trop jeune, trop inexperienced contre l’élite."
Le contraste avec Rakhmonov est frappant. Là où les autres prétendants brillent dans un domaine (ex. : la frappe pour Jack Della Maddalena), le Kazakh maîtrise tout. "C’est comme si tu avais un Khabib 2.0, mais avec une meilleure frappe et une taille de mi-moyen", résume Masvidal, non sans une pointe d’enthousiasme.
Reste une question : quand ce combat pourrait-il avoir lieu ? Rakhmonov, actuellement en réhabilitation après une blessure à l’épaule, vise un retour fin 2024. Makhachev, lui, pourrait affronter Dustin Poirier pour un titre ad interim (le champion étant en convalescence après une opération au genou). "Si Dana White est malin, il gardera Rakhmonov pour Makhachev. Ce serait le combat de l’année."
Derrière les projecteurs : l’ascension méconnue de "Nomad"
Shavkat Rakhmonov n’est pas un produit du marketing UFC. Avant de signer avec l’organisation en 2020, il a traîné ses gants dans des galères que peu de fans connaissent. Né dans un village reculé du Kazakhstan, il a commencé le combat par nécessité : "Chez nous, si tu ne sais pas te battre, tu es une cible", confiait-il dans une rare interview. À 16 ans, il part à Almaty pour s’entraîner, dormant sur des tapis de gym pendant des mois.
Son surnom, "Nomad", n’est pas un hasard. Il vient de son style de vie itinérant : avant l’UFC, il a combattu dans 12 pays différents, souvent pour des bourses dérisoires. "J’ai déjà gagné 200 dollars pour un combat. Et le lendemain, je reprenais l’avion pour un autre pays", racontait-il. Une résilience qui explique peut-être sa capacité à absorber la pression.
Son arrivée à l’UFC Performance Institute en 2020 a marqué un tournant. Sous la houlette de coaches comme Trevor Wittman (qui a aussi travaillé avec Rose Namajunas et Kamaru Usman), il a peaufiné sa frappe et sa défense. Résultat : en 4 ans, il est passé de outsider à prétendant n°1.
Masvidal, qui a croisé sa route à Las Vegas, en garde un souvenir précis : "Ce mec, il a une aura. Quand il entre dans une pièce, tu sens qu’il est différent. Pas arrogant, juste… sûr de lui. Comme s’il savait déjà qu’il serait champion."
Son profil hybride (puissance + technique + endurance), son palmarès immaculé, et cette résilience qui rappelle les plus grands champions font de lui un adversaire unique. Comme le souligne Masvidal, "les autres prétendants ont des trous dans leur jeu. Lui, il a tout. Et ça, même Makhachev ne peut pas l’ignorer".
La balle est désormais dans le camp de l’UFC. Si Dana White veut un choc de titans, le chemin semble tracé : Makhachev vs Rakhmonov, un duel où la domination technique du champion rencontrera la force brute du Kazakh. Affaire à suivre en 2025.

