Noche UFC : Un nouveau raté qui fait tache
Le 17 août 2024, lors de l’événement Noche UFC, Kelvin Gastelum a une fois de plus franchi la ligne rouge. Le combattant, pourtant vétéran des poids moyens (middleweight), est monté sur la balance à 191 livres (86,6 kg), soit 5 livres de plus que la limite autorisée de 186 lbs (84,4 kg) pour son combat non-titré face à Dustin Stoltzfus. Malgré une victoire par décision unanime, ce nouvel échec a relancé les débats sur sa gestion catastrophique des coupes de poids – un problème récurrent qui le suit depuis 2014.
Ce qui frappe, c’est que Gastelum avait pourtant changé de catégorie en 2017, passant des welterweights (77 kg) aux middleweights (84 kg), dans l’espoir de mettre fin à ses déboires. Une solution qui semblait fonctionner… jusqu’à ce combat. Pourquoi un athlète de 32 ans, avec une carrière aussi longue, échoue-t-il encore à respecter les règles les plus basiques du sport ? La question hante désormais les observateurs, d’autant que l’UFC a cette fois-ci infligé une amende record de 35 % de sa bourse – une sanction qui, malgré sa sévérité, n’a visiblement pas eu l’effet escompté.
"Il lutte contre quelque chose" : L'hypothèse choc de Ray Longo
Ray Longo, entraîneur respecté ayant coaché des champions comme Chris Weidman, a lancé une bombe lors du podcast Anik & Florian : et si les difficultés de Gastelum étaient liées à un trouble du comportement alimentaire ? *"Je pense qu’il lutte contre quelque chose, ou que son corps ne réagit pas normalement"*, a-t-il déclaré, tout en soulignant l’absence totale de communication de la part de Gastelum sur d’éventuels problèmes médicaux.
Longo, connu pour sa rigueur extrême (il refuse catégoriquement que ses athlètes dépassent ne serait-ce que 3 livres), compare la situation à un *"singe avec une arme"* – une métaphore cinglante pour dénoncer ce qu’il considère comme une irresponsabilité collective. *"Signer un contrat, c’est accepter les règles"*, rappelle-t-il, avant d’ajouter : *"Mais quand un organisateur comme l’UFC continue de programmer un combattant qui échoue systématiquement, on se demande où est la logique."*
Un cas isolé ? Pas vraiment. Depuis son premier raté en 2014 contre Nico Musoke, Gastelum a cumulé quatre dépassements en welterweight, dont un particulièrement retentissant : son combat contre Donald Cerrone à l’UFC 205 avait été annulé en raison de son incapacité à faire le poids. Pourtant, contrairement à d’autres athlètes qui ont ouvertement parlé de leurs difficultés (comme Tyron Woodley évoquant des problèmes de thyroïde), Gastelum est resté muet sur les raisons de ses échecs.
Derrière les chiffres : Une carrière minée par les excès
191 lbs à Noche UFC. 172 lbs en 2014. 173 lbs en 2015. 172,5 lbs en 2016. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Gastelum a récidivé à cinq reprises en dix ans, avec des écarts parfois minimes, parfois flagrants. Pourtant, son palmarès reste impressionnant : 18 victoires, dont des succès contre des légendes comme Michael Bisping ou Jacaré Souza. Alors, génie indiscipliné ou victime d’un métabolisme défaillant ?
Ce qui intrigue, c’est que Gastelum n’a jamais évoqué de contraintes physiologiques particulières. Aucun diagnostic public, aucune explication médicale. À l’inverse, des combattants comme Freddy Vidal, qui a réussi à perdre 30 livres en six jours pour un combat récent, prouvent que la discipline reste possible. *"Si c’était juste une question d’argent, il aurait changé depuis longtemps"*, souligne Longo, pointant du doigt une motivation ambiguë : *"Avec les amendes qu’il a payées, il aurait pu s’offrir une équipe médicale complète."*
Un détail troublant : Gastelum a souvent réussi ses coupes de poids lors de combats majeurs (comme contre Israel Adesanya pour le titre en 2019), mais échoue lors d’affrontements moins médiatisés. Une incohérence qui alimente les théories sur un manque de préparation… ou pire, un problème de santé non traité.
L’UFC dans le collimateur : Pourquoi continuer à le programmer ?
La question qui fâche : pourquoi l’UFC prend-elle le risque de programmer un combattant aussi imprévisible ? Les critiques fusent, notamment de la part des puristes, pour qui ces ratés dénaturent l’équité sportive. *"Un combat, c’est comme une partie d’échecs : si un joueur a un pion en plus, ce n’est plus juste"*, résume un analyste.
Pourtant, les exemples ne manquent pas pour montrer que la rigueur paie :
- Ilia Topuria, champion des poids plumes, connu pour ses coupes de poids millimétrées.
- Canelo Álvarez, dont le combat contre Terence Crawford a généré 41 millions de vues sur Netflix, grâce à une préparation irréprochable.
- Khamzat Chimaev, qui, malgré des coupes extrêmes, n’a jamais raté le poids.
Le paradoxe ? Gastelum reste un combattant populaire, capable de livrer des performances spectaculaires (sa victoire contre Ian Heinisch en 2020 en témoigne). Mais à quel prix ? *"Un jour, ça va mal finir"*, prédit Longo, évoquant les risques de déshydratation extrême ou de problèmes cardiaques – des dangers bien réels dans un sport aussi exigeant.
"Le corps dit non" : Quand la science explique l’inexplicable
Et si la réponse était biologique ? Certains experts évoquent la possibilité d’un syndrome métabolique ou d’une résistance à l’insuline, qui rendraient les coupes de poids extrêmement difficiles. *"Certains athlètes ont un corps qui stocke les graisses de manière anormale, surtout après des années de régimes yo-yo"*, explique un nutritionniste spécialisé dans les sports de combat.
Gastelum, qui a débuté sa carrière en 2010, a subi des décennies de restrictions alimentaires et de déshydratations répétées. *"À force de maltraiter son métabolisme, le corps finit par se rebeller"*, ajoute le spécialiste. Une hypothèse qui, si elle était confirmée, jetterait un éclairage nouveau sur ses échecs – et poserait la question de la responsabilité médicale des organisations comme l’UFC.
Mais alors, pourquoi ne pas passer en light heavyweight (93 kg) ? *"Parce que ce serait admettre une défaite"*, répond un proche de Gastelum. Une question d’ego, mais aussi de stratégie : les middleweights offrent des combats plus fréquents et des adversaires parfois moins redoutables que dans les catégories supérieures.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Gastelum
Plusieurs options s’offrent à lui :
- Changer de catégorie : Passer en light heavyweight (93 kg) éliminerait définitivement le problème, mais le confronterait à des adversaires plus lourds et plus puissants.
- Une équipe médicale dédiée : Engager des nutritionnistes et endocrinologues pour identifier d’éventuels troubles métaboliques.
- Prendre sa retraite : À 32 ans, après une carrière bien remplie, certains estiment qu’il a déjà tout donné.
- Continuer comme avant : Avec le risque de voir l’UFC durcir ses sanctions (jusqu’à une possible suspension).
Le plus probable ? Gastelum continuera à combattre en middleweight, avec des ratés occasionnels et des amendes à la clé. *"Tant qu’il gagne, l’UFC le gardera"*, résume un promoteur. Mais jusqu’à quand ? *"Un jour, un adversaire ou un médecin dira stop. Et ce jour-là, ce sera la fin"*, conclut Longo, pessimiste.
Kelvin Gastelum reste un énigme du MMA moderne : un combattant au talent indéniable, mais miné par des ratés de poids à répétition qui défient la logique. Entre troubles alimentaires supposés, manque de discipline et laxisme de l’UFC, son cas soulève des questions bien plus larges sur l’équité sportive et la santé des athlètes. Une chose est sûre : s’il ne trouve pas de solution, sa carrière pourrait bien s’achever non pas dans la cage, mais sur une balance.
Prochain combat ? Aucune date n’est encore annoncée. Mais une chose est certaine : tous les yeux seront rivés sur la balance, bien avant le premier coup de poing.

