Une Victoire Qui Goûte l’Amertume
Le samedi 14 septembre 2024, sous les projecteurs de *Noche UFC*, Kelvin Gastelum a enfin stoppé l’hémorragie. Après plus de 14 mois sans victoire – une éternité pour un combattant de son calibre –, l’Américain a dominé Dustin Stoltzfus sur trois rounds, s’imposant par décision unanime (30-27, 30-27, 29-28). Un soulagement ? Oui. Une performance convaincante ? Sans conteste. Mais une fois de plus, la soirée de Gastelum a été gâchée par un problème récurrent : son incapacité à respecter la limite de poids.
Avec 189,5 livres (soit 5 livres de trop) sur la balance la veille du combat, Gastelum a dû céder 30% de sa bourse à son adversaire et a vu sa victoire entachée d’un astérisque. *"C’est frustrant, parce que je sais que je peux faire mieux"*, a-t-il confié en conférence de presse, le visage encore marqué par les échanges. Pourtant, ce n’est pas la première fois : en 2019, il avait déjà manqué le poids avant son combat contre Darren Till, puis en 2021 face à Jared Cannonier. Une tendance inquiétante pour un vétéran qui, malgré son talent, peine à se discipliner hors de l’Octogone.
"Quatre Semaines, C’est Trop Court" : L’Excuse Qui Revient
Comment un combattant aussi expérimenté peut-il répéter les mêmes erreurs ? Gastelum a une explication : le manque de temps. *"J’ai accepté ce combat avec seulement quatre semaines de préavis. Normalement, j’ai besoin de huit à dix semaines pour descendre proprement"*, a-t-il justifié, visiblement agacé par les critiques. Pourtant, cette raison sonne comme une ritournelle pour les observateurs.
En 2019, avant son duel contre Israel Adesanya pour le titre intérimaire des poids moyens, il avait déjà évoqué des "problèmes personnels" pour expliquer son dépassement. Cette fois, c’est la précipitation qui est en cause. *"Je ne veux pas me chercher d’excuses, mais c’est la réalité. Quand on te propose un combat et que tu as besoin de gagner, tu dis oui"*, a-t-il ajouté. Un aveu qui révèle aussi une stratégie risquée : accepter des combats en urgence pour rester actif, au détriment de la préparation.
Dana White, le président de l’UFC, n’a pas manqué de réagir : *"Kelvin est un incroyable combattant, mais à un moment, il faut assumer ses responsabilités. On ne peut pas continuer comme ça."* Une déclaration qui résume bien le paradoxe Gastelum : un athlète capable de performances héroïques (comme son combat contre Adesanya, élu *Combat de l’Année 2019*), mais handicapé par un manque de professionnalisme en dehors des cages.
Le Fantôme d’Adesanya et l’Urgence de Rebondir
Malgré ces écueils, Gastelum garde les yeux rivés sur l’objectif ultime : un retour dans le top 5 des poids moyens. *"Je dois enchaîner les victoires, point final. Je sais ce que je vaux, et je veux le prouver encore"*, a-t-il martelé. Son dernier assaut pour la ceinture, perdu face à Israel Adesanya en avril 2019, reste gravé dans les mémoires. Un combat légendaire, où les deux hommes s’étaient échangés des coups pendant 25 minutes sans jamais reculer. Un duel si intense qu’il a été intronisé au UFC Hall of Fame en 2023.
Pourtant, depuis cette nuit glorieuse, Gastelum a enchaîné les déceptions : trois défaites en cinq combats, et maintenant, cette victoire entachée. À 33 ans, l’urgence est réelle. *"Je ne suis pas près de raccrocher les gants. J’ai encore des choses à accomplir"*, assure-t-il. Mais dans une division aussi compétitive que les poids moyens, où des jeunes loups comme Khamzat Chimaev ou Sean Strickland montent en puissance, chaque erreur se paie cash.
Michael Bisping, ancien champion et désormais commentateur, a donné son avis sans filtre : *"Kelvin a le niveau pour battre n’importe qui dans le top 10, mais s’il ne règle pas ses problèmes de poids, l’UFC va finir par le lâcher. C’est aussi simple que ça."* Un avertissement qui devrait faire réfléchir.
Derrière les Coulisses : Le Calvaire de la Coupe de Poids
Ce que peu de gens savent, c’est que Kelvin Gastelum a toujours eu une relation compliquée avec la balance. Dès ses débuts à *The Ultimate Fighter* en 2013, où il avait remporté la saison en poids mi-moyens, les observateurs notaient déjà sa difficulté à descendre sous les 170 livres. Pourtant, c’est en montant en poids moyens (185 lbs) que sa carrière a décollé – avant que les problèmes ne réapparaissent.
Selon des sources proches de son équipe, Gastelum aurait changé de nutritionniste à trois reprises depuis 2020, sans trouver la bonne formule. *"Certains combattants ont un métabolisme qui rend la coupe de poids extrêmement difficile. Pour Kelvin, c’est un vrai combat avant le combat"*, confie un entraîneur sous couvert d’anonymat. Une lutte invisible, mais qui a des conséquences bien visibles : fatigue accrue, risques de blessures, et surtout, une réputation de non-fiabilité qui peut dissuader l’UFC de lui offrir des combats majeurs.
Lors de *Noche UFC*, les caméras ont capté un détail révélateur : Gastelum, visiblement épuisé, s’est effondré sur une chaise après la pesée, avant même le combat. *"Ça montre à quel point il se tue pour y arriver… et à quel point c’est insoutenable sur le long terme"*, analyse un journaliste spécialisé.
Et Maintenant ? Les Scénarios pour l’Avenir
Alors, que réserve l’avenir à Kelvin Gastelum ? Plusieurs options se dessinent :
1. Un dernier assaut en poids moyens : Si Gastelum parvient à enchaîner deux ou trois victoires (en faisant le poids !), l’UFC pourrait lui offrir un combat contre un top 10. Un scénario idéal, mais qui demande une discipline sans faille.
2. Une montée en poids mi-lourds (205 lbs) : Certains analystes, comme Daniel Cormier, suggèrent cette solution. *"Kelvin est naturellement plus costaud que la plupart des poids moyens. Pourquoi ne pas essayer chez les 205 ?"*, a-t-il proposé. Une idée séduisante, mais risquée : la division est dominée par des monstres comme Alex Pereira ou Jamahal Hill.
3. La retraite progressive : À 33 ans, Gastelum a déjà une carrière bien remplie. S’il ne parvient pas à se relancer, une transition vers le coaching ou les commentaires (il a déjà fait des apparitions sur ESPN) pourrait être envisagée.
Interrogé sur ces possibilités, Gastelum reste évasif : *"Je prends les choses un combat à la fois. Pour l’instant, je veux juste savourer cette victoire… même si je sais que je dois faire mieux la prochaine fois."* Une réponse qui résume bien son ambivalence : entre la fierté du guerrier et la lucidité de l’athlète vieillissant.
La victoire de Kelvin Gastelum à *Noche UFC* est un pas dans la bonne direction, mais elle souligne aussi un problème structurel : celui d’un combattant dont le corps et la carrière sont mis à rude épreuve par des années de mauvaise gestion. Entre le souvenir glorieux de son combat contre Adesanya et la réalité crue de ses dépassements de poids à répétition, Gastelum incarne un MMA à deux vitesses – celui des exploits dans la cage, et celui des erreurs en coulisses.
Son prochain combat sera décisif. S’il parvient à enfin respecter la limite de poids et à enchaîner, l’UFC lui donnera peut-être une dernière chance de briller. Sinon, l’histoire retiendra de lui un talent gâché, trop souvent trahi par un manque de rigueur. Une chose est sûre : à chaque pesée, ce n’est pas seulement son poids qui est jugé, mais aussi son héritage.

