Un retour chargé d'enjeux : Gastelum face à l'urgence
Ce samedi, sous les projecteurs de *Noche UFC* à San Antonio, Kelvin Gastelum foulera à nouveau le tapis de l'Octogone avec un poids supplémentaire sur les épaules. Opposé à Dustin Stoltzfus, le combattant de 32 ans n'a plus le droit à l'erreur après sa défaite face à Joe Pyfer lors de l'*UFC 316* – un revers qui a prolongé une série de résultats en dents de scie depuis 2019. Pourtant, ce combat était initialement prévu... six mois plus tôt, lors de l'*UFC Mexico*. Un forfait de dernière minute de Pyfer avait alors contraint Gastelum à patienter, transformant une préparation déjà intense en une épreuve d'endurance mentale. *"Sept mois à rester focalisé, sans certitude de date... Ça use"*, confiait-il récemment en conférence de presse, les traits tirés mais le regard déterminé.
Pour l'ancien prétendant au titre des poids moyens, ce match contre Stoltzfus (15-5 en MMA) n'est pas qu'une simple étape : c'est un test de résilience. *"Dustin est un adversaire solide, avec un bon *jits* et une garde agressive. Exactement le genre de combat qui peut me remettre sur les rails"*, analyse-t-il. Une victoire lui permettrait de se repositionner dans une division en ébullition, où des noms comme Sean Strickland, Paulo Costa, ou encore Reinier de Ridder bousculent les hiérarchies. Mais au-delà de sa propre carrière, Gastelum a les yeux rivés sur un autre enjeu : démystifier l'invincibilité apparente de Khamzat Chimaev.
Reinier de Ridder : l'équation impossible pour Chimaev ?
Quand on lui demande qui pourrait stopper la machine de guerre tchétchène, Gastelum n'hésite pas une seconde : *"Reinier de Ridder. Point final."* L'ancien double champion du Bellator (poids moyens et mi-lourds), qui affrontera Anthony Hernandez en tête d'affiche de l'*UFC Vancouver* le 14 septembre, incarne selon lui la combinaison parfaite pour déstabiliser Chimaev. *"Regardez son physique : 1m93, une envergure monstrueuse, et une technique de *submission* qui rappelle Jacaré Souza à son apogée"*, détaille-t-il, les yeux brillants.
Mais ce qui impressionne surtout Gastelum, c'est la manière dont de Ridder a dominé Robert Whittaker en 2022 – un Whittaker que lui-même a affronté à deux reprises. *"Bobby est un des meilleurs *strikers* des poids moyens, et Reinier l'a fait paraître léger. Comme un poids plume !"*, s'exclame-t-il. Une performance qui, selon lui, révèle une faille potentielle dans le jeu de Chimaev : *"Khamzat écrase ses adversaires avec son *wrestling* et sa pression, mais face à un gars qui pèse 15 kg de plus au *walking weight* et qui a une expérience en *submission* comme de Ridder... Les maths ne sont plus les mêmes."*
L'analyse de Gastelum va plus loin : il pointe du doigt le style "hybride" de de Ridder, capable de passer du *striking* au *grappling* sans temps mort. *"Chimaev adore coller ses adversaires contre la cage et les user. Mais Reinier ? Il peut te soumettre depuis n'importe quelle position. C'est ça, la différence."* Un avis partagé par des observateurs comme Daniel Cormier, qui a récemment qualifié de Ridder de *"problème stylistique"* pour le champion.
Dans l'antre du *grappling* : les secrets de Chimaev révélés
Pour préparer son retour, Gastelum a fait un choix stratégique : s'entourer de Pat Downey, l'un des entraîneurs *grappling* les plus respectés du circuit – et surtout, l'homme qui a coché Khamzat Chimaev avant son titre. *"Travailler avec Pat, c'était comme avoir un manuel de triche pour comprendre comment Khamzat pense"*, avoue-t-il, un sourire en coin. Downey, ancien lutteur de la *Iowa State University*, est connu pour sa capacité à décomposer les transitions au sol avec une précision chirurgicale.
*"Le *wrestling* de Chimaev ? C'est une combinaison de trois choses : sa vitesse d'entrée en *single-leg*, sa capacité à enchaîner directement en *ground-and-pound*, et son sens du timing pour les *sweeps*, explique Gastelum. Personne ne fait ça aussi bien que lui. Mais quand tu passes des heures à étudier ses combats avec Pat, tu vois les petits détails : il a tendance à baisser sa garde gauche quand il avance, et son *base* n'est pas toujours parfaite en *half-guard*."* Des failles minuscules, mais que des spécialistes comme de Ridder pourraient exploiter.
L'impact de Downey sur la division est indéniable. *"Il a révolutionné la façon dont on aborde le *grappling* en MMA, affirme Gastelum. Avant, les fighters se contentaient de "survivre" au sol. Maintenant, avec ses méthodes, on apprend à contrôler l'adversaire, pas juste à résister."* Une philosophie qui a clairement influencé Chimaev – et que Gastelum tente désormais d'intégrer à son propre jeu.
Chimaev vs. Du Plessis : la leçon à retenir
Quand on aborde la récente victoire de Chimaev contre Dricus du Plessis à l'*UFC 305*, Gastelum hoche la tête, à la fois admiratif et analytique. *"Techniquement, c'était un chef-d'œuvre. Personne – je dis bien personne – n'avait neutralisé DDP comme ça. Ni Adesanya, ni Whittaker, ni Pereira"*, insiste-t-il. La clé ? Une pression constante couplée à un *wrestling* d'une efficacité redoutable. *"Khamzat a compris quelque chose que peu de fighters maîtrisent : dans les poids moyens, ce n'est pas celui qui frappe le plus fort qui gagne, mais celui qui contrôle le rythme."*
Pourtant, Gastelum voit dans ce combat des signes encourageants pour les futurs prétendants. *"Dricus a réussi à le toucher proprement au 2e round. Et au 3e, Chimaev a ralenti. Preuve qu'il n'est pas une machine infatigable."* Un détail qui, selon lui, pourrait être exploité par un adversaire comme de Ridder : *"Si tu combines la puissance de Reinier avec la capacité de DDP à frapper en reculant, tu obtiens un cocktail explosif."*
L'ère des "athlètes complets" : pourquoi la division a changé
Pour Gastelum, le règne de Chimaev marque un tournant dans l'histoire des poids moyens. *"Avant, tu pouvais gagner avec un seul skill dominant – le *striking* pour Adesanya, le *jits* pour Jacaré. Aujourd'hui ? Il faut tout maîtriser."* Une évolution qu'il attribue à deux facteurs : l'arrivée des lutteurs de haut niveau (comme Chimaev ou Bo Nickal) et la démocratisation des entraînements "hybrides", où les fighters travaillent désormais avec des spécialistes de chaque discipline.
*"Prenez mon cas : j'ai toujours été un *striker*, mais après mes défaites contre Whittaker et Adesanya, j'ai dû me réinventer, raconte-t-il. Aujourd'hui, je passe 40% de mon temps à travailler le *wrestling* et les soumissions. C'est ça ou disparaître."* Une philosophie qui rappelle étrangement le parcours de... Khamzat Chimaev, lui-même passé du *freestyle wrestling* à un MMA ultra-complet en quelques années.
Mais cette course à la polyvalence a un prix. *"Les fighters sont plus complets, mais aussi plus fragiles mentalement, observe Gastelum. Quand tu dois excellere dans cinq disciplines différentes, la pression est énorme."* Un constat qui pourrait expliquer les performances en dents de scie de certains prétendants – et peut-être, un jour, celles de Chimaev lui-même.
"Le piège de l'invincibilité" : quand l'aura devient un fardeau
Si Gastelum admire le parcours de Chimaev, il met aussi en garde contre les dangers de son aura grandissante. *"Quand tout le monde te présente comme invincible, tu finis par le croire toi-même. Et c'est là que les problèmes commencent"*, prévient-il, évoquant le cas de Jon Jones en 2015, avant sa première défaite contre Daniel Cormier. *"Khamzat a un mental d'acier, mais personne n'est à l'abri d'un mauvais jour."*
Pour l'ancien prétendant, la clé réside dans l'humilité tactique : *"Regardez Israel Adesanya. Après sa défaite contre Pereira, il a tout remanié : son équipe, sa préparation, sa stratégie. C'est ça, un vrai champion."* Un message subtil à l'intention de Chimaev, dont l'équipe semble parfois trop confiante. *"Quand tu entends son coach dire 'personne ne peut le battre', ça me fait sourire. Dans ce sport, les miracles n'existent pas. Juste des préparations meilleures que d'autres."*
Et si Reinier de Ridder incarne aujourd'hui la menace la plus crédible, Gastelum n'exclut pas d'autres surprises. *"Bo Nickal, Nassourdine Imavov... La division est remplie de talents. Le jour où Khamzat sous-estimera un adversaire, ce sera sa fin."* Une prédiction qui sonne comme un avertissement – et peut-être, comme une prophétie auto-réalisatrice.
Reste une question : et si Gastelum lui-même devenait, contre toute attente, celui qui bousculera les plans du champion ? *"Je me concentre sur Stoltzfus, mais..."* (un sourire en coin) *"...dans ce sport, il faut toujours avoir un plan B. Et le mien s'appelle 'surprise'."*

