Abou Dhabi, veille de l’UFC 321 – Dans un sport où les rivalités se règlent généralement dans la cage, celle entre Kamaru Usman et Belal Muhammad fait figure d’exception. Depuis des années, les deux hommes s’échangent piques et provocations, alimentant l’un des feuds les plus intrigants – et frustrants – du MMA moderne. Pourtant, malgré les demandes des fans et la logique sportive, un affrontement entre les deux semble de plus en plus improbable. Lors d’une séance de questions-réponses à Abou Dhabi, l’ancien champion a enfin levé le voile sur cette étrange équation : "Pourquoi risquerais-je tout contre un gars qui n’a rien à perdre ?"
"Je lui botterai la tête s’il se présente… mais pas dans l’Octogone"
La déclaration de Kamaru Usman, aussi brutale que calculée, résume parfaitement la dynamique de cette rivalité. "Belal a tout à gagner, moi rien", a-t-il martelé, rappelant que Muhammad, actuellement n°1 du classement des poids mi-moyens, pourrait propulser sa carrière avec une victoire contre un ancien champion, tandis qu’Usman, lui, n’a qu’un seul objectif en tête : reconquérir la ceinture. Une logique froide, mais implacable dans le monde impitoyable du MMA.
Pourtant, les tensions entre les deux hommes ont failli dégénérer hors de la cage. Lors d’un épisode désormais légendaire du podcast Pound 4 Pound, une altercation physique aurait éclaté, selon les témoignages. Henry Cejudo, présent ce jour-là, a décrit une scène chaotique où les deux combattants en seraient "venus aux mains". Muhammad, lui, a affirmé avoir vu Usman "les larmes aux yeux" – une version que ce dernier n’a jamais confirmée, préférant ironiser : "S’il veut vraiment me voir pleurer, qu’il monte dans la cage. Mais attention à sa tête."
Deux trajectoires opposées : Muhammad vers l’UFC Qatar, Usman vers le titre
Alors que les fans rêvent d’un "clash of titans", la réalité est bien différente. Belal Muhammad, invaincu depuis 2019 (9 victoires d’affilée), se concentre sur son prochain combat contre Ian Machado Garry à l’UFC Qatar, en novembre. Un match qui, s’il est victorieux, pourrait le propulser vers une première chance de titre. De son côté, Usman, après sa victoire dominante contre Joaquin Buckley à l’UFC Atlanta (décision unanime), a envoyé un message clair à la division : "Je ne suis pas là pour faire des combats de légendes. Je suis là pour reprendre MA ceinture."
Cette divergence d’objectifs explique pourquoi, malgré les provocations et les #BookItDana des fans, ce combat reste dans les limbes. Usman, jamais avare de phrases chocs, a même lancé : "Si Dana [White] me propose ce combat demain, je lui dirai : ‘Trouve-moi un vrai défi, pas un gars qui a peur de perdre sa place.’" Une pique à peine voilée envers Muhammad, souvent critiqué pour son style "sécuritaire" malgré son impressionnante série de victoires.
L’ombre de l’altercation : quand le podcast devient un ring
L’épisode du podcast Pound 4 Pound reste un tournant dans cette rivalité. Selon les rumeurs, l’altercation aurait été si violente que l’équipe de sécurité aurait dû intervenir. Cejudo, jamais en reste, a décrit la scène : "Belal a poussé Kamaru, Kamaru a réagi… et puis ça a dégénéré. J’ai cru qu’on allait avoir un combat gratuit !" Muhammad, lui, a toujours maintenu qu’Usman avait "perdu son sang-froid", une accusation que l’intéressé balaye d’un revers : "Un vrai combatteur ne pleure pas, il frappe. Demande-lui pourquoi il a reculé ce jour-là."
Cet incident a non seulement envenimé leur relation, mais a aussi cristallisé les attentes des fans. Pour beaucoup, un combat entre les deux est devenu une question de règlement de comptes, bien au-delà du sport. Pourtant, comme le souligne l’analyste Chael Sonnen : "Dans le MMA, les rivalités ne font pas les combats. Les titres et l’argent, oui." Une réalité que Usman semble avoir parfaitement intégrée.
Le paradoxe Usman : entre orgueil et stratégie
Kamaru Usman est un cas d’étude fascinant. D’un côté, son ego de champion (19 victoires en UFC avant ses deux défaites contre Leon Edwards) le pousse à vouloir écraser quiconque doute de lui. De l’autre, son intelligence stratégique lui dicte d’éviter les combats sans enjeu concret. Résultat : une rivalité gelée, où chaque mot, chaque regard, devient une arme psychologique.
Son récente victoire contre Buckley, où il a dominé un adversaire pourtant redoutable, a prouvé qu’il était toujours "the Nigerian Nightmare" d’antan. Pourtant, quand on lui demande s’il accepterait enfin d’affronter Muhammad, sa réponse est sans appel : "Pourquoi gâcher mon énergie ? Quand j’aurai la ceinture, il sera trop tard pour lui." Une phrase qui résume toute l’ambiguïté de cette saga : entre désir de vengeance et calcul froid, Usman joue un jeu dangereux… mais maîtrisé.
Et si ce combat n’avait jamais lieu ?
À l’ère des "money fights" et des rivalités manufacturées, celle entre Usman et Muhammad a au moins le mérite d’être authentique. Pourtant, comme le note le journaliste Ariel Helwani : "Parfois, les meilleurs combats sont ceux qui ne se font pas. Parce que le mythe grandit, et les fans continuent d’en parler." Une théorie qui semble se vérifier ici.
Avec Muhammad qui se rapproche d’un titre et Usman déterminé à le reprendre, les probabilités d’un affrontement direct diminuent. À moins que… Dana White ne décide de forcer la main, ou qu’une nouvelle provocation ne fasse basculer les lignes. En attendant, les deux hommes continuent de danser autour du sujet, comme deux boxeurs qui se jaugent, sans jamais frapper. Et c’est peut-être ça, le vrai génie de cette rivalité : elle nous fait encore rêver, precisely parce qu’elle reste inassouvie.

