« Un-truc » : quand Jon Jones enterre le style d’Aspinall
La phrase est tombée comme un couperet. Invité sur le podcast No Scripts, Jon Jones n’a pas mâché ses mots pour décrire la performance de Tom Aspinall à l’UFC 321 : « C’est un un-truc » – une expression argotique qu’on pourrait traduire par « un combattant à une seule corde à son arc ». Pour l’un des plus grands champions de l’histoire de l’UFC, le Britannique, malgré son physique impressionnant et son palmarès récent, souffre d’un défaut majeur : l’absence de polyvalence technique.
Jones a détaillé son analyse sans concession : « Il a une bonne droite, une bonne gauche, et c’est à peu près tout. Dès qu’il est dos au mur, il panique et revient à ses bases. Contre Gane, il n’a même pas essayé de varier son jeu. » Une critique d’autant plus cinglante qu’elle vient d’un combattant réputé pour son adaptabilité et sa capacité à dominer ses adversaires sur tous les plans – debout, au sol, en clinch.
Le pire ? Pour Jones, Aspinall surfe sur une réputation imméritée en lutte et en jiu-jitsu : « On dit qu’il est bon en grappling, mais contre qui ? Contre des gars qui ne savent même pas se défendre ! Gane, lui, a montré en deux minutes qu’il était bien plus complet. » Une déclaration qui risque de faire grincer des dents dans le camp d’Aspinall, habitué aux éloges depuis son arrivée dans la catégorie reine.
Gane vs. Aspinall : le duel qui n’a (presque) pas eu lieu
Ironie du sort : le combat entre Ciryl Gane et Tom Aspinall aura finalement été plus marqué par son arrêt prématuré que par les échanges proprement dits. Un coup de doigt involontaire dans l’œil du Français à seulement 1 minute et 11 secondes du premier round a mis fin à la confrontation, laissant les fans sur leur faim. Mais pour Jon Jones, ce court épisode a suffi à révéler une vérité crue : Gane était en train de prendre le dessus.
« Regardez bien les images, a insisté Jones. Gane bougeait comme un danseur, il esquivait les coups d’Aspinall comme si c’était des balles en mousse. Et ses contre-attaques ? Précises, rapides, mortelles. Franchement, si le combat avait continué, je donne Gane gagnant dans les trois rounds. » Une analyse qui contraste avec les réactions initiales, nombreuses à pointer du doigt la malchance d’Aspinall.
Pour appuyer ses dires, Jones a comparé les deux hommes à un autre duel légendaire : Stipe Miocic vs. Daniel Cormier. « Miocic, c’était comme Gane : technique, mobile, capable de s’adapter. Cormier, lui, c’était la puissance brute – un peu comme Aspinall. Et on sait comment ça a fini pour DC… » Une référence qui en dit long sur les craintes de Jones pour l’avenir du Britannique.
Derrière les critiques : un avertissement pour les poids lourds
Au-delà de la polémiques, les propos de Jones soulèvent une question cruciale : le style d’Aspinall est-il viable face à l’élite des poids lourds ? Avec des adversaires comme Jon Jones lui-même (qui envisage un retour), Stipe Miocic, ou encore Sergei Pavlovich, la marge d’erreur est infime. Et pour l’ancien champion, Aspinall devra réinventer son jeu s’il veut prétendre au titre.
« Il a du potentiel, c’est sûr, a nuancé Jones. Mais à ce niveau, il faut plus qu’une bonne droite et un mental d’acier. Il lui manque des armes. Regardez Islam Makhachev : il domine parce qu’il a dix façons de te battre. Aspinall, lui, en a deux. » Un constat sévère, mais qui reflète les standards exorbitants de la division.
Certains observateurs, comme le coach Trevor Wittman, tempèrent cependant ces critiques : « Tom est encore jeune dans sa carrière chez les lourds. Il a le temps d’évoluer. Et n’oubliez pas : il a battu Alexander Volkov et Marc Godbeer avec brio. » Un argument que Jones balaye d’un revers de main : « Volkov en 2024, c’est plus le même combattant. Et Godbeer ? Sérieusement ? »
Et si Jones avait (un peu) raison ? Les chiffres ne mentent pas
Pour étayer son point de vue, Jon Jones s’appuie sur les statistiques. Selon les données compilées par UFC Stats, Aspinall a une tendance marquée à privilégier les coups de poing en ligne droite (68% de ses frappes debout), avec une diversité limitée en kicks (seulement 12% de low kicks). À l’inverse, Gane affiche un jeu bien plus équilibré : 45% de coups de poing, 30% de kicks, et 25% de genoux/coups de coude.
Autre point faible souligné par Jones : le taux de réussite en takedowns. Aspinall, souvent présenté comme un lutteur redoutable, n’a réussi que 2 de ses 5 tentatives contre Gane – un pourcentage de 40%, bien en dessous de la moyenne des top 5 des poids lourds (55%). « Il a la réputation, mais pas les résultats, a résumé Jones. C’est ça, le problème. »
Face à ces chiffres, une question persiste : Aspinall peut-il corriger le tir ? Son entraîneur, Bradley Scott, reste optimiste : « Tom est un travailleur acharné. Il sait qu’il doit élargir son arsenal. Vous verrez une version améliorée très bientôt. » Réponse dans l’octogone.
Le mot de la fin : une rivalité qui ne fait que commencer
Si les critiques de Jones peuvent sembler dures, elles s’inscrivent dans une dynamique classique du MMA : les légendes testent les prétendants, et les prétendants doivent répondre sur le terrain. Aspinall, lui, a déjà réagi sur les réseaux sociaux avec humour : « Jon a raison sur un point : je dois travailler mes kicks. Mais je lui promets une surprise la prochaine fois. »
Une chose est sûre : cette passe d’armes médiatique a relancé l’intérêt pour un éventuel Aspinall vs. Jones. Un combat que le public réclame, mais que Jones, pour l’instant, semble considérer comme un « match facile ». « Si Tom veut prouver qu’il n’est pas un un-truc, qu’il vienne me voir, a-t-il lancé. Je lui montrerai ce que ça veut dire, un vrai combat complet. »
En attendant, une certitude : dans l’univers impitoyable des poids lourds, les mots ne suffisent pas. Seuls les KO, les soumissions et les victoires comptent. Et sur ce terrain-là, Aspinall aura l’occasion de faire taire ses détracteurs – à commencer par le plus redoutable d’entre eux.

