"Je ne suis pas Khabib" : Makhachev brise le mythe de la retraite précoce
Islam Makhachev a beau partager le même sang daghestanais et le même mentor que Khabib Nurmagomedov, il refuse catégoriquement de suivre ses pas vers une retraite anticipée. À 34 ans – soit deux ans de plus que l’âge auquel "The Eagle" avait raccroché les gants en 2020 –, le champion des poids légers du UFC envoie un message clair : "Je peux encore lutter pendant plusieurs années, et je compte bien le faire." Une déclaration qui sonne comme un défi lancé à la fois à ses détracteurs et à l’histoire du sport.
Contrairement à Khabib, dont la décision de quitter le MMA avait été largement influencée par une promesse faite à sa mère, Makhachev assume un rapport bien différent avec sa famille. "Les négociations avec ma mère ? Elles sont toujours en cours, mais je lui ai expliqué que ce n’est pas encore l’heure," confie-t-il avec un sourire en coin, lors d’une interview accordée à RT Sport. Le contraste est frappant : là où Khabib avait cédé à l’émotion et aux traditions, Makhachev mise sur la rationalité et une soif de victoire intacte. "Khabib a accompli tout ce qu’il voulait. Moi, j’ai encore des montagnes à gravir."
Pourtant, les comparaisons sont inévitables. Comme son aîné, Makhachev incarne cette école daghestanaise du MMA, où la domination au sol et une pression psychologique implacable ont redéfini les standards des poids légers. Mais là où Khabib avait quitté le sport invaincu (29-0), avec un héritage déjà scellé, Makhachev semble déterminé à repousser les limites – y compris celles de l’âge. "Les gens disent que 34 ans, c’est vieux pour un combattant. Moi, je réponds : regardez Jon Jones ou Stipe Miocic. L’expérience compte plus que les années."
UFC 322 : Della Maddalena, premier obstacle vers un rêve plus grand
Ce samedi 15 juin 2024, à Riyad (Arabie Saoudite), Makhachev remontera dans la cage pour affronter Jack Della Maddalena, un Australien en pleine ascension (16-2, 5 victoires consécutives). Un combat qui, sur le papier, pourrait sembler déséquilibré – le Russe est donné large favori par les bookmakers (cote à -600 chez Bet365). Pourtant, Makhachev refuse de sous-estimer son adversaire : "Della Maddalena est dangereux, surtout debout. Mais je me prépare pour toutes les situations. Mon objectif ? Montrer que je suis toujours le meilleur, point final."
Ce duel au UFC 322 revient presque à un match d’échauffement pour le champion, tant ses ambitions dépassent le cadre d’une simple défense de titre. Makhachev a déjà les yeux rivés sur 2026, année où le UFC organise un événement historique… à la Maison Blanche. Un projet fou, jamais réalisé dans l’histoire du sport, qui verrait les meilleurs combattants du monde s’affronter dans le jardin de la résidence présidentielle américaine. "Quand j’ai entendu parler de ça, j’ai tout de suite dit à Dana White : ‘Je veux en être.’ C’est une chance unique de marquer l’histoire, et je ne la raterai pas."
Mais avant de rêver à Washington, Makhachev doit d’abord régler ses comptes avec Della Maddalena. Et si certains critiques estiment que le Russe prend un risque inutile en combattant un adversaire moins coté, lui y voit une opportunité : "Chaque combat est une chance de s’améliorer. Même contre un adversaire moins expérimenté, il faut rester concentré à 200%. C’est comme ça qu’on reste champion."
2026 : la Maison Blanche, un symbole plus grand que le sport
L’annonce d’un UFC à la Maison Blanche a fait l’effet d’une bombe dans le monde du MMA. Prévu pour juin 2026, cet événement, organisé en collaboration avec l’administration américaine, vise à célébrer les 30 ans de l’Ultimate Fighting Championship. Et Makhachev, lui, veut en être le visage.
"Imaginez : le drapeau du Daguestan flottant devant la Maison Blanche, avec des millions de personnes qui regardent. Ce n’est pas qu’un combat, c’est un message. Un message de paix, de détermination, de dépassement de soi." Pour le champion, cet événement représente bien plus qu’une simple ligne sur son palmarès. C’est une occasion de transcender le sport, à l’image de ce que Muhammad Ali avait fait en son temps avec ses combats politiques.
Pourtant, tous ne partagent pas son enthousiasme. Daniel Cormier, ancien double champion UFC et désormais commentateur, a exprimé ses réserves : "Islam a déjà tout accompli. Pourquoi prendre le risque de gâcher son héritage pour un événement médiatique ? Un mauvais combat à la Maison Blanche, et les gens n’en retiendront que ça." Une critique que Makhachev balaye d’un revers de main : "Les risques, je les prends depuis le début. C’est comme ça qu’on devient légendaire."
"Je ne combattras pas éternellement… mais pas encore aujourd’hui"
Malgré sa détermination sans faille, Makhachev reconnaît que la question de la retraite finira par se poser. "Bien sûr, un jour, il faudra arrêter. Mais aujourd’hui, mon corps répond présent, mon mental est plus fort que jamais, et j’ai encore des objectifs à atteindre." Contrairement à Khabib, qui avait quitté le sport au sommet, le Russe semble prêt à repousser ses limites, quitte à essuyer des défaites.
Son entourage, cependant, commence à s’inquiéter. Abdulmanap Nurmagomedov, son entraîneur et oncle (également mentor de Khabib), aurait selon des sources proches conseillé à Makhachev de "ne pas forcer le destin". Mais le champion reste sourd à ces avertissements : "Abdulmanap veut me protéger, je le comprends. Mais je sais ce que je fais. Je ne suis pas Khabib. Je ne suis même pas Islam d’il y a cinq ans. Je suis plus fort, plus intelligent, et je veux laisser une trace indélébile."
Alors, jusqu’où ira Makhachev ? Personne ne le sait. Une chose est sûre : entre un combat contre Della Maddalena ce week-end et un rêve de gloire à la Maison Blanche, le champion du Daguestan n’a pas fini de faire parler de lui. Et si certains voient dans sa détermination une forme d’entêtement, lui y voit simplement la marque d’un vrai guerrier.

