Un défi qui pourrait tout changer : Topuria vs Makhachev, le choc des titans
Ilia Topuria, le champion des poids légers de l’UFC, ne se contente pas de dominer sa catégorie. Le Géorgien, surnommé El Matador pour son style agressif et précis, vise désormais plus haut : un combat contre Islam Makhachev, l’actuel numéro un du classement livre pour livre et champion des poids légers (jusqu’à 70 kg). Une confrontation qui, si elle se réalise, pourrait bien bouleverser l’histoire du MMA. Mais comment en est-on arrivé là ?
Tout a commencé après la victoire écrasante de Topuria contre Alexander Volkanovski en février 2024 à UFC 298, où il a remporté le titre des poids plumes (66 kg) avant de le défendre avec brio. Depuis, le Géorgien, originaire de Halle (Allemagne) mais fier de ses racines géorgiennes, multiplie les déclarations ambitieuses. Lors d’une récente interview accordée à ESPN España, il a lancé : *« Je veux Makhachev. Pas pour son titre, mais pour prouver que je suis le meilleur, peu importe la catégorie. »* Une déclaration qui a enflammé les réseaux sociaux, où les fans réclament déjà ce duel à grand spectacle.
Un cinturón "poids pour poids" : une révolution dans l'UFC ?
Pour rendre ce combat possible, Topuria propose une idée audacieuse et inédite : la création d’un cinturón "poids pour poids", qui serait disputé dans une catégorie intermédiaire, probablement entre 70 kg et 77 kg. *« Pourquoi pas un combat à 73 ou 74 kg ? On pourrait tous les deux faire ce poids sans problème, et ce serait équitable »*, a-t-il expliqué lors d’un échange avec Ariel Helwani sur The MMA Hour.
Cette proposition n’est pas sans rappeler le super combat entre Conor McGregor et Floyd Mayweather en 2017, qui avait transcendé les frontières des sports de combat. Cependant, dans le MMA, un tel concept serait une première absolue. Les règles de l’UFC stipulent que les combats doivent se dérouler dans des catégories de poids fixes (66 kg, 70 kg, 77 kg, etc.), et une exception de cette ampleur nécessiterait l’aval de Dana White, le président de l’organisation. Pour l’instant, ce dernier n’a pas réagi publiquement, mais les rumeurs suggèrent que des discussions en coulisses auraient déjà commencé.
Du côté de Makhachev, les réactions sont mitigées. Le Russe, connu pour son calme olympien, a simplement déclaré : *« Topuria est un bon combattant, mais il doit d’abord défendre son titre. Après, on verra. »* Une réponse qui laisse planer le doute : s’agit-il d’une stratégie pour éviter le combat, ou d’une véritable ouverture ?
Paddy Pimblett en plan B : Topuria ne veut pas perdre de temps
Conscient des défis organisationnels que représente un tel combat, Topuria a déjà un plan B : une défense de son titre des poids plumes contre Paddy Pimblett, l’Anglais flamboyant qui monte en puissance. *« Pimblett est un adversaire dangereux, et je ne le sous-estime pas. Mais mon objectif reste Makhachev »*, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse à Las Vegas.
Ce scénario rappelle étrangement celui de Khabib Nurmagomedov, qui avait dominé les poids légers avant de prendre sa retraite invaincu. Makhachev, son protégé, semble suivre le même chemin, mais Topuria pourrait bien jouer les trouble-fêtes. *« Khabib a marqué l’histoire, mais moi, je veux la réécrire »*, a-t-il lancé, provocateur, lors d’un événement à Tbilissi, sa ville natale en Géorgie.
Du côté des bookmakers, les avis sont partagés. Bet365 et Winamax donnent Makhachev favori (cote à 1.65 contre 2.20 pour Topuria), mais les experts soulignent que le style explosif de El Matador pourrait poser problème au Dagestanais, plus habitué aux combats tactiques. *« Topuria a une garde haute et des contres dévastateurs. Si Makhachev sous-estime sa puissance, ça pourrait être une surprise »*, analyse Daniel Cormier, ancien double champion de l’UFC.
Derrière les gants : la rivalité Géorgie vs Dagestan, un contexte explosif
Ce combat ne serait pas qu’une affaire sportive. Il opposerait deux régions du Caucase aux traditions martiales profondes : la Géorgie, terre de lutteurs comme Giorgi Kvirikashvili (UFC), et le Dagestan, berceau de champions comme Khabib Nurmagomedov et Islam Makhachev. *« Ce serait bien plus qu’un combat. Ce serait un duel entre deux cultures, deux façons de voir le MMA »*, explique Lasha Shavdatuashvili, judoka géorgien médaillé d’or aux JO.
Topuria, qui s’entraîne au Climent Club à Barcelone sous la houlette de Fernando Lopez, a d’ailleurs intégré des éléments de lutte géorgienne (Chidaoba) à son jeu, une discipline où les projections et les contrôles au sol sont rois. *« Je respecte le sambo de Makhachev, mais la Chidaoba, c’est dans mon ADN »*, a-t-il confié à MMA Junkie.
Côté Dagestan, la réponse ne s’est pas fait attendre. Abdulmanap Nurmagomedov, père et entraîneur de Khabib (décédé en 2020), avait coutume de dire : *« Un vrai champion ne choisit pas ses adversaires, il les domine tous. »* Une philosophie que Makhachev semble appliquer à la lettre. Reste à savoir s’il acceptera de sortir de sa zone de confort pour affronter Topuria dans une catégorie hybride.
Les obstacles : règles, santé et enjeux financiers
Malgré l’enthousiasme des fans, plusieurs obstacles majeurs se dressent sur la route de ce combat :
1. Les règles de l’UFC : Comme mentionné, l’organisation n’a jamais autorisé de combat hors catégories officielles. *« Cela créerait un précédent dangereux »*, estime Marc Raimondi, journaliste pour MMA Fighting. Cependant, avec l’essor des super combats en boxe (comme Canelo vs. GGG), l’UFC pourrait être tenté de suivre le mouvement.
2. La santé des athlètes : Un combat à 73 ou 74 kg demanderait à Makhachev (habitué à 70 kg) de prendre du muscle, tandis que Topuria (66 kg) devrait se renforcer sans perdre en explosivité. *« C’est jouable, mais risqué »*, prévient Dr. Duncan French, spécialiste de la préparation physique en MMA.
3. Les enjeux financiers : Un tel combat générerait des millions de dollars en PPV (pay-per-view), mais les négociations pourraient s’éterniser. *« Topuria veut sa part, et Makhachev aussi. Sans compter les sponsors… »*, révèle une source proche des négociations, sous couvert d’anonymat.
Enfin, il y a la question du timing. Makhachev doit d’abord défendre son titre contre Dustin Poirier (prévu pour octobre 2024), tandis que Topuria pourrait affronter Pimblett dès décembre. *« Si tout va bien, le combat pourrait avoir lieu au printemps 2025 »*, spécule Brett Okamoto d’ESPN.
Et si l’histoire se répétait ? Le parallèle avec McGregor vs. Aldo
Les fans les plus âgés se souviennent du choc McGregor vs. Aldo en 2015, où l’Irlandais avait dominé le Brésilien en 13 secondes pour unifier les titres des poids plumes. Un combat qui avait marqué un tournant dans l’UFC, prouvant que le marketing et l’audace pouvaient dépasser les attentes.
Topuria vs. Makhachev aurait ce même potentiel explosif. *« Ce serait le McGregor vs. Aldo de la nouvelle génération »*, s’enthousiasme Joe Rogan, commentateur historique de l’UFC. *« Deux styles opposés, deux personnalités fortes, et un enjeu énorme. »*
Cependant, certains experts tempèrent. *« Makhachev n’est pas Aldo. Il est bien plus complet, et Topuria n’a pas (encore) le charisme de McGregor »*, nuance Robin Black, analyste pour Fight Network. *« Mais si le combat a lieu, ce sera un PPV monstre. »*
Entre-temps, les yeux seront rivés sur les prochains combats des deux hommes. Makhachev contre Poirier en octobre, Topuria (peut-être) contre Pimblett en décembre… Chaque victoire rapprochera un peu plus ce clash des titans. Et si Dana White donne son feu vert, le MMA pourrait bien vivre l’un de ses plus grands moments. « Que le meilleur gagne… et que l’histoire retienne leurs noms. »

