Un genou volant qui entre dans la légende de l'UFC
Samedi soir, le T-Mobile Arena de Las Vegas a été le théâtre d’un moment qui restera gravé dans les mémoires des fans de MMA. Gabriel Bonfim, surnommé "Marretinha", a envoyé un message clair à la division des mi-moyens en terrassant Randy Brown (18-5) d’un genou volant parfait au deuxième round. Le coup, placé avec une précision chirurgicale, a frappé Brown en plein visage, le projetant au sol avant que l’arbitre ne stoppe le combat à 3:28 de la reprise. Une finition si brutale que les commentateurs ont parlé d’un impact "à pleine puissance", capable de rivaliser avec les KOs les plus marquants de l’année.
Pour Bonfim (19-4), cette victoire n’est pas qu’une simple ligne supplémentaire à son palmarès. Elle couronne une série de quatre succès consécutifs, dont trois en 2025, et porte son taux de finition à 89% (17 KOs ou soumissions en 19 combats). Une statistique qui place le Brésilien parmi les finishers les plus redoutables de l’UFC, aux côtés de noms comme Islam Makhachev ou Leon Edwards. "Ce genou, je l’ai travaillé des centaines de fois à l’entraînement. Quand j’ai vu l’ouverture, j’ai su que c’était le bon moment", a-t-il confié en conférence de presse, visiblement ému par l’ampleur de sa performance.
"Je veux Covington, et je veux le top 10"
Dès les premières secondes suivant sa victoire, Gabriel Bonfim n’a pas perdu de temps pour fixer son prochain objectif. Micro en main, il a directement interpellé Colby Covington (17-3), actuellement 10ᵉ du classement UFC des mi-moyens : "Arrête de courir, Colby ! Donne-moi ma chance, et je te sors du ranking. Tu parles toujours de ‘chaos’, mais tu fuis les vrais défis". Une provocation calculée, qui vise à forcer l’Américain – absent de la cage depuis novembre 2023 – à accepter un combat qui pourrait propulser Bonfim parmi l’élite.
Covington, connu pour ses prises de parole controversées et son style de combat ultra-agressif, n’a pas encore réagi publiquement. Mais les experts s’accordent à dire que ce match-up aurait tout pour plaire : d’un côté, le wrestling et le trash-talking de "Chaos" ; de l’autre, la puissance et la technique de "Marretinha". "Bonfim a le profil pour déstabiliser Covington. Il est plus jeune, plus explosif, et il a faim. Colby va devoir répondre, sinon il risque de se faire doubler dans le classement", analyse Baba, consultant pour RMC Sport.
Si Covington décline l’offre, d’autres options s’offrent à Bonfim. Des noms comme Jack Della Maddalena (16-2, 7ᵉ mondial) ou Ian Machado Garry (14-0, 11ᵉ) pourraient être des adversaires logiques pour un combat à enjeu d’ici la fin de l’année. Une chose est sûre : avec cette performance, le Brésilien a prouvé qu’il méritait sa place parmi les prétendants au titre, dans une division où Leon Edwards règne en champion.
L’ascension d’un "finisher" né
Ce qui frappe avec Gabriel Bonfim, c’est sa capacité à terminer ses combats, peu importe l’adversaire. Sur ses 19 victoires, seules deux ont été décidées par les juges – un taux de finition qui rappelle les légendes du sport comme Anderson Silva ou Robbie Lawler. Originaire de São Paulo, Bonfim a débuté le MMA à 16 ans, avant de se faire remarquer dans des organisations brésiliennes comme Jungle Fight et SFT. Son style, mélange de muay thaï explosif et de jiu-jitsu brésilien technique, en fait un combattant complet, capable de s’adapter à tous les scénarios.
"Il a cette mentalité de tueur. Dès qu’il sent que son adversaire est en difficulté, il accélère et ne lâche rien", explique Fernando Lopez, son entraîneur en strike chez Team Nogueira. Une approche qui lui a permis de dominer des adversaires réputés pour leur résistance, comme Trevin Giles (soumission en 2023) ou Mounir Lazzez (KO en 2024). Face à Randy Brown, pourtant connu pour sa défense solide, Bonfim a su exploiter une faille en contre pour placer son genou fatal. "C’est ça, la marque d’un grand champion : savoir frapper au bon moment", ajoute Lopez.
Et si Las Vegas n’était qu’un début ?
Avec cette victoire, Gabriel Bonfim entre dans une nouvelle dimension. À 27 ans, il a déjà le profil d’un futur champion, mais la route reste semée d’embûches. La division des mi-moyens est l’une des plus compétitives de l’UFC, avec des combattants comme Shavkat Rakhmonov (6ᵉ), Khamzat Chimaev (3ᵉ), ou encore Belal Muhammad (2ᵉ) qui attendent leur chance pour le titre. Pour percer, Bonfim devra enchaîner les performances, mais aussi éviter les pièges, comme une éventuelle confrontation contre un grappler de haut niveau (à l’image de Sean Brady).
Son équipe semble consciente de ces défis. "On ne brûle pas les étapes. Gabriel a le talent pour viser le titre, mais il faut qu’il accumule de l’expérience contre des top 15, puis des top 10", tempère Rodrigo Minotauro, son manager. Une stratégie qui pourrait le mener vers un combat contre Geoff Neal (15-5) ou Stephen Thompson (18-6-1), deux vétérans capables de tester sa maturité.
Une chose est certaine : après son KO contre Randy Brown, Gabriel Bonfim n’est plus un outsider. Il est désormais un nom à suivre, un combattant capable de bousculer l’ordre établi. Et si son défi à Colby Covington aboutit, Las Vegas pourrait bien être le théâtre d’un nouveau choc en 2025 – avec, cette fois, un enjeu bien plus grand qu’un simple main event.
Derrière le KO : l’histoire d’un combattant forgé dans l’adversité
Peu de gens le savent, mais Gabriel Bonfim a failli abandonner le MMA à 20 ans, après une série de défaites et des difficultés financières. "Je dormais sur des tatamis, je mangeais un repas par jour. À un moment, j’ai cru que je ne m’en sortirais pas", confie-t-il. C’est la rencontre avec Antonio Rodrigo Nogueira, la légende brésilienne, qui a changé le cours de sa carrière. "Minotauro" lui a offert un toit et un entraînement gratuit à Team Nogueira, à condition qu’il promette de "se battre comme un lion".
Quatre ans plus tard, le pari est gagné. Bonfim est devenu une star montante, et son KO contre Randy Brown est le symbole de cette résilience. "Chaque coup que je donne, c’est pour ceux qui ont cru en moi quand personne ne me connaissait", déclare-t-il, les yeux brillants. Une détermination qui, couplée à son talent brut, pourrait bien le mener jusqu’au sommet de l’UFC.

