"Je n’ai pas pu retenir mes larmes" : quand le Brésil entier vibre pour son roi
Rio de Janeiro, 2 février 2024 – La scène est presque irréelle. Sous les lumières aveuglantes du Barra Shopping, plus grand centre commercial de la ville, des centaines de fans scandaient "O campeão voltou!" ("Le champion est de retour !") alors que Charles Oliveira, 35 ans, foulait le tapis pour une séance d’entraînement ouverte. Quatorze ans. C’est le temps qu’il a fallu à "Do Bronxs" pour vivre ce moment, celui qu’il imaginait enfant en regardant Anderson Silva entrer sous une pluie d’acclamations en 2011. "Depuis ce jour, je rêvais de ça. Aujourd’hui, j’ai failli craquer… J’ai retenu mes larmes, mais c’était dur", a-t-il confié, la voix tremblante, à Combate.
Pour comprendre l’ampleur de l’émotion, il faut remonter à ses débuts. Originaire de Guaruja, une ville côtière de l’État de São Paulo, Oliveira a construit sa légende malgré les doutes. 35 combats en UFC (un record pour un Brésilien), 16 victoires par soumission (autre record absolu), et surtout, 20 bonus de performance – personne n’a jamais dominé ainsi les statistiques de la promotion. Pourtant, jusqu’à ce jour, quelque chose manquait : l’adoubement populaire. "Au Brésil, on a eu Wanderlei, Anderson, Aldo… Mais Oliveira, c’est différent. Lui, il a tout conquis sans jamais abandonner, même après les défaites", analyse Fernando Rodriguez, journaliste pour Sherdog Brésil.
Le symbole est fort : les billets pour UFC Rio (prévu le 10 février 2024) se sont arrachés en moins de 24 heures, un record pour un événement hors PPV. "Les gens viennent pour lui, pas pour la carte. C’est du jamais vu depuis l’ère Silva", confirme un promoteur local sous couvert d’anonymat. Et Oliveira le sait : "Ce n’est pas juste un combat. C’est l’aboutissement d’une vie."
Gamrot, l’épée de Damoclès : "Il veut finir ma carrière ? Je vais lui montrer pourquoi j’ai 16 soumissions"
Ironie du sort : le combat tant attendu contre Michael Chandler (annulé pour blessure) a laissé place à un duel encore plus intrigant. Mateusz Gamrot, 33 ans, n’est pas un simple remplaçant. L’ancien double champion du KSW (2018-2021) arrive avec un palmarès impressionnant : victoires contre Jalin Turner (soumission) et Rafael Fiziev (décision unanime), et une réputation de "terminator" pour son grappling étouffant. "Oliveira a accepté ce combat à 10 jours de préavis. Ça en dit long sur son mental", souligne Dayne Fox, analyste pour ESPN MMA.
Pourtant, "Do Bronxs" semble serein. "Je ne me soucie pas de ce qu’il dit. Mon respect pour lui reste intact… mais dans la cage, c’est une autre histoire", a-t-il lancé lors de la conférence de presse, un sourire en coin. Derrière cette calme apparente se cache une stratégie bien huilée. Gamrot, avec 13 victoires par décision en 23 combats, est un maître pour étirer les rounds. Oliveira, lui, détient le ratio de finitions le plus élevé de l’histoire des poids légers UFC (78%). "Il veut jouer avec le temps ? Moi, je joue avec les articulations", glisse son entraîneur Eric Albarracin.
Le contraste de styles promet un choc tactique :
- Gamrot : 4,25 soumissions tentées par 15 minutes, précision de frappe à 52%
- Oliveira : 3,8 soumissions réussies par 15 minutes, 60% de précision en clinch
"Poatan" vs. Jones : le combat que tout le monde veut, mais que personne n’osera faire ?
Alors que Alex Pereira vient d’écraser Magomed Ankalaev en 80 secondes (UFC 295), les spéculations sur un affrontement contre Jon Jones enflamment les réseaux. Tout le monde, sauf… Charles Oliveira. "Ce serait compliqué à organiser. Jon est une légende, mais il a ses exigences. Et Pereira, lui, il est en mode ‘je détruis tout’", tempère-t-il, lucide.
Pourtant, l’histoire entre ces trois hommes est inextricablement liée. Oliveira se souvient : "Jon était là, en 2021, quand j’ai battu Chandler pour le titre. Il m’a dit : ‘Tu mérites ça, petit.’ Deux ans plus tard, il m’a pris ma ceinture…" (référence à sa défaite face à Islam Makhachev à UFC 280, où Jones était commentateur). Quant à Pereira, "Do Bronxs" le voit comme "l’héritier de Silva et Aldo". "Il a ce même mélange de puissance et de spectacle. Mais attention : si tu le laisses te toucher, tu dors. Regarde ce qu’il a fait à Ankalaev…"
Le problème ? Les poids. Pereira (93 kg) contre Jones (113 kg en poids lourd) nécessiterait un catchweight improbable. "L’UFC ne prendra pas ce risque. Sauf si Dana White voit un chèque à 10 millions de dollars", raille un manager sous le couvert de l’anonymat. Oliveira, lui, préfère en rire : "Moi, je reste en 70 kg. Mais si jamais ça arrive… je paierai ma place pour voir ça !"
Derrière les gants : le Charles Oliveira que personne ne connaît
Saviez-vous que "Do Bronxs" doit son surnom… à un jeu vidéo ? "Quand j’étais gamin, je jouais à ‘Street Fighter’ en choisissant toujours Dhalsim, le combattant indien. Mes potes m’appelaient ‘Bronxs’ parce que je venais d’un quartier pauvre, comme les héros des films américains. Le nom est resté", révèle-t-il. Une origine humble qui contraste avec son statut actuel.
Autre détail méconnu : sa phobie des avions. "Je prends des médicaments avant chaque vol. Une fois, j’ai failli annuler un combat à cause de ça", avoue-t-il. Pourtant, il a voyagé plus que quiconque pour l’UFC : 12 pays en 3 ans, dont des escales au Kazakhstan et en Arabie Saoudite. "Ma femme rit en disant que je suis ‘le champion du monde… des aéroports’."
Enfin, il y a sa fille, Tayla, 10 ans, sa "plus grande motivation". "Elle me dit toujours : ‘Papa, tu es mon super-héros.’ Mais c’est elle, ma force. Quand je perds, c’est à elle que je pense pour me relever". Une confession rare qui explique peut-être pourquoi, malgré 9 défaites en UFC, il a toujours rebondi. "Les records, les ceintures… tout ça s’efface. Mais l’amour des fans, ça, personne ne peut te l’enlever."

