L’UFC 244 : Quand Dana White a Inventé un Titre pour les "Gangsters"
Tout commence par une provocation. En août 2019, Nate Diaz, de retour après trois ans d’absence, domine Anthony Pettis à l’UFC 241. Entre deux bouffées de sa cigarette électronique, le Californien lance une phrase qui va tout déclencher : "Je veux affronter le seul autre gangster de l’UFC, Jorge Masvidal." À l’époque, Masvidal vient de réaliser l’exploit du KO le plus rapide de l’histoire de l’UFC (5 secondes contre Ben Askren), un coup de poing devenu viral. L’UFC, d’ordinaire si rigide sur ses protocoles, saisit l’opportunité. Pour la première fois, l’organisation crée un titre hors de ses catégories officielles : la ceinture BMF ("Baddest Mother Fucker"), symbole d’une violence assumée et d’un charisme à toute épreuve.
Le 2 novembre 2019, l’UFC 244 se transforme en spectacle hollywoodien. Dana White, ganté de noir, présente la ceinture comme un trophée sacré. Dwayne "The Rock" Johnson, ami de Masvidal et star planétaire, fait son entrée dans l’octogone pour remettre le titre. Le combat tourne court : Diaz, coupé au visage, est arrêté par le médecin. Une fin frustrante, mais le mythe est lancé. "Cette ceinture, c’est plus qu’un morceau de cuir. C’est l’esprit du MMA : pas de règles, juste du spectacle et du respect entre guerriers", déclarera plus tard Masvidal.
Quatre Ans d’Absence : Pourquoi la BMF a Failli Disparaître
Après la victoire de Masvidal, la ceinture BMF tombe dans l’oubli. Les fans réclament une défense, mais l’UFC ne trouve pas de combat à la hauteur. "Personne ne voulait d’un titre qui n’avait pas de valeur officielle", explique un ancien cadre de l’organisation. Pendant quatre ans, la BMF reste dans un placard, jusqu’à ce que Dustin Poirier et Justin Gaethje ne raniment la flamme en juillet 2023.
Leur affrontement en 2018, un combat de l’année marqué par un KO spectaculaire de Poirier, avait laissé les fans sur leur faim. Cinq ans plus tard, les deux hommes sont au sommet : Poirier a détenu une ceinture intérimaire, Gaethje est devenu une star grâce à son style ultra-agressif. Leur revanche à l’UFC 291 est un chef-d’œuvre de violence : Gaethje l’emporte par KO avec un high kick dévastateur. "Je veux défendre cette ceinture, mais je veux aussi la vraie. La BMF, c’est cool, mais je veux être champion", déclare-t-il après sa victoire. Pourtant, l’UFC a d’autres plans.
Max Holloway vs Justin Gaethje : Le Combat qui a Sauvé la BMF
En mars 2024, Gaethje domine Benoît Saint-Denis par KO, mais l’UFC lui refuse un combat pour le titre des légers contre Islam Makhachev. À la place, on lui propose une défense de la BMF contre Max Holloway à l’UFC 300. Une compensation ? Plutôt un piège. Holloway, légende des poids plumes, monte en légers et écrase Gaethje pendant cinq rounds. À une seconde de la fin, il l’achève d’un KO magistral, après l’avoir provoqué au centre de l’octogone. "C’est comme ça qu’on gagne une ceinture BMF : en allant au bout de soi-même", déclare Holloway, sourire aux lèvres.
Ce combat marque un tournant. Pour la première fois, la BMF n’est plus un gadget, mais un trophée convoité. Les fans l’adorent, les combattants la réclament, et l’UFC en fait un argument commercial. "Avant, c’était une blague. Maintenant, c’est une légende", résume un journaliste spécialisé. Même Benoît Saint-Denis, connu pour son style sans compromis, a exprimé son envie de la remporter : "Cette ceinture, c’est pour les guerriers. Et je suis un guerrier."
Holloway vs Oliveira : Deux Philosophies de la BMF s’Affrontent
Le 14 septembre 2024, à l’UFC 326, Max Holloway affronte Charles Oliveira pour la ceinture BMF. Un duel entre deux des finisseurs les plus prolifiques de l’histoire : Holloway détient le record de coups significatifs portés (3 655 en 31 combats), tandis qu’Oliveira cumule les records de finalisations (21) et de soumissions (17). Deux styles opposés : l’Hawaïen, maître de la distance et du volume de frappes, contre le Brésilien, expert en grappling et en KO explosifs.
Leur premier affrontement, en 2015, avait tourné court : Oliveira avait abandonné sur blessure dès le premier round. Neuf ans plus tard, les deux hommes sont au sommet de leur art. "Ce combat, c’est l’essence de la BMF : deux gars qui ne reculent jamais, qui veulent gagner par KO, et qui respectent l’histoire du MMA", analyse un ancien champion. Pour l’UFC, c’est l’occasion de consacrer définitivement la ceinture : si Holloway l’emporte, il deviendra le premier double détenteur de la BMF ; si Oliveira gagne, il prouvera que le titre peut récompenser un combattant aussi technique que spectaculaire.
La BMF, Plus qu’un Titre : Un Symbole du MMA Moderne
Aujourd’hui, la ceinture BMF incarne une évolution culturelle du MMA. À l’origine, c’était un coup marketing pour capitaliser sur la rivalité entre Diaz et Masvidal. Aujourd’hui, c’est un marqueur de légitimité : seuls les combattants les plus spectaculaires et les plus charismatiques peuvent la remporter. "Elle récompense ceux qui prennent des risques, qui font vibrer les fans, et qui respectent l’esprit du sport", explique un entraîneur renommé.
Des noms comme Benoît Saint-Denis, Islam Makhachev ou même Jon Jones (s’il remonte en poids lourds) pourraient un jour la convoiter. La BMF est devenue un tremplin vers les titres officiels, mais aussi une fin en soi. "Quand tu portes cette ceinture, tu représentes quelque chose de plus grand qu’un champion. Tu représentes l’âme du MMA", conclut Max Holloway.
À l’UFC 326, Holloway et Oliveira n’ont pas besoin de la BMF pour être des stars. Mais ce titre, né d’une blague entre deux "gangsters", est devenu un symbole. Et c’est ça, la magie du MMA : parfois, les légendes naissent des idées les plus folles.
La ceinture BMF est passée du statut de gadget marketing à celui de trophée mythique en seulement cinq ans. Grâce à des combats d’anthologie et des personnalités charismatiques comme Masvidal, Gaethje ou Holloway, elle incarne désormais l’esprit même du MMA : spectacle, audace et respect entre guerriers.
À l’UFC 326, Max Holloway et Charles Oliveira ont l’opportunité de graver un peu plus leur nom dans l’histoire. Peu importe le vainqueur, une chose est sûre : la BMF n’est plus une simple ceinture, mais un héritage. Et comme le disait Nate Diaz : "Les ceintures officielles, c’est pour les champions. La BMF, c’est pour les gangsters."
Dans un sport où les titres changent souvent de mains, la BMF est devenue un symbole intemporel. Preuve que parfois, les meilleures histoires commencent par une provocation.

