Le "God of War" face à son plus grand défi : un vétéran qui ne lâche rien
Quand Benoît Saint Denis montera dans l’Octogone le 1er juin, ce ne sera pas un combat comme les autres. À 28 ans, le Français affronte Beneil Dariush, un adversaire qui a presque dix ans de carrière professionnelle de plus que lui. Classé 9e mondial chez les poids légers, l’Américano-Iranien incarne tout ce que Saint Denis doit surpasser pour prétendre au titre : une expérience implacable (30 combats), une technique affinée (ceinture noire en BJJ sous Rafael Cordeiro), et une résilience à toute épreuve (aucune défaite par KO en 19 ans).
Pourtant, le "God of War" n’a pas l’intention de jouer les figurants. Après sa victoire spectaculaire contre Mauricio Ruffy à l’UFC Paris en septembre 2023 – où il avait dominé un adversaire pourtant réputé pour sa puissance –, Saint Denis a prouvé qu’il savait gérer la pression des grands événements. "Ce combat, c’est l’occasion de montrer que je peux battre les meilleurs, peu importe leur expérience", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Une déclaration qui résume son état d’esprit : celui d’un challenger qui n’a plus rien à perdre.
Mais Dariush n’est pas un adversaire comme les autres. À 36 ans, il a affronté – et souvent battu – des légendes de la division : Tony Ferguson, Dustin Poirier, ou encore Charles Oliveira (qu’il a poussé aux limites en 2022). Son style, basé sur un jiu-jitsu offensif et une boxe précise, a déstabilisé même les meilleurs. Face à lui, Saint Denis devra éviter les pièges du sol, où Dariush excelle, tout en exploitant sa propre puissance de frappe – son atout majeur.
Un détail intrigue cependant : Dariush a raté sa pesée, dépassant de 1,5 kg la limite des -70 kg. Une erreur rare pour un vétéran, qui pourrait indiquer un problème de préparation… ou une stratégie calculée pour conserver plus d’énergie. Qu’importe pour Saint Denis : "Ça ne change rien. Je me suis préparé pour le meilleur Dariush, pas pour des excuses."
"Je me suis entraîné pour l’enfer" : La préparation secrète de Saint Denis
Pour ce combat, Benoît Saint Denis a révolutionné sa préparation. Exit les camps d’entraînement classiques : le Français a passé huit semaines en altitude au Colorado, sous la houlette de son coach Fernando Lopez, un spécialiste des combats en haute intensité. "L’objectif ? Améliorer mon endurance et ma récupération, explique-t-il. À 2 500 mètres d’altitude, chaque séance est un combat."
Mais ce n’est pas tout. Saint Denis a aussi travaillé avec des sparring-partners spécialisés dans le style de Dariush, notamment des ceintures noires en jiu-jitsu pour simuler les prises au sol. "Je sais qu’il va essayer de m’emmener là-bas. Mais je ne suis plus le même fighter qu’avant. J’ai progressé techniquement, et mentalement", assure-t-il. Une évolution confirmée par son équipe : son taux de réussite en défense de soumission est passé de 60% à 85% en deux ans.
Autre détail marquant : l’analyse vidéo poussée. Saint Denis et ses coaches ont décortiqué les 15 derniers combats de Dariush, identifiant des schémas récurrents. "Il a une habitude de reculer après une combinaison de coups. C’est là que je dois frapper", révèle-t-il. Une approche méthodique qui rappelle celle des grands champions, comme Israel Adesanya ou Alexander Volkanovski.
Enfin, le mental. Saint Denis a intégré des séances d’hypnose sportive pour gérer le stress, une technique utilisée par des athlètes comme Conor McGregor ou Jon Jones. "Le jour J, je veux être dans un état de flow total. Pas de doute, pas de peur. Juste l’instinct du guerrier.", confie-t-il. Une préparation qui montre à quel point ce combat est personnel : une chance de prouver qu’il mérite sa place parmi les meilleurs, mais aussi de faire taire les sceptiques qui doutent encore de son niveau.
Dariush, l’outsider qui a tout vu… et qui veut tout gagner
De l’autre côté de l’Octogone, Beneil Dariush aborde ce combat avec le calme d’un homme qui a déjà tout vécu. Classé 9e mondial, il aurait pu aspirer à un combat pour le titre après sa victoire contre Arman Tsarukyan en 2022. Mais une blessure au genou l’a éloigné des projecteurs pendant 18 mois. Aujourd’hui, il revient avec une faim retrouvée… et un message clair : "Je ne suis pas là pour faire de la figuration. Je veux montrer que je suis toujours un prétendant au titre."
Son parcours est celui d’un survivant. Né en Iran, il a fui son pays à 9 ans pour échapper à la guerre, avant de s’installer aux États-Unis où il a découvert le MMA. "Quand tu as connu la guerre, un combat dans une cage, c’est rien", lance-t-il sobrement. Cette résilience se retrouve dans son style : patient, technique, et implacable. Contrairement à Saint Denis, qui mise sur l’explosivité, Dariush préfère user son adversaire, le faire douter, avant de frapper au moment opportun.
Pourtant, certains observateurs pointent des signes de déclin. À 36 ans, peut-il encore suivre le rythme des jeunes loups comme Saint Denis ? Son dernier combat, une victoire controversée contre Charles Oliveira (où il avait dominé avant de s’effondrer en fin de round), a soulevé des questions. "Beneil a toujours été un fighter intelligent, mais son corps commence à montrer des limites", analyse Mauricio Ruffy, qui connaît bien les deux hommes.
Mais Dariush balaye ces critiques : "L’expérience, c’est ce qui fait la différence quand le talent est égal. Et croyez-moi, j’ai encore beaucoup à donner." Une confiance qui s’appuie sur des faits : malgré son âge, il reste l’un des meilleurs grapplers de la division, avec un taux de contrôle au sol de 42% – l’un des plus élevés des poids légers. Face à Saint Denis, il mise sur sa capacité à neutraliser la puissance française et à imposer son jeu.
Un combat qui dépasse le sport : Enjeux médiatiques et symboliques
Ce combat n’est pas qu’une affaire de classement. Pour Benoît Saint Denis, c’est l’opportunité de devenir une star en France, à l’image de Ciryl Gane ou Francis Ngannou. Diffusé en prime time sur RMC Sport 1, l’affrontement pourrait attirer plus de 500 000 téléspectateurs en France – un record pour un combat de MMA non impliquant Ngannou. "Si Benoît gagne, il deviendra le visage du MMA français. Les sponsors vont se bousculer", prédit David Douillet, double champion olympique de judo et fan de MMA.
Pour Dariush, l’enjeu est différent, mais tout aussi crucial. Dans une division dominée par les Islam Makhachev, Charles Oliveira et Justin Gaethje, une victoire lui permettrait de resté dans la course au titre, malgré son âge. "Je ne veux pas finir ma carrière en me disant que j’ai laissé passer ma chance", confie-t-il. Un combat qui pourrait aussi redéfinir son héritage : s’il l’emporte, il deviendra le premier Iranien à battre un Français dans l’Octogone, un symbole fort pour la communauté MMA iranienne, en pleine expansion.
Enfin, il y a l’aspect style contre style. D’un côté, la puissance brute et la détermination sans limites de Saint Denis, de l’autre, la technique raffinée et la patience calculée de Dariush. "C’est un peu comme un combat entre un taureau et un matador", image Daniel Cormier, commentateur pour l’UFC. Qui l’emportera ? Le jeune loup affamé, ou le vieux renard rusé ?
Derrière les projecteurs : Les coulisses d’un combat qui se prépare depuis des années
Ce que peu de gens savent, c’est que Benoît Saint Denis et Beneil Dariush se connaissent depuis longtemps. Ils se sont croisés pour la première fois en 2019, lors d’un stage commun à l’American Top Team en Floride. "On a roulé ensemble [ndlr : s’entraîner au grappling], et je me souviens qu’il m’avait surpris par sa force", raconte Dariush. Saint Denis, lui, garde un souvenir différent : "Il m’a soumis en deux minutes. Ça m’a marqué. Ce jour-là, j’ai compris le niveau auquel je devais aspirer."
Trois ans plus tard, lors de l’UFC 267 à Abou Dhabi, les deux hommes se sont recroisés dans les coulisses. "Il m’a dit : ‘Un jour, on se retrouvera dans la cage’", se souvient Saint Denis. "Je lui ai répondu : ‘J’espère bien, et ce jour-là, ce sera moi qui gagnerai.’" Une promesse qui va enfin se réaliser.
Autre détail insolite : les deux hommes partagent le même surnom. Dariush est parfois appelé "Benny the Bull" (Benny le Taureau) en référence à sa force, tandis que Saint Denis est le "God of War". "Deux taureaux dans une arène, ça ne peut finir que dans le sang", plaisante Dana White, le président de l’UFC.
Enfin, il y a l’aspect familial. Saint Denis a révélé qu’il avait regardé tous les combats de Dariush avec son père, lui-même ancien boxeur. "Mon père m’a toujours dit : ‘Ce type-là, il ne lâche jamais. Si tu veux le battre, il faudra le casser.’" Un conseil qui résonne comme un avertissement… et une motivation supplémentaire.
Mais au-delà des classements et des titres, ce combat a quelque chose de cinématographique. Deux guerriers, deux destins, une seule issue possible. Comme le dit si bien Saint Denis : "Quand je monte dans cette cage, je ne pense pas à gagner. Je pense à détruire." Réponse le 1er juin, sous les projecteurs de l’UFC… et les yeux de millions de fans.

