Un corps en surrégime : quand les coupes de poids deviennent un poison
Charles Oliveira n’est plus l’homme invincible qui enchaînait les soumissions éclair et les titres en lightweight. Depuis 2022, le Brésilien accumule les signes de fatigue : deux défaites en quatre combats, un KO cinglant face à Ilia Topuria, et des performances en dents de scie qui interrogent. Pour Alexandre Pantoja, champion des mouches invaincu depuis 2019, le diagnostic est sans appel : "Les coupes de poids de Oliveira sont en train de le détruire. À force de se déshydrater comme ça, tu deviens une coquille vide."
Contrairement à la plupart des combattants, qui s’isolent avec un cercle restreint pendant cette phase critique, Oliveira s’entoure d’une dizaine de personnes lors de ses coupes. Un détail qui n’échappe pas à Pantoja : "Quand tu as besoin de tant de monde pour tenir le coup, c’est que ton corps – et ton mental – sont à la limite. Moi, je n’ai que mon coach et mes enfants. Pas besoin de spectacle." Le contraste est frappant : là où Pantoja, malgré son statut de champion, privilégie la simplicité et l’efficacité, Oliveira semble engagé dans une course à l’épuisement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis son entrée à l’UFC en 2010, Oliveira a manqué la limite de poids à trois reprises, un record peu enviable. Ses méthodes, décrites comme "extrêmes" par plusieurs insiders, incluraient des séances de sauna de 10 heures et des restrictions hydriques poussées à l’extrême. Résultat ? Un organisme affaibli, une récupération plus lente, et une explosivité en berne – comme en témoigne son combat contre Topuria, où il a semblé "marcher au ralenti" dès le premier round.
Topuria vs. Oliveira : le combat qui a tout révélé
Le 17 juin 2023, à Toronto, Ilia Topuria a infligé à Charles Oliveira une défaite qui restera comme un tournant dans sa carrière. Non pas parce que le Géorgien (ancien champion des plumes) était supérieur techniquement, mais parce qu’il a exploité une faille évidente : Oliveira, d’habitude si résistant, était lent, prévisible, et visiblement essoufflé dès les premières minutes.
Topuria l’a lui-même confirmé en conférence de presse : "Je savais qu’il serait faible après la pesée. Son équipe a trop forcé sur la balance, et ça se voit. Quand tu perds 15 kg en une semaine, tu ne reviens pas intact." Le KO au deuxième round n’a été que la confirmation d’un constat accablant : Oliveira n’était plus le "Do Bronx" que les fans connaissaient. Un corps usé, des réflexes émoussés, et une stratégie défensive en lambeaux – le portrait d’un champion en déclin forcé.
Pour Pantoja, ce combat est un signal d’alarme : "Quand tu te fais dominer comme ça, ce n’est pas une question de talent, mais de préparation physique. Oliveira a tout donné pour faire le poids, et il n’avait plus rien à offrir dans la cage." Pire : avec deux défaites en quatre combats (dont une contre Islam Makhachev pour le titre), Oliveira voit son capital confiance s’effriter. Son combat prévu contre Rafael Fiziev, finalement annulé, aurait pu être une dernière chance de prouver qu’il pouvait encore rivaliser avec l’élite. Trop tard ?
"Et si les 170 livres étaient la solution ?" – L’hypothèse choc de Pantoja
Face à ce constat, Alexandre Pantoja ose une proposition radicale : et si Charles Oliveira montait en welterweight (170 livres) ? Une idée qui peut sembler folle – après tout, Oliveira a toujours combattu en lightweight (155 livres) ou en featherweight (145 livres) – mais qui mérite d’être creusée.
Premier argument : la préservation de la santé. En évitant les coupes de poids extrêmes, Oliveira pourrait limiter les dommages rénaux et cardiaques liés à la déshydratation répétée. "À 34 ans, tu ne peux plus jouer avec ça", insiste Pantoja. Second point : le regain de puissance. Avec un poids naturel estimé entre 175 et 180 livres, Oliveira serait enfin à son poids de forme, sans avoir à se "vider" avant chaque combat. Résultat ? Une explosivité retrouvée, une meilleure récupération, et peut-être même un avantage physique face à des welters comme Leon Edwards ou Kamaru Usman.
Bien sûr, le risque existe : les welters sont plus grands, plus lourds, et souvent plus puissants. Mais Pantoja rappelle que "la technique prime toujours" : "Oliveira a un jiu-jitsu parmi les meilleurs de l’UFC. Même en welterweight, il pourrait soumettre 90% des gars. Le problème, c’est qu’actuellement, il n’a même plus la force de les tenir au sol."
Un exemple ? Michael Chandler, passé des lightweights aux welters à 37 ans, a prouvé que la transition était possible – avec des hauts et des bas, mais une longévité préservée. Oliveira, lui, a encore le temps d’éviter le déclin brutal qui guette tant de combattants usés par les coupes de poids.
Derrière les coulisses : le calvaire des 155 livres
Ce que le public ne voit pas, ce sont les heures passées dans les saunas, les nuits blanches à recracher chaque goutte d’eau, les crises de faiblesse après la pesée. D’après des sources proches d’Oliveira, ses coupes seraient parmi les plus violentes de l’UFC : jusqu’à 20 livres perdus en 48 heures, avec des méthodes dignes d’un "laboratoire de torture".
Un ancien sparring-partner, sous couvert d’anonymat, raconte : "Charles arrive au camp d’entraînement déjà épuisé. Il passe ses journées à surveiller son poids, pas à s’améliorer. Résultat, il est moins technique, moins rapide… et il le sait. Mais il a peur de perdre son statut de 'tueur' des 155 livres." Un cercle vicieux : plus il force sur la balance, moins il performe – et plus il doit forcer pour compenser.
Pantoja, lui, a choisi une autre voie : "Je préfère gagner en étant à 100% plutôt qu’à 60% après une coupe infernale. Oliveira a le talent pour dominer en welterweight. Mais il faut qu’il ose sauter le pas avant que son corps ne lâche définitivement." Un conseil qui sonne comme un ultime avertissement.
Et maintenant ? Les options qui s’offrent à Oliveira
Trois scénarios se dessinent pour "Do Bronx" :
- Rester en lightweight et tenter un dernier assaut contre l’élite (Makhachev, Poirier, ou Fiziev). Risqué : une nouvelle défaite pourrait sceller son déclin.
- Passer en welterweight dès 2024, avec un combat "test" contre un adversaire classé mais pas trop dangereux (un Stephen Thompson ou un Geoff Neal). Stratégique, mais nécessitera une adaptation technique.
- Prendre une pause de 6 à 12 mois pour reconstruire son corps, travailler son endurance sans pression, et revenir en lightweight… ou en welter. La solution la plus sage, mais la moins "sexy" pour un combattant habitué à l’action.
Dana White, le président de l’UFC, a déjà laissé entendre qu’il soutiendrait Oliveira "quelle que soit sa décision". Mais le temps presse : à 34 ans, avec 33 combats professionnels au compteur, chaque coup encaisse compte double. Pantoja résume : "Soit il change, soit il finit comme tant d’autres : un grand champion brisé par les sacrifices inutiles."
La carrière de Charles Oliveira est à un carrefour historique. D’un côté, l’orgueil d’un champion qui a dominé les 155 livres et ne veut pas abandonner son royaume. De l’autre, la réalité brutale d’un corps qui dit stop, et des performances en chute libre. Alexandre Pantoja, avec son franc-parler et son expérience, a pointé du doigt ce que beaucoup refusent de voir : le MMA n’est pas qu’une question de cœur, mais aussi de science.
Le passage en welterweight serait un pari audacieux, mais peut-être le seul capable de sauver ce qui reste de l’héritage d’Oliveira. Car une chose est sûre : continuer sur cette voie, c’est risquer de voir l’un des plus grands soumissionneurs de l’histoire terminer sa carrière en ombre de lui-même. À lui de choisir entre la légende… et le déclin.

