Le poids d’un nom : quand le frère aîné devient l’éternel "autre Topuria"
Imaginez porter le même nom qu’un champion UFC en titre, avec les attentes – et les critiques – qui vont avec. Aleksandre Topuria, 29 ans, vit cette réalité depuis que son jeune frère Ilia a conquis la ceinture des poids plumes en décembre 2023. Pourtant, bien avant que le monde ne découvre le "Matador" géorgien, Aleksandre traçait déjà son sillon dans le MMA, avec des hauts… et surtout des bas. Son parcours ressemble à une montagne russe : un début prometteur en 2013 (3-0 en amateur), une défaite brutale en 2015 contre Magomed Idrisov (KO en 1 minute), puis… le néant. Six ans sans combat, une absence qui a nourri les doutes : et si le vrai talent de la famille était uniquement Ilia ?
Son retour en 2021, avec trois victoires en 1 minute 30 en moyenne, a relancé les espoirs. Mais contre qui ? Des adversaires au palmarès modeste (aucun classé dans le Top 100 mondial), dans des organisations secondaires comme EFC Worldwide ou Brave CF. Suffisant pour attirer l’UFC, où le nom "Topuria" ouvre des portes, mais insuffisant pour convaincre. Son premier combat sous la bannière Dana White, en septembre 2023 contre Colby Thicknesse (alors 0-2 en UFC), s’est soldé par une victoire par décision unanime… et une question persistante : "Est-il à sa place ici ?"
Le problème ? Aleksandre combat dans l’ombre d’Ilia, et chaque comparatif lui est défavorable. Là où le cadet enchaîne les performances spectaculaires (14 KO en 15 combats), l’aîné affiche un style plus technique, moins explosif, avec seulement 2 KO en 10 victoires. "Il a les mêmes bases en sambo et en lutte, mais il manque cette étincelle qui fait les grands", analyse Fernando Lopez, commentateur pour UFC España. Pire : certains fans le surnomment déjà "Topuria Light", une étiquette qu’il devra arracher ce samedi.
Bekzat Almakhan : l’examen de passage ou le mur infranchissable ?
Ce week-end à Doha, Aleksandre Topuria n’aura pas droit à l’erreur. En face, Bekzat Almakhan (13-3, 52e mondial), un Kazakhstanais de 28 ans, incarne tout ce qu’il n’a pas encore affronté : un striker redoutable (7 KO en 13 victoires), une expérience contre des noms connus (défaite face à Umar Nurmagomedov en 2022), et une résistance à toute épreuve (seulement 1 KO subi en 16 combats). "C’est le premier vrai test de sa carrière en UFC. S’il gagne, on pourra enfin parler de lui sans mentionner Ilia", estime Nicolas Dalby, combattant UFC et analyste pour EuroSport.
Les bookmakers donnent Topuria légèrement favori (1.75 contre 2.10 pour Almakhan), mais les statistiques racontent une autre histoire :
- Striking : Almakhan atterrit 6,2 coups significatifs par minute (contre 4,8 pour Topuria).
- Défense : Le Kazakhstanais encaisse seulement 3,1 coups par minute (Topuria : 4,5).
- Endurance : Almakhan a disputé 5 combats en 5 rounds (2-3), preuve d’une condition physique à toute épreuve.
La clé du combat ? La gestion du premier round. Topuria, souvent lent à démarrer (il a perdu le 1er round dans 3 de ses 5 derniers combats), ne peut se permettre de laisser Almakhan prendre l’ascendant. "Il doit sortir de sa coquille dès la cloche. Sinon, il va se faire submerger par le volume de frappes", avertit son entraîneur, Giorgi Kiknadze, de la Topuria Fight Team (ironie du sort, le même gym qu’Ilia).
"Je ne suis pas mon frère" : la pression d’un combat pour l’identité
Dans les coulisses de l’UFC, on murmure qu’Aleksandre Topuria aurait pu bénéficier d’un "push" accéléré grâce à son nom. Une rumeur qu’il balaye d’un revers : "Personne ne m’a offert quoi que ce soit. J’ai dû gagner ma place comme tout le monde. La différence, c’est que moi, je dois faire deux fois plus pour qu’on me respecte." Une déclaration qui résume son état d’esprit avant ce combat le plus important de sa carrière.
Car au-delà des classements, c’est bien son avenir dans l’UFC qui se joue :
- Si victoire : Une place dans le Top 15 des -61 kg, et peut-être un combat contre un nommé comme Kai Kara-France ou Matheus Nicolau.
- Si défaite : Un retour aux prelims, voire un licenciement pur et simple. "L’UFC ne garde pas les combattants pour leur nom, mais pour leurs performances", rappelle Sean Shelby, matchmaker de l’organisation.
Reste une question : et si, finalement, Aleksandre Topuria n’était pas fait pour l’UFC ? Certains, comme l’ancien champion Henry Cejudo, n’y vont pas par quatre chemins : "Il a 29 ans, un style moyen, et il affronte déjà un top 50. Soit il se réveille maintenant, soit il disparaîtra dans six mois." Une pression supplémentaire pour un homme qui, malgré les apparences, porte bien plus que son propre héritage.
Doha, act 1 : le scénario idéal (et le cauchemar)
Le rêve ? Un combat où Topuria étoufferait Almakhan au sol dès le 2e round, comme il l’a fait contre Thicknesse (3 takedowns en 15 minutes). Une victoire par soumission (sa spécialité, avec 4 taps en carrière) qui ferait taire les sceptiques. "S’il gagne par soumission, tout le monde devra admettre qu’il a sa place ici", estime Laura Sanko, commentatrice UFC.
Le cauchemar ? Un scénario à la Colby Covington vs. Leon Edwards (UFC 296) : Almakhan domine les échanges debout, Topuria s’épuise à tenter des takedowns, et finit par s’incliner par décision unanime, sous les huées du public. "Ce serait la pire issue possible. Il deviendrait 'l’autre Topuria' pour de bon", craint un proche de son équipe.
Entre ces deux extrêmes, une troisième voie : une victoire controversée, comme celle de Geoff Neal contre Stephen Thompson en 2023. Un résultat qui maintiendrait Topuria dans l’UFC… mais sans jamais effacer le doute. "Dans ce sport, soit tu t’imposes, soit tu disparais. Il n’y a pas de milieu", résume Dana White, président de l’UFC.
Pour les fans, c’est aussi l’occasion de répondre à une question fascinante : et si le vrai Topuria, ce samedi, n’était pas celui qu’on attend ?

