UFC 322 : une masterclass qui entre dans la légende
Le 2 mars 2024, lors de l’UFC 322 à Las Vegas, Valentina Shevchenko a offert une démonstration de MMA pur, dominant Zhang Weili — alors invaincue en mouche — par décision unanime (50-45, 50-45, 50-44). Un combat où la Kirghize a étalé tout son arsenal : précision chirurgicale en striking, contrôle au sol implacable, et une gestion du pace digne d’une vétérane. C’était comme regarder une partie d’échecs en accéléré, où chaque mouvement de Shevchenko avait trois coups d’avance, résumait le commentateur Jon Anik, subjugué.
Cette victoire n’était pas qu’une autre ligne à son palmarès. En remportant son 11ème combat de titre (un record partagé avec Amanda Nunes), Shevchenko a scellé son statut de reine incontestée de la catégorie des mouches — une division qu’elle domine depuis 2018. Pourtant, c’est bien au-delà des chiffres que son héritage se construit. Contrairement à Nunes, dont le règne fut marqué par des KO explosifs, Shevchenko impose un style méthodique, presque scientifique, où chaque coup semble calculé pour briser l’adversaire psychologiquement avant physiquement.
Zhang Weili, pourtant réputée pour sa résistance et son agressivité, n’a jamais trouvé de solution. Je me sentais comme si j’affrontais un mur… un mur qui bougeait et me frappait à chaque ouverture, avouait-elle en conférence de presse. Une métaphore parfaite pour décrire le règne de Shevchenko : une forteresse mobile, aussi imprévisible qu’inarrêtable.
Shevchenko vs. Nunes : le duel des légendes qui divise les fans
Le débat sur la plus grande combattante de tous les temps (GOAT) oppose depuis des années deux monstres sacrés : Amanda Nunes, double championne (coqs et plumes) et détentrice de victoires contre Cris Cyborg et Ronda Rousey, et Valentina Shevchenko, dont la longévité et la technique redéfinissent l’excellence. Pourtant, un détail pèse lourd dans la balance : Nunes mène 2-0 dans leurs confrontations directes (2016 et 2020).
Mais le contexte change tout. Leur premier combat, en 2016, vit Shevchenko, alors novice à l’UFC, s’incliner aux points après trois rounds serrés. Quatre ans plus tard, leur revanche pour le titre des plumes (que Nunes défendait) fut l’un des combats les plus disputés de l’histoire, avec une décision partagée (48-47, 47-48, 48-47) en faveur de la Brésilienne. Si on refait ce combat dix fois, Valentina en gagne sept, estimait le coach de Shevchenko, Pavel Fedotov, soulignant les progrès fulgurants de sa protégée.
Aujourd’hui, la question n’est plus seulement qui a gagné ?, mais qui domine son époque ? Nunes a marqué l’histoire en écrasant deux divisions et en battant des icônes, mais son règne s’est achevé en 2022 après des défaites contre Julianna Peña et une retraite surprise. Shevchenko, elle, règne toujours, avec une série de 9 victoires consécutives en titre (dont des succès contre Alexa Grasso et Manon Fiorot), et un niveau technique qui semble s’améliorer avec l’âge — un exploit rare en MMA.
Les arguments des sceptiques : certains puristes rappellent que Nunes a affronté des adversaires plus légendaires (Cyborg, Rousey, Holm), là où Shevchenko a construit son règne face à des combattantes de l’ère moderne, moins médiatisées. Valentina est incroyable, mais Amanda a fait tomber des géantes. C’est comme comparer un architecte à un démolisseur : les deux sont essentiels, mais ils ne font pas le même travail, nuancait le journaliste Ariel Helwani.
"Bully" : le surnom qui résume une philosophie de combat
Valentina Shevchenko n’est pas seulement une athlète : c’est une stratège. Son surnom, "Bully" (la brute), peut prêter à sourire pour une femme mesurant 1,68 m, mais il résume à lui seul son approche. Je ne veux pas juste gagner. Je veux que mon adversaire sache, à chaque seconde, qu’elle n’a aucune chance, confiait-elle en 2021. Une philosophie qui transparaît dans ses combats :
- Le striking : une précision de sniper, avec 58 % de strikes significatifs réussis (l’une des meilleures statistiques de l’UFC).
- Le grappling : 5 soumissions en carrière, dont un armbar légendaire contre Jessica Eye en 2019.
- L’adaptabilité : capable de switcher entre boxe, muay-thaï et lutte en milieu de round.
Derrière cette machine de guerre se cache une femme discrète et travailleuse. Originaire du Kirghizistan, Shevchenko a grandi dans un pays où le MMA féminin était quasi inexistant. Quand j’ai commencé, les gens riaient. Aujourd’hui, des petites filles kirghizes me disent qu’elles veulent être comme moi. Ça n’a pas de prix, partageait-elle émue après sa victoire à l’UFC 322.
Son entraînement, basé en Thaïlande (au Tiger Muay Thai), est réputé pour son intensité. 6 heures par jour, 6 jours sur 7, avec des sessions de sparring contre des partenaires masculins — une méthode qui explique sa capacité à dominer physiquement des adversaires souvent plus grandes.
Et maintenant ? Les défis qui pourraient sceller son héritage
À 36 ans, Valentina Shevchenko n’a pas l’intention de prendre sa retraite. Plusieurs noms circulent pour son prochain combat, chacun représentant un test différent :
- Erin Blanchfield (22 ans, 12-1) : la jeune prodige américaine, invaincue à l’UFC, incarne la relève. Un combat old school vs. new school qui ferait saliver les fans.
- Talia Santos (34 ans, 19-2) : la Brésilienne, spécialiste du jiu-jitsu, avait poussé Shevchenko aux limites en 2022 (victoire partagée). Une revanche serait explosive.
- Manon Fiorot (34 ans, 11-1) : la Française, star montante, rêve d’un rematch après sa défaite en 2023. Je sais comment la battre maintenant, assurait-elle récemment.
Mais le scénario le plus folle ? Un retour d’Amanda Nunes pour un superfight à 135 lbs (poids coqs), où Shevchenko monterait de catégorie pour un troisième acte. Si Dana White me le propose avec une bonne préparation, pourquoi pas ? Les fans méritent cette trilogie, lançait Shevchenko en conférence de presse, un sourire en coin.
Enfin, l’ombre de Kayla Harrison (16-1), double championne olympique de judo et star du PFL, plane sur les discussions. Si Nunes devait affronter Harrison (un combat évoqué pour 2025), une victoire de la Brésilienne relancerait le débat GOAT… à moins que Shevchenko ne vole définitivement la vedette en battant, elle aussi, l’Américaine.
L’héritage de Shevchenko : bien plus qu’un record
Au-delà des statistiques, Valentina Shevchenko a changé la perception du MMA féminin. Dans les années 2010, les combats de femmes étaient souvent relégués en prelims (combats préliminaires), avec des critiques sur leur "manque de spectacle". Aujourd’hui, grâce à des athlètes comme elle, Nunes ou Zhang Weili, les cartes principales (main events) féminins sont monnaie courante, et les records d’audience explosent.
Son influence dépasse même l’octogone. En 2023, elle a lancé la Valentina Shevchenko Foundation, visant à promouvoir le sport chez les jeunes filles en Asie centrale. Le MMA m’a sauvée. Je veux offrir cette chance à d’autres, expliquait-elle. Une démarche qui contraste avec l’image de "tueuse froide" qu’on lui colle parfois.
Alors, GOAT ou pas ? Les puristes attendront peut-être une trilogie contre Nunes ou une victoire contre Harrison pour trancher. Mais une chose est sûre : Valentina Shevchenko a déjà écrit l’une des plus grandes histoires du sport. Et si son règne se poursuit, le débat pourrait bien devenir… obsolète.

