Un clash de légendes : quand Shevchenko s’invite dans le débat Rogan vs. Rousey
L’univers du MMA adore les polémiques, mais celle-ci a de quoi surprendre. Alors que Valentina Shevchenko devrait être focalisée sur son combat contre Zhang Weili pour le titre des poids mouches à l’UFC 322, la championne a choisi de s’immiscer dans une querelle qui agite les réseaux sociaux depuis des semaines : les critiques de Ronda Rousey envers Joe Rogan. Dans une interview accordée à MMA Fighting, Shevchenko n’y est pas allée par quatre chemins : « Joe est un vrai expert. Il a dédié sa vie aux arts martiaux, bien avant d’être un commentateur. Le respecter, c’est respecter le sport lui-même. »
Les propos de Rousey, qui avait accusé Rogan de « surf sur la vague du MMA » sans en comprendre les subtilités, ont visiblement touché une corde sensible chez Shevchenko. Pour elle, ces attaques sont non seulement injustes, mais aussi dangereuses pour l’image du sport : « Critiquer Joe, c’est comme critiquer un professeur parce qu’il n’est plus en âge de monter sur le tatami. Sa légitimité ne se mesure pas à ses derniers combats, mais à son engagement sur le long terme. » Une réponse qui rappelle que Shevchenko, elle-même, incarne cette persévérance : 30 ans de pratique, un palmarès débuté à l’âge de 5 ans, et un premier titre mondial en MMA conquis en 2003, à une époque où les femmes étaient encore des intruses dans l’octogone.
Pourtant, Shevchenko n’est pas du genre à jeter l’opprobre sur Rousey. Bien au contraire : « Ronda a ouvert des portes pour nous toutes. Sans elle, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. » Un hommage qui contraste avec la fermeté de sa défense de Rogan. Cette dualité – admiration pour Rousey, soutien sans faille à Rogan – révèle une philosophie plus large : dans le MMA, les légendes se construisent autant par les coups portés que par les valeurs défendues.
Joe Rogan : bien plus qu’un commentateur, un « ambassadeur » des arts martiaux
Pour comprendre la réaction de Shevchenko, il faut plonger dans le parcours de Joe Rogan. Bien avant de devenir la voix emblématique de l’UFC, Rogan était un compétiteur acharné : ceinture noire de taekwondo à 15 ans, champion de kickboxing en Massachusetts, et pratiquant assidu de jujitsu brésilien. Des credentials que Shevchenko connaît parfaitement, elle qui a grandi dans le même milieu : « Joe a vécu ce que nous vivons. Il sait ce que signifie se lever à 5h du matin pour s’entraîner, doubler les séances, ou gérer la pression avant un combat. »
Mais au-delà de son expérience, c’est le rôle de Rogan en dehors de l’octogone que Shevchenko veut mettre en lumière. À travers son podcast The Joe Rogan Experience, il a popularisé les arts martiaux auprès d’un public bien plus large que celui des fans de MMA. « Il a éduqué des millions de personnes sur les techniques, la philosophie, et même la science derrière les combats, explique-t-elle. C’est ça, être un modèle : inspirer sans forcément être sous les projecteurs. »
Face à ceux qui lui reprochent de ne plus être un combattant actif, Shevchenko rétorque avec une question rhétorique : « Est-ce qu’un professeur de musique doit être un virtuose pour enseigner ? Non. Il doit comprendre la musique. Joe, lui, comprend les arts martiaux mieux que 99% des gens. » Une comparaison qui résume sa pensée : la légitimité ne se réduit pas à un palmarès, mais à une compréhension profonde du sport.
Shevchenko, Rousey, et la question qui fâche : qui est la « plus grande » ?
Interrogée sur le débat récurrent – « Qui est la plus grande combattante de l’histoire ? » –, Shevchenko a esquivé avec élégance. « Ces discussions n’ont aucun sens, a-t-elle déclaré. Ronda a dominé son époque, j’ai dominé la mienne. Comparer, c’est comme demander si un tigre est plus fort qu’un lion : ils évoluent dans des environnements différents. »
Pourtant, son refus de participer à ce classement n’est pas une fuite. C’est une déclaration d’intention : dans un sport où l’ego est souvent roi, Shevchenko préfère mettre en avant les contributions plutôt que les titres. « Ce qui compte, c’est ce qu’on laisse derrière soi. Ronda a changé le MMA féminin. Moi, j’ai essayé de le professionnaliser. Joe, lui, l’a démocratisé. » Une vision qui tranche avec l’individualisme ambiant, et qui explique pourquoi sa défense de Rogan a résonné aussi fort.
D’ailleurs, son intervention n’est pas sans arrière-pensée stratégique. À quelques jours de son combat contre Zhang Weili, une rivalité qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, Shevchenko envoie un message clair : elle ne se laisse pas distraire par les polémiques, mais elle ne reste pas silencieuse non plus quand il s’agit de défendre ce en quoi elle croit. « Je me concentre sur mon combat, bien sûr, mais si quelqu’un attaque les fondements de notre sport, je réagirai. Toujours. »
Derrière les gants : Shevchenko, une philosophe des arts martiaux
Ce qui frappe dans les prises de position de Valentina Shevchenko, c’est leur cohérence avec son parcours. Née au Kirghizistan, élevée dans une famille où les arts martiaux étaient une religion, elle a grandi avec une vision presque spirituelle du combat. « Pour moi, le MMA n’est pas qu’un sport. C’est une école de vie. On y apprend l’humilité, le respect, et surtout, à se relever. »
Son attachement à Rogan s’inscrit dans cette logique. « Joe incarne ces valeurs, affirme-t-elle. Il a connu les défaites, les doutes, et il en parle ouvertement. Ça, c’est rare dans notre milieu, où tout le monde veut montrer qu’il est invincible. » Une référence voilée aux excès d’ego qui gangrènent parfois le MMA, et contre lesquels Shevchenko se bat depuis des années.
D’ailleurs, son respect pour Rogan va jusqu’à une forme d’identification. Comme lui, elle a dû se battre pour imposer sa légitimité : lui en tant qu’expert « non-combattant », elle en tant que femme dans un monde d’hommes. « On nous a tous les deux dit, à un moment, que nous n’étions pas à notre place. Joe avec son podcast, moi avec mes titres. Pourtant, regardez où nous en sommes. »
Cette connexion explique pourquoi sa défense de Rogan a été si passionnée. Ce n’était pas seulement une réponse à Rousey : c’était un plaidoyer pour une certaine idée des arts martiaux, où la transmission et le respect priment sur les clivages. « Le MMA grandit quand on célèbre ses figures, pas quand on les divise », résume-t-elle.
UFC 322 : un combat dans l’octogone, une bataille d’idées en dehors
Alors que l’UFC 322 approche, l’intervention de Shevchenko ajoute une couche de tension narrative au combat contre Zhang Weili. Car si les deux femmes s’affrontent pour le titre des poids mouches, leurs visions du MMA semblent, elles aussi, en opposition. Là où Shevchenko prône le respect des aînés et des figures historiques, Zhang incarne une nouvelle génération, plus axée sur la performance pure et la domination technique.
« Je ne combattras pas Zhang en pensant à Joe ou à Ronda, précise Shevchenko. Mais si ma victoire peut rappeler à tout le monde l’importance de l’héritage, alors tant mieux. » Une déclaration qui montre que, pour elle, chaque combat est une opportunité de transmettre un message. Et celui contre Zhang Weili, avec son lot de symboles (la vieille garde vs. la nouvelle ère, l’Europe vs. l’Asie, la technique vs. la puissance), s’annonce comme bien plus qu’un simple choc sportif.
Reste une question : cette polémique aura-t-elle un impact sur sa préparation ? Shevchenko balaye l’idée d’un revers de main. « Au contraire, ça me motive. Quand je vois des gens comme Joe être critiqués à tort, ça me rappelle pourquoi j’aime ce sport. Pour les valeurs, pas pour les clashs. » Une réponse qui, une fois de plus, la place au-dessus de la mêlée. Car si le MMA adore les controverses, Shevchenko, elle, préfère en faire des leçons.
Et si l’UFC 322 devait être le théâtre d’un nouveau sacre, ce serait aussi celui d’une certaine idée du MMA – celle où les légendes, qu’elles soient dans l’octogone ou derrière un micro, méritent d’être célébrées. Quant à Ronda Rousey, elle qui a révolutionné le MMA féminin, elle aurait peut-être tout à gagner à écouter les mots de Shevchenko : après tout, le respect, comme les soumissions, se mérite.

