Rio s’embrase : Le retour d’un monument du MMA brésilien
Quand l’UFC pose ses valises à Rio de Janeiro, c’est toujours un événement. Mais cette fois, l’enjeu dépasse le simple spectacle : c’est une question de réhabilitation, de légende, et peut-être même de renaissance. Charles Oliveira, l’enfant chéri du Brésil, l’homme aux 11 records UFC (dont le plus grand nombre de soumissions et de victoires par finition), revient sur le devant de la scène après deux défaites infligées par le même homme : Islam Makhachev. Face à lui, Mateusz Gamrot, le Polonais méthodique, invaincu depuis près de quatre ans, et déterminé à prouver qu’il mérite sa place parmi les géants des poids légers.
Le Ginásio do Ibirapuera va trembler. Pas seulement à cause des 15 000 fans brésiliens prêts à hurler pour leur idole, mais parce que ce combat est un clash de philosophies. D’un côté, Oliveira, l’artiste imprévisible, capable de terminer un combat d’un coup de pied tournant ou d’un étranglement en quelques secondes. De l’autre, Gamrot, l’ingénieur du MMA, qui construit ses victoires brique par brique, takedown après takedown, contrôle après contrôle. Qui l’emportera : le génie ou la machine ?
"Do Bronx" sous pression : Peut-il encore rêver du titre ?
Deux défaites contre Makhachev. Deux fois, Oliveira a buté sur le même obstacle, deux fois il a dû regarder le Russe s’éloigner avec la ceinture. Pour un combattant qui a dominé la division avec 11 victoires en 13 combats entre 2018 et 2022, dont un règne de champion, la chute est brutale. Pourtant, ceux qui doute de Do Bronx oublient un détail : avant Makhachev, Oliveira était inarrêtable. 10 victoires d’affilée, dont 8 par finition (5 soumissions, 3 KOs). Un style hybride, mêlant un jab dévastateur, des low kicks vicieux, et un jiu-jitsu noir ceinturé par Diego Lima (l’un des entraîneurs les plus respectés du Brésil).
Mais depuis ses défaites, les questions fusent : Oliveira a-t-il perdu un pas ? Son mental est-il toujours aussi solide ? À 34 ans, est-il déjà en déclin ? "Je ne lutte pas pour l’argent ou la gloire, je lutte pour mon héritage", a-t-il déclaré en conférence de presse. Des mots lourds de sens, qui rappellent que ce combat contre Gamrot n’est pas qu’une simple étape – c’est un test de survie. Une victoire, et il reste dans la course. Une défaite, et le chemin vers un troisième règne devient presque impossible.
Petit détail qui compte : Oliveira n’a jamais perdu au Brésil. En 10 combats sur son sol natal, 10 victoires, dont 7 par finition. Une statistique qui, même si elle ne garantit rien, ajoute une pression supplémentaire sur les épaules de Gamrot.
Gamrot, l’anti-star qui veut tout casser
Mateusz Gamrot n’a pas le charisme d’un Conor McGregor ou la folie d’un Jorge Masvidal. Il ne cherche pas les clashs verbaux, ne multiplie pas les interviews tape-à-l’œil. Non, Gamrot, c’est l’anti-star : un homme calme, méthodique, qui préfère laisser son jeu parler pour lui. Et pourtant, son palmarès est impressionnant : 23 victoires, seulement 3 défaites (dont deux contre Gael Grimaud en 2017 et 2018, avant son arrivée à l’UFC). Depuis 2020 ? Invaincu. Avec des victoires contre des noms comme Jalin Turner (un striker explosif), Arman Tsarukyan (un grappler redoutable), ou encore Beneil Dariush (un vétéran expérimenté).
Son arme secrète ? Le contrôle. Gamrot ne cherche pas le KO spectaculaire. Il veut étouffer ses adversaires, les user, les dominer minute après minute. Son taux de takedowns réussis (47%) et son top control (il passe en moyenne 5 minutes par combat en position dominante) en font un cauchemar pour les strikeurs. Face à Oliveira, sa stratégie est claire : éviter les échanges debout, amener le combat au sol, et imposer son rythme. Facile à dire, moins à faire contre un Brésilien qui a soumis 20 adversaires dans sa carrière.
Fun fact : Gamrot est aussi un ancien pompier. Une carrière qu’il a dû abandonner pour se consacrer au MMA, mais qui explique peut-être sa mentalité de "sauveur" – il adore venir en aide à ses coéquipiers, et déteste laisser un combat lui échapper.
Le matchup : Où le combat va-t-il se jouer ?
Sur le papier, ce combat est un cauchemar pour les bookmakers. Oliveira a l’avantage en striking (6,5 coups significatifs/minute, contre 4,1 pour Gamrot), en distance (son allonge de 188 cm contre 175 cm pour le Polonais), et en expérience des grands combats. Mais Gamrot a l’avantage en grappling (47% de takedowns, contre 38% pour Oliveira), en endurance (il n’a jamais été KO’ed), et en stratégie (il s’adapte mieux en cours de combat).
Alors, où va se jouer la différence ?
- Debout : Oliveira a le dessus, mais Gamrot n’est pas un mauvais strikeur. Il a un bon jab et des coups de pied bas efficaces. S’il arrive à fermer la distance sans se faire contrer, il pourrait surprendre.
- Au sol : Si Gamrot arrive à amener Oliveira au tapis, le combat change radicalement. Mais attention : Oliveira a un jiu-jitsu noir, et 19 de ses 34 victoires sont venues par soumission.
- Mental : Oliveira a perdu ses deux derniers combats. Gamrot est invaincu depuis 4 ans. Qui craquera en premier sous la pression ?
Prédiction des experts : Les analystes sont divisés. 55% penchent pour Oliveira (sa puissance et son expérience), mais 45% croient en Gamrot (son grappling et sa régularité). Un combat qui pourrait bien se jouer aux détails – une erreur d’Oliveira, une ouverture de Gamrot, et tout bascule.
Derrière les coulisses : Ce que vous ne savez (peut-être) pas
Oliveira a failli ne pas combattre à Rio. Initialement prévu pour affronter Michael Chandler en avril, le Brésilien a dû déclarer forfait à cause d’une blessure au biceps. Une frustration énorme pour lui, qui rêvait de combattre devant ses fans. Quand l’UFC lui a proposé Gamrot à Rio, il n’a pas hésité une seconde : "C’est un signe. Je dois me racheter chez moi."
Gamrot a refusé un combat plus "facile". Avant d’accepter Oliveira, l’UFC lui avait proposé un affrontement contre Rafael Fiziev, alors classé n°7. Une option plus sûre, mais moins prestigieuse. Sa réponse ? "Je veux les meilleurs. Si je veux être champion, je dois battre les légendes." Un état d’esprit qui force le respect.
Les deux hommes se respectent… mais ne s’aiment pas. Lors des conférences de presse, les échanges ont été froids. Pas d’insultes, pas de provocations, mais une tension palpable. Oliveira a même lancé : "Il parle trop de tactique. Moi, je frappe fort. On verra qui a raison samedi." Gamrot, lui, a simplement souri : "Les mots ne gagnent pas les combats."
Et après ? Les scénarios possibles
Si Oliveira gagne :
- Il se replace dans la course au titre, même si Makhachev reste un mur infranchissable pour l’instant.
- Un combat contre Justin Gaethje ou Dustin Poirier pourrait être next – deux noms qui garantiraient un Fight of the Night.
- Il deviendrait le premier combattant à 12 victoires en UFC au Brésil, un record.
Si Gamrot gagne :
- Il entre dans le top 5 mondial, avec une victoire contre un ancien champion.
- Un combat contre Islam Makhachev pour le titre pourrait être envisagé… même si le Russe semble intouchable.
- Il deviendrait le premier Polonais à battre un top 3 des poids légers, un exploit historique.
Dans les deux cas, le gagnant se rapproche du titre… mais Makhachev reste l’ombre qui plane sur la division. "Le roi est mort, vive le roi ?" Pas encore. Le Dagestanais règne toujours, et il faudra plus qu’une victoire à Rio pour le déloger.

