Un classement poids-por-peso en pleine ébullition
Le monde du MMA retient son souffle à chaque mise à jour des classements UFC, et celle du 24 octobre n'a pas dérogé à la règle. Si les changements restent mineurs en apparence, ils révèlent des dynamiques profondes au sein de l'organisation. Mackenzie Dern, figure emblématique du jiu-jitsu brésilien et championne des poids-paille (52 kg), en a fait les frais. Sans avoir combattu depuis octobre 2023 – date de sa victoire contre Virna Jandiroba pour le titre –, elle a été devancée par la Française Manon Fiorot dans le prestigieux classement poids-por-peso, qui regroupe les meilleurs athlètes toutes catégories confondues.
Cette rétrogradation au 6ᵉ rang illustre une réalité impitoyable : dans le MMA, l'inactivité se paie cash. Dern, malgré son palmarès impressionnant en jiu-jitsu (elle est notamment double championne du monde ADCC), n'a pas encore programmé sa première défense de titre. Pendant ce temps, Fiorot, invaincue en 11 combats professionnels, continue de gravir les échelons avec une régularité déconcertante. "C'est une question de momentum", explique un entraîneur UFC sous couvert d'anonymat. "Les juges du classement privilégient les combattants actifs, surtout quand ils enchaînent les victoires comme Fiorot."
Hulk, victime collatérale d'une défaite et d'une nouvelle génération
Le cas de Brunno "Hulk" Ferreira est encore plus révélateur des règles tacites du UFC. Le poids-moyen brésilien, qui occupait la 15ᵉ place de sa catégorie, a été purement et simplement évincé du classement après sa défaite par KO contre Gregory "Robocop" Rodrigues il y a trois semaines. Son remplaçant ? Christian Leroy Duncan, un Anglais de 30 ans qui vient d'enchaîner quatre victoires consécutives, dont une impressionnante performance contre Roman Dolidze lors de l'UFC Londres.
Pour Hulk, cette exclusion sonne comme un coup dur. À 34 ans, le Curitibain voyait dans ce classement une reconnaissance de son parcours, marqué par des victoires contre des noms comme Anthony Hernandez ou Omari Akhmedov. "C'est la loi du sport", commente le journaliste MMA Ariel Helwani. "Le UFC ne pardonne pas les défaites, surtout quand elles sont aussi nettes que celle de Hulk. Duncan, lui, arrive avec un élan que les juges ne peuvent ignorer."
Cette situation met en lumière un phénomène récurrent dans le MMA : la précarité des positions dans les classements. Contrairement à d'autres sports où les performances passées pèsent lourd, le UFC privilégie systématiquement les résultats récents. Une philosophie qui pousse les combattants à rester constamment en activité, sous peine de disparaître des radars.
Tatiana Suarez et Virna Jandiroba : le paradoxe de l'inactivité
Si Mackenzie Dern et Hulk ont été pénalisés pour leur manque de combats, le cas de Tatiana Suarez est plus surprenant. L'Américaine, inactive depuis septembre 2023, a pourtant gagné une place dans le classement poids-por-peso, passant du 11ᵉ au 10ᵉ rang. Une progression qui a directement impacté Virna Jandiroba, désormais reléguée à la 11ᵉ position.
Ce mouvement interroge sur les critères exacts utilisés par le UFC pour ajuster ses classements. Suarez, ancienne championne de lutte et spécialiste du grappling, jouit d'une réputation solide dans le milieu. Son dernier combat, une victoire par soumission contre Jéssica Andrade, reste dans les mémoires comme l'une des performances les plus dominatrices de l'année 2023. "Le UFC semble accorder un crédit particulier aux combattants qui ont un passé exceptionnel, même s'ils sont inactifs", analyse l'ancien combattant Chael Sonnen. "Suarez a un palmarès qui parle pour elle, et les juges en tiennent compte."
Pour Jandiroba, cette rétrogradation est un nouveau coup dur après sa défaite contre Dern en octobre dernier. La Bahianaise, connue pour son style agressif et son jiu-jitsu redoutable, peine à retrouver son niveau d'antan. À 36 ans, elle doit désormais prouver qu'elle mérite toujours sa place parmi l'élite, sous peine de voir d'autres combattantes comme Loopy Godinez ou Tabatha Ricci lui passer devant.
Manon Fiorot : la Française qui bouscule l'ordre établi
L'ascension de Manon Fiorot dans le classement poids-por-peso est sans doute la nouvelle la plus marquante de cette mise à jour. La Française, qui évolue en poids-mouches (57 kg), a dépassé Mackenzie Dern pour s'installer au 5ᵉ rang, une performance d'autant plus remarquable qu'elle n'a jamais combattu pour un titre UFC.
Fiorot, 34 ans, est une véritable anomalie dans le paysage du MMA. Ancienne handballeuse de haut niveau, elle a découvert les arts martiaux mixtes sur le tard, à 28 ans, avant de s'imposer comme l'une des meilleures combattantes de sa génération. Son style, basé sur un striking précis et une défense solide, lui a permis de rester invaincue en 11 combats professionnels. "Manon a quelque chose de spécial", confie son entraîneur, Fernand Lopez. "Elle a une intelligence de combat rare, et elle progresse à chaque sortie. Le titre n'est plus qu'une question de temps."
Sa montée en puissance pose une question cruciale : jusqu'où peut-elle aller ? Avec des victoires contre des combattantes comme Katlyn Chookagian ou Jennifer Maia, Fiorot a déjà prouvé qu'elle pouvait rivaliser avec les meilleures. Reste à savoir si elle parviendra à franchir l'ultime étape et à défier la championne Valentina Shevchenko, dont le règne semble inébranlable depuis 2018.
Les classements UFC : un système à la fois transparent et opaque
Les ajustements récents des classements UFC soulèvent une question fondamentale : comment ces listes sont-elles réellement établies ? Officiellement, le UFC s'appuie sur un panel de journalistes spécialisés, qui votent chaque semaine pour déterminer les positions. Pourtant, les critères exacts restent flous, et les surprises sont fréquentes.
Certains observateurs pointent du doigt l'influence des résultats récents. "Le UFC veut des combattants actifs, qui font parler d'eux", explique le chroniqueur Luke Thomas. "C'est pourquoi des athlètes comme Fiorot ou Duncan montent si vite, alors que d'autres, comme Dern ou Hulk, stagnent ou reculent." D'autres facteurs entrent en jeu, comme la notoriété, le palmarès historique, ou même les perspectives commerciales. "Un combattant comme Conor McGregor peut rester dans le top 15 pendant des années sans combattre, simplement parce qu'il génère des revenus", ajoute Thomas.
Cette opacité frustre de nombreux combattants, qui voient leurs carrières basculer en fonction de décisions qu'ils ne comprennent pas toujours. Pour Mackenzie Dern, la leçon est claire : dans le MMA, les titres et les classements ne sont jamais acquis. "C'est un sport impitoyable", résume l'ancien champion Georges St-Pierre. "Tu peux être au sommet un jour, et disparaître le lendemain. C'est ça, la beauté et la cruauté du MMA."
Les dernières mises à jour des classements UFC rappellent une vérité fondamentale du MMA : l'inactivité est un luxe que peu de combattants peuvent se permettre. Mackenzie Dern et Brunno Hulk en ont fait les frais, tandis que Manon Fiorot et Christian Leroy Duncan profitent de leur élan pour s'imposer comme les nouvelles stars montantes de l'organisation.
Ces ajustements révèlent aussi les limites d'un système où les critères de classement restent flous. Entre performances récentes, notoriété et potentiel commercial, les combattants doivent naviguer dans un environnement où la logique sportive ne suffit pas toujours à garantir leur place.
Une chose est sûre : dans les mois à venir, les regards seront tournés vers Dern et Fiorot, dont l'affrontement pour le titre des poids-paille semble désormais inévitable. Quant à Hulk, son exclusion du top 15 pourrait bien être le déclic dont il a besoin pour revenir plus fort que jamais.

