Un verdict qui fait grincer des dents
La soirée UFC Londres s'est conclue sur un combat principal aussi intense que controversé. Movsar Evloev, combattant russe au palmarès impressionnant (18-0 en MMA avant ce soir), a officiellement battu Lerone Murphy (14-1-1) par décision partagée, offrant à ce dernier sa première défaite dans la cage. Pourtant, dès l'annonce du résultat, les huées du public et les réactions des experts ont révélé l'ampleur du désaccord. Les cartes des juges – 29-27, 28-28 et 29-27 en faveur d'Evloev – ont immédiatement été critiquées, certains estimant que le combat aurait dû se solder par un match nul, voire une victoire de Murphy.
Le troisième round a été particulièrement déterminant : Evloev a écopé d'une déduction d'un point pour avoir enfoncé son genou dans le visage de Murphy au sol, une faute rare qui a ajouté une couche supplémentaire de complexité à l'arbitrage. "C'est l'un des combats les plus serrés que j'aie jamais vus", a déclaré Mike Heck, journaliste pour MMA Fighting, lors du post-fight show. "Si on retire ce point, on se retrouve avec un 28-28 partout. Comment justifier une victoire dans ces conditions ?"
Les réseaux sociaux se sont enflammés dans les minutes suivant le verdict. Des combattants comme Michael Bisping et Dan Hardy ont exprimé leur incompréhension, tandis que des analystes comme Jed Meshew ont souligné que Murphy avait dominé les échanges debout, là où Evloev avait surtout brillé en grappling. "Murphy a été plus précis, plus actif, et il a marqué des points là où ça compte", a-t-il ajouté. "Si ce n'est pas une victoire pour lui, c'est au moins un draw."
L'ombre d'Alexander Volkanovski plane sur Evloev
Au-delà de la polémique, cette victoire propulse Movsar Evloev dans la course au titre des poids plumes. Avec un record désormais de 19-0, il se positionne comme un prétendant sérieux pour affronter Alexander Volkanovski, champion en titre depuis 2019. "Evloev a montré qu'il pouvait tenir la distance face à un adversaire de haut niveau", analyse Heck. "Mais la question reste : cette victoire controversée suffira-t-elle à convaincre le matchmaking de l'UFC ?"
Volkanovski, lui, n'a pas encore réagi publiquement, mais son équipe a déjà fait savoir qu'il était ouvert à un combat contre Evloev. "Alex a toujours voulu affronter les meilleurs, et Evloev vient de prouver qu'il en fait partie", a confié un proche du champion. Pourtant, certains observateurs estiment que l'UFC pourrait privilégier un autre prétendant, comme Ilia Topuria ou Arnold Allen, pour éviter un combat qui risquerait d'être entaché par les mêmes controverses que celui de Londres.
Evloev, de son côté, reste concentré sur son objectif. "Je ne me soucie pas des juges, je sais ce que j'ai fait dans cette cage", a-t-il déclaré en conférence de presse. "Volkanovski est le prochain, et je suis prêt." Une déclaration qui sonne comme un défi, mais qui pourrait bien se heurter à la réalité politique de l'UFC, où les victoires controversées sont rarement récompensées par un titre shot immédiat.
Luke Riley et le retour en grâce des espoirs britanniques
Si le combat principal a volé la vedette, le co-main event a également retenu l'attention. Luke Riley, jeune espoir britannique des poids coqs, a écrasé Caio Borralho par TKO au deuxième round, rappelant au monde du MMA pourquoi il était considéré comme l'un des prospects les plus excitants d'Europe. "Riley a tout ce qu'il faut pour devenir un champion", a souligné Meshew. "Il a la puissance, la technique, et surtout, cette mentalité de tueur qui manque à beaucoup de jeunes combattants."
Cette victoire pourrait bien être le tremplin dont Riley avait besoin. Après une défaite controversée face à Cody Garbrandt en 2023, il était en quête de rédemption. "Je savais que je devais revenir plus fort, et c'est ce que j'ai fait", a-t-il déclaré après le combat. Avec un record désormais de 10-2, il se rapproche des sommets de la division, et une victoire contre un top 15 pourrait lui ouvrir les portes d'un combat pour le titre.
Pourtant, Riley n'est pas le seul Britannique à avoir brillé ce soir-là. Molly McCann, bien que battue par Julija Stoliarenko, a livré un combat courageux, tandis que Paul Craig a confirmé son statut de spécialiste du grappling en soumettant Andre Muniz en moins de deux minutes. "Le MMA britannique est en pleine renaissance", estime Heck. "Entre Riley, McCann, et des vétérans comme Craig, l'UFC a tout intérêt à miser sur ces talents pour ses prochains événements en Europe."
Michael Page vs. Sam Patterson : le combat que personne ne voulait voir
Si certains affrontements ont tenu leurs promesses, celui entre Michael "Venom" Page et Sam Patterson restera dans les mémoires comme l'un des plus décevants de l'histoire récente de l'UFC. Annoncé comme un choc de styles entre le kickboxing flamboyant de Page et le jiu-jitsu de Patterson, le combat s'est transformé en une parade d'esquives et de clinchs interminables, au point que le public a hué les deux combattants à plusieurs reprises.
"C'est sans doute l'un des pires combats que j'aie jamais couverts", a lâché Meshew, visiblement frustré. "Page a passé son temps à reculer, et Patterson n'a rien tenté. À un moment, j'ai cru qu'ils allaient s'endormir dans le clinch." Les statistiques officielles reflètent cette médiocrité : seulement 38 coups significatifs en trois rounds, dont 22 pour Page, qui a pourtant la réputation d'être l'un des strikers les plus explosifs de la division.
Pour Page, ce combat pourrait bien marquer un tournant dans sa carrière. Après une série de défaites face à des adversaires comme Derek Brunson et Kevin Holland, il était censé rebondir face à un adversaire moins dangereux. Au lieu de cela, il a offert une performance timorée, relançant les questions sur son avenir dans la cage. "Si Page ne se réveille pas rapidement, l'UFC pourrait bien le lâcher", prédit Heck. "Il a le talent, mais il manque cruellement de cœur."
Patterson, de son côté, n'a guère fait mieux. Malgré une victoire par décision unanime, il n'a convaincu personne, et son manque d'agressivité a déçu les fans. "C'est le genre de combat qui donne une mauvaise image au MMA", a tweeté Joe Rogan après la soirée. "Deux gars qui se regardent sans rien faire pendant 15 minutes, c'est inacceptable."
Mason Jones vs. Axel Sola : le combat de l'année se joue à Londres
Alors que certains combats ont déçu, celui entre Mason Jones et Axel Sola a électrisé la salle et pourrait bien figurer parmi les meilleurs de l'année. Les deux hommes se sont livrés une guerre totale, échangeant coups pour coups dans un affrontement qui a vu Jones l'emporter par décision unanime (29-28, 29-28, 30-27). "C'est exactement le genre de combat qui rappelle pourquoi on aime ce sport", s'est exclamé Heck. "Du sang, de la sueur, et deux gars qui refusent de lâcher."
Jones, spécialiste du muay-thaï, a dominé les premiers rounds avec ses low kicks dévastateurs, mais Sola a riposté dans le troisième, envoyant Jones au tapis avec un crochet du droit. "J'ai cru que c'était fini", a avoué Jones après le combat. "Mais je me suis souvenu de tout ce pour quoi je me bats, et j'ai trouvé la force de me relever." Une résilience qui a marqué les esprits et qui pourrait bien lui valoir une place dans le top 15 de la division.
Pour Sola, ce combat est une belle carte de visite. Malgré la défaite, il a prouvé qu'il pouvait tenir tête à un adversaire de haut niveau, et son agressivité a conquis le public. "Je savais que ce serait difficile, mais je ne voulais pas reculer", a-t-il déclaré. "La prochaine fois, je reviendrai plus fort."
Ce combat a également relancé le débat sur la durée des rounds en MMA. Certains fans et combattants estiment que cinq rounds seraient plus adaptés pour des affrontements aussi intenses, permettant aux athlètes de se donner à fond sans craindre de manquer de temps. "Avec cinq rounds, Jones et Sola auraient pu nous offrir encore plus de spectacle", estime Daniel Cormier, ancien champion des poids lourds. "C'est le genre de combat qui mérite d'être prolongé."
L'UFC Londres restera dans les annales comme une soirée à la fois électrisante et frustrante. D'un côté, des combats comme celui entre Mason Jones et Axel Sola ont rappelé pourquoi le MMA est un sport si captivant. De l'autre, des performances décevantes comme celle de Michael Page et Sam Patterson ont laissé un goût amer aux fans.
Mais c'est bien le combat principal qui aura marqué les esprits. La victoire controversée de Movsar Evloev face à Lerone Murphy soulève des questions sur l'arbitrage et les critères de jugement en MMA. Si l'UFC veut éviter de nouvelles polémiques, il faudra peut-être revoir la formation des juges ou introduire des technologies comme le score instantané pour limiter les erreurs. Une chose est sûre : cette soirée a montré que le MMA européen est en pleine ascension, avec des talents comme Luke Riley et Mason Jones prêts à bousculer la hiérarchie.
Enfin, alors que les projecteurs se tournent désormais vers les prochains événements, une question persiste : Movsar Evloev obtiendra-t-il enfin sa chance pour le titre ? Si l'UFC décide de lui accorder un combat contre Alexander Volkanovski, ce ne sera pas seulement une opportunité pour le Russe, mais aussi un test pour la crédibilité de la promotion. Car dans un sport où chaque décision compte, les controverses comme celle de Londres ne font que renforcer l'importance de la transparence et de l'équité.

