L’Octogone transformé en scène de crise : quand un coup bas tourne au cauchemar
Samedi soir, lors des préliminaires de l’UFC 326, le combat entre Cody Garbrandt et Xiao Long a basculé dans l’absurde. À peine quelques secondes après le début du troisième round, Xiao a asséné un coup bas si violent que Garbrandt, ancien champion des poids coqs de l’UFC, s’est effondré sous la douleur. L’arbitre Herb Dean a immédiatement interrompu le combat, déclenchant une séquence aussi rare que déstabilisante : Garbrandt, incapable de se relever, a vomi dans un seau apporté en urgence dans l’Octogone.
Les images n’ont pas été diffusées sur le direct CBS-Paramount+, mais des photos ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, montrant Garbrandt penché au-dessus du seau, visiblement en détresse. L’incident a immédiatement soulevé une question cruciale : pourquoi le combat n’a-t-il pas été arrêté ? Selon les règles standard du MMA, l’expulsion de fluides corporels en plein combat – qu’il s’agisse de vomi, de sang ou autre – entraîne généralement une défaite par TKO technique pour le combattant concerné. Pourtant, Dean a choisi de laisser le combat se poursuivre, une décision qui a divisé les observateurs.
John McCarthy entre en scène : l’art subtil de l’arbitrage en MMA
Face à la polémique, l’ancien officiel légendaire John McCarthy, souvent surnommé "Big John" pour son rôle pionnier dans l’élaboration des règles du MMA moderne, est intervenu sur Twitter pour défendre la décision de Dean. Dans une série de tweets détaillés, McCarthy a expliqué que la situation avait été gérée "magnifiquement" par Dean et le médecin de la Nevada State Athletic Commission présent en bord de cage.
"Cody a été victime d’un coup illégal, et Herb a appelé un temps mort. Cody disposait de cinq minutes pour récupérer, conformément aux règles. Un seau a été apporté car il se sentait nauséeux à cause du coup bas. Il a effectivement vomi, ce qui a rendu indispensable l’intervention du médecin pour évaluer s’il pouvait continuer. Comme le combat en était au troisième round d’un match en trois rounds, le médecin a autorisé la reprise. Herb a alors retiré un point à Xiao pour le coup bas et a relancé le combat."
McCarthy a souligné une distinction cruciale : si Garbrandt avait vomi à la suite d’un coup légal, Dean aurait été contraint de déclarer une victoire par TKO pour Xiao. Mais comme l’incident s’est produit pendant une pause due à un coup illégal, les règles offraient une plus grande flexibilité. Cette nuance, souvent méconnue du grand public, illustre la complexité de l’arbitrage en MMA, où chaque détail compte.
Des précédents troublants : quand le corps des combattants trahit les règles
L’incident de Garbrandt n’est pas le premier à mettre en lumière les limites physiques des combattants et les zones grises des règlements. En juin 2017, lors d’un combat entre Felice Herrig et Justine Kish, cette dernière a subi un accident bien plus embarrassant : elle a fait ses besoins dans l’Octogone. Contrairement à Garbrandt, Kish n’a pas été déclarée perdante, et Herrig a remporté le combat par décision unanime. Pourtant, cet épisode a marqué les esprits et relancé les débats sur la gestion des fluides corporels en combat.
D’autres cas de vomissements en plein combat existent, mais ils restent exceptionnels. En 2015, lors d’un événement de la Bellator, le combattant Brandon Halsey a vomi après un coup au foie, entraînant une défaite par TKO. La différence ? Halsey avait été touché par un coup légal, ce qui a simplifié la décision de l’arbitre. Ces exemples montrent à quel point les règles du MMA, bien que précises, doivent s’adapter à des situations aussi imprévisibles qu’humiliantes pour les combattants.
La Nevada State Athletic Commission : un acteur invisible mais décisif
Derrière chaque décision arbitrale se cache l’ombre des commissions athlétiques, ces organismes qui supervisent les événements de MMA et veillent au respect des règles. Dans le cas de Garbrandt, c’est la Nevada State Athletic Commission (NSAC) qui a joué un rôle clé. Le médecin présent en bord de cage a évalué l’état de Garbrandt et a estimé qu’il pouvait continuer, malgré son vomissement. Cette décision, bien que controversée, s’inscrit dans une logique de protection des combattants : éviter une défaite injuste pour un incident causé par un coup illégal.
La NSAC est connue pour son approche stricte, notamment en matière de commotions cérébrales et de blessures graves. En 2019, elle a suspendu le combattant Anderson Silva après qu’il a échoué à un test de cognition post-combat, une première dans l’histoire de l’UFC. Pourtant, dans le cas de Garbrandt, la commission a fait preuve de souplesse, soulignant que chaque situation est unique et doit être évaluée au cas par cas. Cette flexibilité, bien que nécessaire, peut aussi alimenter les critiques des puristes, qui estiment que les règles devraient être appliquées de manière plus rigide.
Et maintenant ? Les répercussions d’un incident qui dépasse le cadre sportif
L’incident de l’UFC 326 pourrait avoir des conséquences bien au-delà du simple résultat du combat. Pour les combattants, il rappelle que le MMA est un sport où la résilience physique est mise à rude épreuve, parfois jusqu’à l’absurde. Pour les arbitres et les commissions athlétiques, il souligne la nécessité de clarifier les règles concernant les fluides corporels, afin d’éviter toute ambiguïté à l’avenir.
Du côté des fans, cet épisode a relancé les débats sur la transparence des décisions arbitrales. Pourquoi les images du vomissement de Garbrandt n’ont-elles pas été diffusées en direct ? Pourquoi les règles ne sont-elles pas mieux expliquées au public ? Ces questions, bien que légitimes, se heurtent à la réalité d’un sport où chaque détail peut influencer le cours d’un combat.
Enfin, pour Cody Garbrandt, cet incident pourrait marquer un tournant dans sa carrière. Après une série de défaites et une période difficile, ce combat contre Xiao Long était l’occasion de rebondir. Si le résultat final (une victoire par décision unanime pour Garbrandt) a été éclipsé par la polémique, il reste un rappel brutal : en MMA, rien n’est jamais acquis, pas même la dignité d’un combattant.
L’UFC 326 restera dans les mémoires comme l’un de ces moments où le MMA, sport déjà imprévisible, a basculé dans l’absurde. Entre règles obscures, décisions arbitrales controversées et corps de combattants poussés à leurs limites, cet incident soulève des questions essentielles sur l’avenir du sport.
Si les explications de John McCarthy ont apaisé une partie des critiques, elles ont aussi révélé la complexité d’un arbitrage où chaque détail compte. À l’heure où le MMA continue de se professionnaliser, peut-être est-il temps de repenser certaines règles pour les rendre plus claires, tant pour les combattants que pour les fans.
Une chose est sûre : la prochaine fois qu’un combattant vomira dans l’Octogone, personne ne pourra dire que c’est une première. Et c’est peut-être là le plus troublant.

