« Je les aurais brisés » : Ferguson relance la machine à rêves
Il y a des phrases qui, une fois lâchées, deviennent des bombes à retardement dans l’univers du MMA. Celle de Tony Ferguson, glissée lors d’un entretien avec Helen Yee Sports, en fait partie : « À mon meilleur niveau, je t’aurais mis une raclée. » Le « tu » en question ? Islam Makhachev, actuel champion des poids légers de l’UFC, et par extension, son mentor Khabib Nurmagomedov. Deux monstres sacrés aux records quasi parfaits (57 victoires pour une seule défaite à eux deux), contre lesquels Ferguson n’a jamais pu s’aligner.
Pourtant, à 41 ans, après une série de défaites qui aurait brisé bien des carrières (5 revers en 6 combats depuis 2020), « El Cucuy » persiste et signe. Son argument ? Un style unique, forgé dans les salles obscures de la 10th Planet Jiu-Jitsu et les cages de l’Ultimate Fighter, où il enchaînait les performances spectaculaires entre 2013 et 2019 (16 victoires d’affilée, dont des chefs-d’œuvre contre Edson Barboza ou Donald Cerrone). « Ils n’auraient pas su gérer mon jeu de jambes, ma pression, ma façon de mélanger les strikes et le grappling », explique-t-il, évoquant une recette secrète qui aurait, selon lui, déstabilisé l’armada daghestanaise.
Mais au-delà des déclarations, c’est l’histoire non écrite qui intrigue. Entre 2015 et 2020, Ferguson et Khabib ont été liés par une rivalité fantasmatique, avec pas moins de 5 combats annulés (blessures, problèmes logistiques, pandémie…). Le plus célèbre ? UFC 249 (avril 2020), où Ferguson, après des mois de préparation, s’est retrouvé face à Justin Gaethje après le forfait de Khabib. Un tournant psychologique, selon les analystes : « Tony a perdu bien plus qu’un combat ce soir-là. Il a perdu une partie de son aura », confie Daniel Cormier, commentateur historique de l’UFC.
Le « what if » qui hante le MMA : Ferguson vs. Khabib, le combat maudit
Imaginons la scène : 2018, Las Vegas. Tony Ferguson, alors champion intérimaire des poids légers (25-3 à l’époque), affronte enfin Khabib Nurmagomedov (26-0), invaincu et assoiffé de vengeance après les provocations de Conor McGregor. Les bookmakers donnent Khabib favori, mais Ferguson, avec son reach de 193 cm et son grappling imprévisible, représente l’énigme ultime.
« Ce combat aurait été un choc de philosophies », analyse Joe Rogan. D’un côté, le sambo daghestanais de Khabib, basé sur la domination au sol et une pression étouffante. De l’autre, le MMA « jazz » de Ferguson, où chaque coup semble improvisé, chaque transition calculée pour surprendre. Les statistiques penchent pour Khabib (3,30 takedowns par round en moyenne, contre 0,8 pour Ferguson), mais l’intangible – cette capacité à rendre fou un adversaire avec des feintes et des angles impossibles – joue en faveur de « El Cucuy ».
Preuve de cette dynamique explosive : en 2019, Ferguson affronte Donald Cerrone (alors en pleine forme) et lui inflige un TKO en 2 rounds, malgré une fracture du pouce en cours de combat. « C’est ça, Tony. Même blessé, il trouve un moyen de gagner », résume Dana White. Face à Makhachev, dont le style rappelle celui de Khabib (mais avec un boxing plus affûté), Ferguson mise sur son expérience des combats à 5 rounds : « Islam est solide, mais il n’a jamais affronté un gars comme moi. Un gars qui peut le frapper de partout, même quand il pense avoir le contrôle. »
2024 : Le dernier round de Ferguson ?
Reste une question : ces déclarations sont-elles celles d’un combattant en fin de carrière qui refuse de lâcher prise, ou d’un stratège qui prépare mentalement son retour ? Ferguson, qui affronte Michael Chiesa à l’UFC 303 (29 juin 2024), a bien conscience que le temps presse. « Je ne suis plus le même qu’en 2019, mais je ne suis pas fini non plus », confie-t-il, évoquant un travail spécifique sur sa condition physique avec Eddie Bravo et son équipe.
Les sceptiques, comme Chael Sonnen, pointent ses 5 défaites récentes (dont 3 par KO/TKO) : « Tony a été un grand champion, mais aujourd’hui, il est un nom pour les jeunes loups. Makhachev le briserait en 10 minutes. » À l’inverse, des figures comme Georges St-Pierre saluent son mental d’acier : « Peu de gars osent encore parler comme ça après ce qu’il a traversé. Ça montre son amour du sport. »
Un détail intrigue : Ferguson a récemment posté des vidéos d’entraînement où il travaille spécifiquement sa défense contre les takedowns, un point faible exploité par Beneil Dariush (défaite en 2022) et Nate Diaz (2023). « Je ne vais pas vous gâcher la surprise, mais j’ai des trucs en réserve », lance-t-il, mystérieux. De quoi alimenter les spéculations : et si, contre toute attente, Ferguson avait un dernier tour de magie dans son sac ?
L’héritage de « El Cucuy » : Plus qu’un palmarès, une légende
Que Ferguson ait raison ou tort sur ses chances contre Khabib et Makhachev importe presque moins que l’impact culturel de ses déclarations. Dans un sport où les champions sont souvent aseptisés par les médias, il incarne une folie créative, un refus des codes. Ses combats contre Anthony Pettis (2016) ou Kevin Lee (2017) restent des références en matière de spectacle, avec des séquences dignes d’un film d’action.
« Tony, c’est le MMA version Tarantino : du sang, de l’impro, et des retournements de situation », résume le journaliste Ariel Helwani. Même ses défaites (comme celle face à Justin Gaethje en 2020) sont devenues culte, tant son résilience force l’admiration. « Je me bats pour les fans, pour ceux qui aiment le spectacle. Pas pour les stats », martèle-t-il.
Alors, mythe ou réalité ? Ferguson vs. Khabib/Makhachev restera probablement un rêve inassouvi, mais c’est justement ce qui en fait une légende vivante. Dans un monde où les algorithmes et les données dominent, « El Cucuy » rappelle que le MMA est aussi une affaire de récits, de passion, et parfois… de folie douce.

