"50 millions ? Non merci." : Quand l’UFC devient une religion
Imaginez la scène : un contrat juteux débarque sur votre bureau. 50 millions de dollars pour tourner dans un blockbuster Netflix, avec la promesse de devenir une star mondiale. La plupart signeraient sans hésiter. Pas Tom Aspinall. Le champion intérimaire des lourds de l’UFC a balayé l’idée d’un revers de main, déclarant à RMC Sport Combat : "Même 50 millions ne me feraient pas quitter l’octogone. Mon place est ici, pas devant une caméra." Une réponse qui en dit long sur l’homme – et sur sa vision extrême du sport.
À l’ère où les athlètes multiplient les casquettes (voir Conor McGregor et ses ventures dans le whisky ou Francis Ngannou en boxe et au cinéma), Aspinall fait figure d’exception. Lui, c’est 100 % MMA, 24h/24. Pas de distractions, pas de projets parallèles, juste une obsession : dominer la division des lourds. Une philosophie qui tranche avec celle de son prochain adversaire, Ciryl Gane, star du film KO (Netflix, 2023) et adepte d’une approche plus équilibrée entre sport et médias.
Pourtant, le choix d’Aspinall n’est pas sans risque. En refusant les sirènes d’Hollywood, il renonce à une exposition médiatique colossale – un atout que des combattants comme Ronda Rousey ou Jon Jones ont su exploiter pour bâtir leur empire. Mais pour l’Anglais, la gloire passe d’abord par l’octogone, pas par les écrans. "Je ne veux pas être connu pour avoir joué dans un film. Je veux qu’on se souvienne de mes combats, de mes titres. Le reste, c’est du bruit."
L’art de la préparation : quand le MMA devient un mode de vie
Derrière cette intransigeance se cache une routine de moine guerrier. Aspinall s’entraîne six heures par jour, étudie ses adversaires comme un obsédé, et élimine toute source de distraction. Son dernier combat, une victoire par TKO contre Curtis Blaydes à l’UFC 304 (juillet 2024), est le fruit de cette discipline. "Chaque détail compte. Un repas mal équilibré, une nuit de sommeil en moins, et c’est la défaite qui vous attend," confie-t-il.
Cette rigueur rappelle celle de Khabib Nurmagomedov, invaincu (29-0) à sa retraite, ou de Georges St-Pierre, qui refusait les interviews avant ses combats pour préserver sa concentration. Mais Aspinall va plus loin : là où Khabib acceptait des apparitions ponctuelles (comme dans Eagle, un film russe en 2019), l’Anglais dit non à tout. Même les partenariats lucratifs avec des marques ? "Seulement si ça n’empiète pas sur mon entraînement."
À l’inverse, Ciryl Gane assume un équilibre différent. Son rôle dans KO a été critiqué après sa défaite face à Jon Jones en 2023 – certains y voyant une perte de focus. Gane, lui, défend une vision plus moderne : "Pourquoi choisir ? On peut être athlète et artiste." Deux philosophies qui s’affronteront le 25 octobre, avec une question en suspens : la spécialisation absolue l’emporte-t-elle sur la polyvalence ?
"Je ne veux pas être un McGregor bis" : le rejet du star-system
Aspinall le assume : il ne veut pas suivre le chemin de Conor McGregor, dont la carrière a parfois été éclipsée par ses frasques médiatiques. "Regardez ce qui arrive quand on mélange MMA et célébrité. Les gens oublient que tu es d’abord un combattant." Pour lui, la priorité est claire : rester un pur produit de l’octogone, comme Israel Adesanya avant que ce dernier ne se lance dans le cinéma (*The Bateman*, 2024).
Pourtant, son refus catégorique interroge. Dans un sport où l’image compte autant que les performances, Aspinall prend un pari dangereux. Les recettes de l’UFC dépendent de plus en plus des stars charismatiques – un Jorge Masvidal ou un Colby Covington le savent bien. En rejetant le star-system, l’Anglais mise tout sur son palmarès. Un choix qui force le respect… mais qui pourrait aussi le priver de combats lucratifs si son aura ne dépasse pas les cercles des puristes.
Le paradoxe Aspinall : en refusant les projecteurs, il en devient plus fascinant. Les fans adorent les anti-héros, ceux qui résistent aux tentations. Reste à voir si cette stratégie suffira à faire de lui le visage de l’UFC – ou si, au contraire, son absence des écrans le condamnera à rester dans l’ombre des showmen comme McGregor ou Ngannou.
25 octobre : le jour où tout se jouera
Le combat contre Ciryl Gane sera bien plus qu’un simple titre. Ce sera l’affrontement de deux visions du MMA :
- Aspinall : la machine de guerre, 100 % dédiée à son sport, sans filet.
- Gane : l’athlète polyvalent, qui mise sur son charisme et sa diversité pour durer.
Les bookmakers donnent un léger avantage à Gane (52 % de chances de victoire), mais Aspinall a déjà prouvé qu’il savait défier les pronostics. Sa victoire contre Blaydes, un adversaire réputé pour son grappling, a montré qu’il pouvait s’adapter et dominer même dans les zones où on ne l’attendait pas.
Une chose est sûre : si Aspinall l’emporte, ce sera la victoire de la discipline absolue. Et si c’est Gane qui gagne ? Ce sera peut-être la preuve que, dans le MMA moderne, il faut savoir jouer sur plusieurs tableaux. Dans les deux cas, le 25 octobre marquera un tournant – pour les carrières des deux hommes, mais aussi pour l’âme du sport.
Derrière les gants : l’homme qui dit non
Peu de gens savent que Aspinall a refusé un rôle dans *The Equalizer 3* (2023) aux côtés de Denzel Washington. "Ils voulaient que je joue un méchant russe. J’ai ri. Je ne suis pas acteur, et je ne le serai jamais." Anecdote révélatrice : là où d’autres voient une opportunité, lui voit une distraction.
Son entourage confirme : Aspinall vit comme un moine soldat. Pas d’alcool, pas de sorties, pas de réseaux sociaux (il a supprimé son compte Instagram en 2022). "Tom a une règle : si ça ne sert pas à le rendre meilleur combattant, il n’en a pas besoin," révèle son coach, Marc Goddard. Même sa vie amoureuse est mise entre parenthèses : "Ma petite amie comprend. Elle sait que je dois d’abord conquérir ce titre."
Certains diront que c’est trop. Que le sport ne devrait pas exiger un tel sacrifice. Aspinall, lui, sourit : "Vous appelez ça un sacrifice ? Moi, j’appelle ça un privilège. Combien de gens peuvent dire qu’ils vivent leur passion à 200 % ?" Le 25 octobre, on saura si ce privilège vaut le coup.

