Un arrêt qui fait grincer des dents : le *no contest* qui divise
Le 12 avril 2025, le Kaseya Center de Miami a été le théâtre d’un des moments les plus controversés de l’histoire récente de l’UFC. À peine 1 minute et 28 secondes après le début du premier round, l’arbitre Jason Herzog stoppait net le combat entre Tom Aspinall et Ciryl Gane pour le titre des poids lourds. Cause officielle : un coup de doigt accidentel dans l’œil gauche du Britannique, le rendant incapable de continuer. Résultat ? Un *no contest* qui a laissé les 20 000 spectateurs et des millions de téléspectateurs sur leur faim.
Les images diffusées en direct montrent clairement le moment où le doigt de Gane perce l’œil d’Aspinall, qui s’effondre immédiatement en se tenant le visage. Pourtant, c’est la réaction qui a suivi qui a alimenté les débats : Aspinall, visiblement en souffrance, a refusé de reprendre après les 5 minutes de pause accordées par l’arbitre. Une décision que certains qualifient de "stratégique", d’autres de "manque de combativité". Dana White, le président de l’UFC, a d’ailleurs déclaré en conférence de presse : *"C’est frustrant, car on avait enfin un combat de poids lourds qui promettait du spectacle. Maintenant, on se retrouve avec une ceinture vacante et des questions sans réponses."*
"Un combattant doit savoir souffrir" : les vétérans montent au créneau
Les critiques les plus virulentes sont venues de figures emblématiques du MMA. Chael Sonnen, jamais en reste d’un bon clash verbal, a fustigé Aspinall sur son podcast : *"Dans ce sport, si tu veux être champion, tu combats avec un œil, une jambe cassée, ou même les deux ! Les règles existent, mais un vrai guerrier ne cherche pas l’échappatoire. Là, on a vu un gars qui avait peur de perdre."* Un avis partagé par Anthony Smith, qui en 2023 avait subi un coup similaire contre Jamahal Hill… avant de continuer et de perdre par KO au 3ème round. *"La douleur fait partie du jeu. Si tu abandonnes pour ça, tu ne mérites pas la ceinture"*, a-t-il lancé sur les réseaux sociaux.
Pourtant, tous ne partagent pas cet avis tranché. Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, a nuancé le débat : *"Un coup dans l’œil, c’est différent d’une coupure ou d’un bras cassé. Ça peut causer des dommages permanents. Est-ce qu’on veut vraiment voir un combattant risquer sa vision pour un titre ?"* Une question qui résonne particulièrement depuis l’affaire Leon Edwards en 2022, où un coup de doigt avait failli lui coûter la vue.
Un combat qui tournait mal… avant même l’accident
Ce que beaucoup oublient dans cette polémique, c’est que le combat avait mal commencé pour Aspinall. Malgré son statut de favori (cote à 1.65 contre 2.20 pour Gane), le Britannique semblait en difficulté face à la vitesse et la précision du Français. Dès les premières secondes, un jab croisé de Gane a ouvert le nez d’Aspinall, qui saignait abondamment. Chael Sonnen a d’ailleurs souligné ce détail : *"Il était déjà en train de perdre ce combat. Le coup de doigt ? Une aubaine pour éviter la défaite."*
Les statistiques confirment cette analyse : en 1 minute et 28 secondes, Gane avait déjà placé 12 coups significatifs contre seulement 4 pour Aspinall. Une domination courte mais nette, qui laisse penser que le Britannique aurait pu subir son premier KO depuis 2020. *"Il avait l’air perdu. Quand tu es en difficulté, ton cerveau cherche des issues de secours. Là, il l’a trouvée"*, a analysé Robin Black, expert en stratégie de combat.
Derrière la polémique : le vrai problème des poids lourds à l’UFC
Au-delà du cas Aspinall, cet incident relance un débat récurrent : la division des poids lourds de l’UFC est-elle en crise ? Depuis le départ de Francis Ngannou en 2023, la ceinture a changé de mains à 4 reprises en 2 ans, sans qu’un vrai dominant n’émerge. Jon Jones, champion en titre avant son abandon pour blessure, n’a jamais convaincu dans cette catégorie. Ciryl Gane, lui, a perdu deux fois en trois combats pour le titre.
Tom Aspinall était censé incarner l’espoir d’une stabilité. Avec 5 victoires en 6 combats à l’UFC (dont 4 par KO), il avait le profil du "tueur" capable de dominer la division. Pourtant, ses deux défaites (contre Curtis Blaydes en 2022 et ce *no contest*) montrent des failles : une défense parfois fragile et une tendance à craquer sous pression. *"Les poids lourds aujourd’hui, c’est une loterie. Personne ne veut vraiment de cette ceinture, car tout le monde sait qu’elle est maudite"*, a ironisé Joe Rogan dans son podcast.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Aspinall
La question qui brûle les lèvres : que reste-t-il à Tom Aspinall après ce fiasco ? Plusieurs options s’offrent à lui :
1. Un rematch immédiat contre Gane : La solution la plus logique, mais aussi la plus risquée. Gane a prouvé qu’il pouvait le dominer, et un deuxième échec serait catastrophique pour la crédibilité d’Aspinall. *"S’il perd encore, il peut dire adieu à un combat pour le titre avant 2026"*, estime Michael Bisping.
2. Un combat de "réhabilitation" contre un top 5 : Affronter un Sergei Pavlovich ou un Jailton Almeida pour prouver qu’il mérite toujours sa place parmi l’élite. *"Il a besoin d’un KO spectaculaire pour effacer cette tache"*, suggère Dominick Cruz.
3. Une descente en poids mi-lourds : Une option radicale, mais qui a déjà été évoquée par Aspinall lui-même en 2023. À 1,93 m, il pourrait visiter les 93 kg, où il afficherait un gabarit impressionnant. *"S’il veut un titre, c’est peut-être sa meilleure chance"*, analyse Georges St-Pierre.
Une chose est sûre : Aspinall n’a plus droit à l’erreur. Dans un monde idéal, l’UFC organiserait un tournoi des 4 (Gane, Aspinall, Pavlovich, Almeida) pour désigner un challenger clair. Mais avec les enjeux financiers et médiatiques, cette solution semble peu probable. *"Le business prime sur le sport. On va probablement revoir Aspinall dans 6 mois, contre un adversaire 'safe', et espérer que les fans oublient"*, regrette Luke Thomas, journaliste pour MMA Fighting.
Le côté obscur du MMA : quand le spectacle prime sur la santé
Ce *no contest* pose une question plus large : jusqu’où le MMA est-il prêt à aller pour le spectacle ? Les coups de doigt, bien qu’accidentels, sont fréquents. En 2024, 7 combats ont été arrêtés pour cette raison à l’UFC. Pourtant, peu de solutions concrètes sont proposées.
Certains, comme Bas Rutten, proposent d’équiper les gants de protections supplémentaires. D’autres, comme Ben Askren, estiment que *"les combattants doivent assumer les risques. C’est un sport de gladiateurs, pas un jeu vidéo."* Une chose est sûre : l’UFC a tout intérêt à clarifier ses règles. *"Soit on autorise les combats avec un œil blessé, soit on les interdit clairement. Là, on est dans le flou, et ça nuit à tout le monde"*, conclut Ariel Helwani.
Pour Aspinall, la balle est dans son camp. S’il veut effacer ce *no contest*, il devra prouver qu’il est prêt à tout pour cette ceinture. Même à combattre avec un œil. *"La légende ne se construit pas dans le confort, mais dans l’adversité"*, rappelle Conor McGregor. Reste à voir si le Britannique a vraiment l’étoffe d’un champion.

