"Le Brésilien qui a conquis le Japon" : l’ascension fulgurante de Roberto Satoshi
Quand Roberto Satoshi a posé le pied au Japon en 2019, peu imaginaient qu’il deviendrait la figure dominante de la RIZIN en à peine cinq ans. Pourtant, avec 12 victoires en 13 combats sous la bannière japonaise – dont quatre défenses réussies de son titre –, le Brésilien de 32 ans a imposé un règne aussi efficace qu’incontestable. Son seul accroc ? Une défaite face à Johnny Case en 2021, vite effacée par une revanche triomphale six mois plus tard. Depuis, Satoshi enchaîne les performances, mélangeant KO spectaculaires (comme son head kick contre Won Bin Ki) et soumissions techniques (son rear-naked choke contre Yutaka Saito).
Ce qui frappe chez Satoshi, c’est sa capacité à dominer sans lasser. Dans un sport où les champions finissent souvent par répéter les mêmes schémas, lui alterne les approches avec une fluidité rare. *"Je m’adapte à mon adversaire, pas l’inverse"*, confie-t-il, une philosophie qui lui a permis de conserver son titre face à des styles aussi variés que ceux de Saito (grappler), Ki (striker) ou Case (polyvalent). Résultat : un taux de finition de 58% (11 finitions en 19 combats pros), bien au-dessus de la moyenne des champions asiatiques (42% selon FightMatrix).
Pourtant, derrière ces statistiques impressionnantes se cache une réalité plus subtile : Satoshi a rendu ses adversaires prévisibles. *"Ils évitent tous le sol avec moi"*, constate-t-il, amusé. Une tendance qui, loin de le frustrer, semble presque le motiver. Car si ses rivaux misent systématiquement sur le striking pour neutraliser son jiu-jitsu, ils tombent souvent dans le piège d’un Brésilien bien plus complet qu’il n’y paraît.
Yoshinori Horie : un test connu, mais pas une formalité
Ce dimanche à Nagoya, Satoshi affronte Yoshinori Horie, un vétéran de 34 ans passé par l’UFC (2-2) et auteur de 5 victoires pour 2 défaites en RIZIN. Sur le papier, le Japonais représente un défi classique : un striker expérimenté, capable de tenir la distance, mais avec une fâcheuse tendance à éviter le grappling. *"Mon plan ? Briller en striking"*, assume Satoshi, conscient que Horie, comme la plupart de ses précédents adversaires, tentera de garder le combat debout.
Pourtant, sous-estimer Horie serait une erreur. L’ancien de l’UFC a prouvé qu’il pouvait surprendre, comme lors de son KO contre Kyle Aguon en 2022. *"Il a des coups précis et une bonne défense"*, reconnaît un entraîneur de la Team Alpha Male, qui a étudié les deux hommes. Mais face à Satoshi, même les atouts de Horie pourraient se révéler insuffisants. Le Brésilien a déjà démontré qu’il savait punir les stratégies défensives : contre Won Bin Ki, il a attendu que son adversaire s’épuise en reculant avant de le finir d’un high kick au 3ᵉ round. Une patience et une intelligence de combat qui font de lui un cauchemar pour les "counter-strikers".
*"Horie est un bon combattant, mais il n’a jamais affronté quelqu’un comme Satoshi"*, analyse Tsuyoshi Kohsaka, légende du MMA japonais. *"Roberto a cette capacité à te faire croire que tu contrôles le combat… jusqu’à ce que tu réalises que tu es dans son jeu."* Un avis partagé par les bookmakers, qui donnent Satoshi large favori (1.25 contre 4.00 pour Horie chez Bet365).
"Et après Horie ?" : le dilemme de la RIZIN
Une victoire contre Horie ce dimanche, puis une autre contre Shunta Nomura en décembre (un combat déjà évoqué par les dirigeants de la RIZIN), et Satoshi se retrouverait dans une situation inédite : un champion sans adversaire crédible dans sa propre division. *"Ils devront chercher à l’extérieur"*, prévient-il, évoquant un scénario qui rappelle étrangement celui de Khabib Nurmagomedov en 2020.
À l’époque, l’UFC avait dû puiser dans les réserves de la Bellator pour offrir à l’invaincu Dagestanais un combat contre Justin Gaethje, puis Dustin Poirier. Mais là où Khabib imposait un style répétitif (le smothering grappling), Satoshi cultive l’imprévisible. *"Il peut finir un combat d’un coup de pied, d’un étranglement ou d’un crochet du gauche"*, souligne Jorge Ortiz, commentateur pour RIZIN TV. Une polyvalence qui rendrait un super fight d’autant plus attractif.
Plusieurs noms circulent déjà :
- Usman Nurmagomedov (20-0), cousin de Khabib et champion invaincu des poids légers de l’Eagle FC.
- Patrik Mix (Bellator), un grappler redoutable qui pourrait tester le jiu-jitsu de Satoshi comme jamais.
- Tofiq Musayev (ONE Championship), un striker explosif qui correspondrait parfaitement au style de Satoshi.
Reste une question : la RIZIN osera-t-elle organiser un combat hors division pour retenir son joyau ? *"Mon héritage, c’est la domination prolongée"*, rappelle Satoshi. Une domination qui, si elle se confirme d’ici décembre, pourrait bien forcer la main aux dirigeants. *"Soit ils me trouvent des défis à l’extérieur, soit ils acceptent que je parte"*, lance-t-il, mi-sérieux, mi-provocateur.
Nagoya, acte final ou prélude à une nouvelle ère ?
Ce dimanche, quand Satoshi montera dans la cage du Nagoya Dome, ce ne sera pas qu’un combat de plus. Ce sera peut-être l’avant-dernier obstacle avant l’accomplissement d’un rêve : vider la division légère de la RIZIN. *"Je ne pense pas à l’après*, assure-t-il. *Je pense à Horie, à ses faiblesses, à la façon dont je vais le briser."*
Pourtant, au-delà de la rhétorique de combattant, une réalité s’impose : Satoshi est en train d’écrire l’une des plus belles pages du MMA japonais. Avec son mélange de technique brésilienne et de mentalité samouraï (il s’entraîne au dojo de Caol Uno, autre légende du sport), il incarne une génération de champions qui refusent les limites. *"Je veux qu’on se souvienne de moi comme du gars qui a tout dominé, puis qui est allé chercher plus"*, confie-t-il.
Si tout se passe comme prévu, d’ici fin 2024, la RIZIN devra prendre une décision historique : laisser partir son champion ou lui offrir des combats inédits. Dans les deux cas, une chose est sûre : Roberto Satoshi a déjà marqué l’histoire. Maintenant, il veut la réécrire.
"Derrière les gants" : le rituel méconnu de Satoshi
Peu de gens le savent, mais Roberto Satoshi a un rituel immuable avant chaque combat : il écoute "Samurai Champloo" de Nujabes, un morceau de hip-hop instrumental japonais, puis médite pendant 10 minutes en visualisant chaque seconde du fight. *"La musique me calme, la méditation me prépare"*, explique-t-il. Une routine qu’il a adoptée après sa défaite contre Johnny Case, quand il a réalisé que son mental était aussi important que sa technique.
Autre détail insolite : Satoshi refuse de regarder les combats de ses adversaires avant le sien. *"Je veux les découvrir en live, comme au premier jour"*, dit-il. Une approche qui peut surprendre, mais qui s’inscrit dans sa philosophie du *"flow"* : *"Si je me concentre trop sur eux, je perds ma propre énergie."*
Enfin, contrairement à beaucoup de fighters, il ne pèse pas ses repas au gramme. *"Je mange sainement, mais je ne me prive pas. Un bon churrasco brésilien la veille du weigh-in, c’est sacré"*, avoue-t-il en riant. Une touche d’humanité qui contraste avec l’image du machine de guerre qu’il renvoie en cage.
- Un super fight inter-promotion contre un Usman Nurmagomedov ou un Patrik Mix, qui propulserait Satoshi sur la scène mondiale.
- Un départ vers l’UFC ou la ONE Championship, où les défis – et les chèques – seraient bien plus conséquents.

