Vancouver : le tournant ou l’impasse ?
Quand Reinier de Ridder entrera dans l’Octogone ce week-end à Vancouver, ce ne sera pas un combat comme les autres. Opposé à Brendan Allen, un adversaire de dernière minute, le Néerlandais porte sur ses épaules bien plus qu’une simple victoire : une chance de prouver qu’il mérite une place parmi l’élite des poids moyens. Après des débuts en dents de scie à l’UFC, ce match pourrait être le moment charnière de sa carrière.
Son parcours est celui d’un guerrier : 16 victoires consécutives chez ONE Championship, dont 14 par finition, et deux ceintures portées simultanément (poids moyens et mi-lourds). Pourtant, son arrivée à l’UFC en 2023 a été moins triomphale. Une défaite face à Brad Tavares – un combattant solide mais loin d’être un top 5 – a semé le doute. Certains y ont vu la preuve que le niveau asiatique ne préparait pas assez aux défis de l’UFC. D’autres, comme son entraîneur Firas Zahabi, y ont vu un simple accident de parcours : *"Reinier a sous-estimé l’adaptation nécessaire. Mais il apprend vite, et Tavares l’a réveillé."*
La réponse de De Ridder ? Un KO en 1 minute 52 contre Anthony Smith, un vétéran aguerri et ancien prétendant au titre. Une performance qui a rappelé pourquoi il était considéré comme le danger extérieur avant son arrivée. *"Je ne suis pas venu à l’UFC pour faire de la figuration"*, avait-il déclaré après le combat. Vancouver sera l’occasion de confirmer cette déclaration.
Brendan Allen : l’adversaire parfait (ou piège ?)
Sur le papier, Brendan Allen (22-6) n’est pas un top 10. Pourtant, il incarne exactement le type de défi que De Ridder doit surmonter pour prétendre à mieux. Spécialiste du jiu-jitsu (ceinture noire), Allen a une garde redoutable et une capacité à étouffer ses adversaires au sol. Or, c’est précisément là que De Ridder a bâti sa réputation : un grappling dominant et des soumissions dévastatrices (7 de ses 16 victoires chez ONE).
Mais attention : Allen n’est pas un faire-valoir. Il arrive avec trois victoires en quatre combats, dont une soumission contre Andreas Michailidis en 2023. *"De Ridder est un grand nom, mais je ne suis pas impressionné"*, a-t-il lancé lors de la pesée. *"Il a eu du mal contre Tavares, un gars que j’ai battu. Je vais lui montrer le vrai niveau des poids moyens."*
Le matchup est fascinant : d’un côté, le grappling technique d’Allen ; de l’autre, la puissance et l’agressivité de De Ridder. *"Si Brendan veut jouer au sol, ça me va"*, a rétorqué le Néerlandais. *"Mais je ne pense pas qu’il va aimer où je vais l’emmener."* Une déclaration qui en dit long sur sa confiance retrouvée.
Le piège du "trop tôt"
Même avec une victoire, la route vers le titre reste incertaine. Le champion Israel Adesanya et les prétendants comme Sean Strickland ou Khamzat Chimaev semblent hors de portée immédiate. Pourtant, De Ridder a un atout : le timing. Les poids moyens manquent de nouveaux visages, et une performance convaincante pourrait le propulser dans le top 10.
*"Il a le profil pour devenir un problème"*, estime Daniel Cormier. *"Mais il doit enchaîner. Une victoire contre Allen, puis une autre contre un top 15, et là on pourra parler titre."* Le problème ? L’UFC a souvent hésité à pousser des combattants venus d’autres organisations, même avec des palmarès impressionnants (voir Ben Askren ou Eddie Alvarez).
De Ridder le sait : *"Je ne demande pas de faveur. Je veux gagner, puis gagner encore. À un moment, ils n’auront plus le choix."* Vancouver n’est qu’une étape, mais une étape cruciale. Perdre serait un coup d’arrêt. Gagner de manière spectaculaire pourrait tout changer.
Derrière les gants : l’homme qui veut écrire l’histoire
Peu de combattants arrivent à l’UFC avec un CV comme celui de De Ridder. Double champion chez ONE, invaincu pendant près de six ans, et une réputation de finisseur impitoyable. Pourtant, quand on lui demande ce qui le motive, sa réponse surprend : *"Je ne veux pas juste être un champion. Je veux être celui dont on se souvient."*
Né à Sittard, aux Pays-Bas, il a commencé le MMA sur le tard, après une jeunesse passée entre le football et le judo. *"Je n’étais pas le gars qui rêvait de combat depuis l’enfance"*, confie-t-il. *"Mais quand j’ai découvert le MMA, j’ai su que c’était ça."* Son parcours est celui d’un obsédé : des entraînements à 5h du matin, des sacrifices familiaux, et une discipline de fer.
À 33 ans, il sait que le temps presse. *"Je ne suis pas là pour faire 20 combats. Je veux les ceintures, et vite."* Vancouver est une étape, mais son regard est déjà tourné vers Adesanya : *"Israel est un grand champion, mais je crois que je peux le battre. Pas en 2024, peut-être. Mais bientôt."*
Reste une question : l’UFC lui donnera-t-il sa chance ? Avec des performances comme celle contre Smith, et une éventuelle victoire contre Allen, la réponse pourrait bien être oui. Mais dans le monde impitoyable du MMA, rien n’est jamais garanti.

