Un champion en quête de rédemption
Reinier "The Dutch Knight" de Ridder n’a pas attendu longtemps pour tourner la page après sa deuxième défaite consécutive en poids moyens. Dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, le double champion du ONE Championship a annoncé avec humour et détermination son intention de monter chez les mi-lourds (93 kg). Un choix qui surprend, mais qui s’inscrit dans une logique de carrière après des mois de doutes et de résultats en demi-teinte.
Pourtant, tout avait si bien commencé pour le Néerlandais. En à peine trois ans, il s’était imposé comme l’un des combattants les plus redoutés de la division des 84 kg, enchaînant les victoires par soumission et décrochant deux ceintures simultanément (poids moyens et poids mi-lourds par intérim). Son style, mélange de judo, de grappin et de frappe précise, avait fait de lui un adversaire quasi invincible. Mais depuis sa défaite face à Anatoly Malykhin en décembre 2022, puis celle contre Caio Borralho en avril 2024, les questions sur son avenir se multiplient.
Dans sa vidéo, de Ridder reconnaît lui-même que son dernier combat "aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre". Une façon de minimiser l’impact de la défaite, mais aussi de justifier son changement de catégorie. "J’ai récupéré mon corps, j’ai fait trois rounds difficiles, et je sais que j’ai encore beaucoup à montrer", déclare-t-il, avant d’ajouter avec un sourire : "J’ai apporté des donuts, parce que j’ai besoin de vous lourds, j’ai besoin de vous forts… parce que je monte à 93 kg, baby !".
Pourquoi les mi-lourds ? Le pari osé d’un géant en quête d’espace
Avec ses 1,93 m et son envergure impressionnante, Reinier de Ridder a toujours semblé à l’étroit chez les poids moyens. Dès ses débuts, les observateurs s’interrogeaient sur sa capacité à rivaliser avec des adversaires plus compacts, mais aussi sur son potentiel inexploité dans une catégorie supérieure. "Il a la taille d’un mi-lourd, mais le cardio et la technique pour dominer en poids moyens", analysait en 2021 MMA Fighting, avant d’ajouter : "Le problème, c’est qu’il n’a jamais vraiment été testé contre des vrais mi-lourds."
Sa transition vers les 93 kg pourrait donc être une réponse à cette équation physique. Dans cette division, il retrouverait des adversaires à sa mesure, comme Reinier Raeven ou Vitaly Bigdash, qu’il a déjà battus par le passé. Mais le défi sera de taille : les mi-lourds du ONE Championship comptent parmi les combattants les plus explosifs et techniques de la planète, avec des profils comme Arjan Bhullar (ancien champion) ou Anatoly Malykhin (qui évolue désormais en poids lourds).
Un ancien entraîneur de de Ridder, interrogé sous couvert d’anonymat, tempère cependant l’enthousiasme : "Reinier a les outils pour réussir, mais il va falloir qu’il adapte son jeu. En mi-lourds, la puissance compte autant que la technique. S’il se contente de boxer ou de tenter des soumissions sans pression, il va se faire écraser." Une mise en garde qui rappelle que les transitions de catégorie ne sont jamais simples, surtout après des défaites.
La Fighting Nerds, ou l’art de rebondir après une défaite
L’histoire de Reinier de Ridder n’est pas sans rappeler celle d’un autre membre de la Fighting Nerds, le Brésilien Jean Silva. En 2022, ce dernier avait subi une défaite face à Bryce Mitchell en poids plumes (66 kg), avant de décider de descendre en poids coqs (61 kg) pour retrouver un avantage physique. Une stratégie payante, puisque Silva a depuis enchaîné trois victoires consécutives, dont une contre Enrique Barzola.
Pour de Ridder, la situation est inverse : il monte en catégorie, mais le principe reste le même. "C’est une équipe qui sait se remettre en question", explique John Gooden, analyste pour Combat Sports Insider. "Ils ont cette culture du rebond, où une défaite n’est jamais une fin en soi, mais une opportunité de se réinventer. Regardez Ben Askren ou Demetrious Johnson : ils ont tous changé de division à un moment donné pour prolonger leur carrière."
Reste à savoir si de Ridder parviendra à reproduire cette dynamique. Son gabarit et son expérience en mi-lourds (il a détenu la ceinture intérimaire en 2021) jouent en sa faveur, mais la concurrence est féroce. "Le ONE Championship a besoin de stars dans cette catégorie", poursuit Gooden. "Si Reinier réussit sa transition, il pourrait devenir le visage des mi-lourds asiatiques. Sinon, il risque de disparaître des radars."
Les mi-lourds du ONE Championship : un vivier de talents en ébullition
Contrairement à l’UFC, où la division des mi-lourds est souvent éclipsée par les poids lourds ou les poids moyens, le ONE Championship a fait des 93 kg l’une de ses catégories phares. Avec des combattants comme Reinier Raeven (un spécialiste du muay thaï), Vitaly Bigdash (un grappin redoutable) ou Arjan Bhullar (un ancien champion au style défensif), la division offre un mélange unique de styles et de nationalités.
L’arrivée de de Ridder pourrait dynamiser encore davantage cette catégorie. "Il apporte une dimension technique que peu de combattants ont", estime Yves Edwards, ancien combattant et commentateur pour ONE on TNT. "Son judo est parmi les meilleurs du monde, et il a prouvé qu’il pouvait soumettre des adversaires bien plus lourds que lui. Le problème, c’est qu’en mi-lourds, la marge d’erreur est minuscule."
Pour illustrer ce défi, il suffit de regarder les performances récentes d’Anatoly Malykhin. Après avoir dominé les mi-lourds en 2022, le Russe est monté en poids lourds et a écrasé Kirill Grishenko en moins d’une minute. Un exemple qui montre à quel point la puissance brute peut faire la différence dans les catégories supérieures. De Ridder, lui, mise sur la technique et l’endurance – des qualités qui ont fait ses preuves, mais qui seront mises à rude épreuve face à des adversaires comme Reza Goodary ou Walid Chtouka.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Reinier de Ridder
Plusieurs options s’offrent désormais à de Ridder. La première, et la plus probable, est un retour progressif dans la cage, avec un ou deux combats "de rodage" contre des adversaires de second plan. "Il ne peut pas se permettre de perdre un troisième combat d’affilée", souligne Jack Slack, analyste technique pour Fight Matrix. "Un adversaire comme Fan Rong ou Yu Yawei serait idéal pour tester sa nouvelle catégorie sans prendre trop de risques."
Une autre possibilité serait un combat revanche contre Caio Borralho, mais cette fois en mi-lourds. Les deux hommes avaient livré un affrontement serré en avril 2024, et une deuxième confrontation pourrait attirer l’attention des fans. "Borralho est un combattant intelligent, mais il n’a pas le gabarit pour rivaliser avec de Ridder en mi-lourds", estime MMA Hook. "Ce serait un combat équilibré, avec un enjeu sportif et médiatique énorme."
Enfin, il y a l’option la plus ambitieuse : un combat pour la ceinture des mi-lourds dès son deuxième ou troisième combat dans la division. Avec Reinier Raeven et Vitaly Bigdash en embuscade, de Ridder aurait l’opportunité de redevenir champion – et de prouver que sa transition était la bonne décision. "S’il réussit, il entrera dans l’histoire comme l’un des rares combattants à avoir détenu des ceintures dans deux catégories différentes", rappelle ONE Championship dans un communiqué. "Mais s’il échoue, il pourrait bien mettre un terme à sa carrière au plus haut niveau."
Reinier de Ridder se trouve à un carrefour de sa carrière. Après des années de domination en poids moyens, deux défaites consécutives l’ont poussé à prendre un risque calculé : monter chez les mi-lourds. Une décision qui pourrait relancer sa carrière… ou l’enfoncer davantage.
Son gabarit et son expérience en font un prétendant crédible, mais la division des 93 kg du ONE Championship est impitoyable. Entre les grappins techniques comme Vitaly Bigdash et les frappeurs explosifs comme Reza Goodary, de Ridder devra prouver qu’il a encore les armes pour s’imposer. Une chose est sûre : son parcours sera scruté de près, tant par les fans que par ses futurs adversaires.
Si 2024 a été l’année des doutes pour le Néerlandais, 2025 pourrait bien être celle de la rédemption – ou de l’adieu. Dans les deux cas, son histoire restera celle d’un combattant qui n’a jamais eu peur de se remettre en question.

