L’effondrement d’un géant : quand le corps dit "non"
La scène est cruelle, presque cinématographique. Reinier de Ridder, l’ancien double champion de l’ONE Championship (ceinture middleweight et light heavyweight), s’effondre sur son tabouret à l’issue du quatrième round face à Brendan Allen à l’UFC Vancouver. Les bras ballants, le regard vide, il murmure à son coach : "Je ne peux plus…". Le combat est arrêté. Pour la première fois depuis son arrivée dans l’UFC en 2023, le Néerlandais goûte à la défaite. Et quelle défaite : un stoppage médical après une domination initiale qui semblait le mener tout droit vers une nouvelle victoire.
Pourtant, tout avait bien commencé. Dès les premières secondes, de Ridder impose son grappling, réussit un takedown percutant et domine Allen au sol. Les commentateurs saluent son "jitsu brésilien de haut niveau", hérité de ses années à l’ONE où il soumettait ses adversaires avec une facilité déconcertante. Mais dès le deuxième round, le visage change. Allen, plus frais, plus mobile, commence à placer des coups précis. De Ridder, lui, respire bruyamment. Ses mouvements perdent en fluidité. "Il a l’air d’un boxeur qui vient de courir un marathon", lance un analyste sur ESPN.
La chute est vertigineuse. Au troisième round, Allen enchaîne les frappes au corps et les projections. De Ridder, habituellement si technique, semble perdu. Son coach crie "Bouge les hanches !", mais les jambes ne répondent plus. Le public de Vancouver, d’abord acquis à sa cause, commence à murmurer. Puis vient le quatrième round – ou plutôt, son absence. De Ridder reste assis, incapable de se lever. "C’est la première fois que je vois ça", confie plus tard Daniel Cormier en direct. "Un gars comme lui, qui a dominé l’ONE, brisé par la fatigue… C’est un rappel brutal : l’UFC, c’est une autre dimension."
"J’ai poussé trop loin" : l’aveu qui en dit long
Dans les heures qui suivent, Reinier de Ridder brise le silence sur Instagram. Pas d’excuses, pas de reproches envers l’arbitre ou son adversaire, mais une lucidité glaçante : "J’ai peut-être un peu trop forcé pendant les deux derniers camps. Quatre combats en 2025, c’était trop. Mon corps a dit stop, et j’ai dû écouter." Des mots qui résonnent comme un mea culpa, mais aussi comme un avertissement pour les fighters qui enchaînent les combats sans pause.
Car le rythme de de Ridder ces derniers mois était insoutenable :
• Mars 2025 : Victoire contre Bo Nickal (soumission).
• Juin 2025 : Succès face à Robert Whittaker (décision unanime).
• Septembre 2025 : Combat contre un adversaire moins coté, mais victoire laborieuse.
• Décembre 2025 : Le choc contre Allen, et l’effondrement.
"Dans l’ONE, je pouvais enchaîner comme ça, mais l’UFC, c’est différent", explique-t-il à MMA Junkie. "Les gars sont plus gros, plus forts, et les rounds de cinq minutes usent bien plus. J’ai cru que mon mental suffirait, mais non." Une leçon dure pour celui qui, à 30 ans, pensait encore pouvoir défier les lois de la récupération.
La bonne nouvelle ? De Ridder annonce une pause jusqu’en 2026. "Je ne vais pas disparaître, mais je prends du temps pour moi, ma famille. Je veux revenir plus fort, pas brisé." Une décision saluée par les fans, mais qui pose question : pourra-t-il retrouver son niveau d’antan après une telle usure ?
Derrière les coulisses : le camp d’entraînement qui a tout changé
Ce que peu de gens savent, c’est que le camp préparatoire de de Ridder pour ce combat a été chaotique. Selon des sources proches de son équipe, le Néerlandais a dû faire face à :
• Une blessure au genou en octobre, qui l’a privé de sparring pendant trois semaines.
• Un changement de partenaire d’entraînement de dernière minute, son grappler habituel étant blessé.
• Des problèmes de sommeil liés au stress, avec des nuits à seulement 4h de repos.
"Il voulait absolument ce combat avant la fin de l’année, pour rester dans la course au titre", confie un membre de son staff sous couvert d’anonymat. "Mais on voyait qu’il n’était pas à 100%. Il refusait de reporter, par orgueil." Un orgueil qui lui a coûté cher.
Pire : son équipe avait sous-estimé Brendan Allen. "On pensait qu’il était un grappler moyen, qu’on pourrait le dominer au sol comme les autres", avoue un coach. "Mais Allen a travaillé son cardio comme un fou. Il savait que Reinier fatiguerait, et il a attendu son heure." Une erreur d’analyse qui s’ajoute à la liste des regrets.
Imavov en embuscade : le Français qui profite des déboires des autres
Pendant que de Ridder panse ses plaies, un autre homme sourit : Nassourdine Imavov. Le Français, invaincu depuis 2019 (7 victoires d’affilée), se retrouve propulsé en position de challenger n°1 pour le titre des middleweights détenu par Khamzat Chimaev. Ironie du sort : Imavov doit cette opportunité… aux défaites des autres.
Car si de Ridder trébuche, il n’est pas le seul. Robert Whittaker, autre prétendant, a lui aussi chuté récemment face à Israel Adesanya (en 2023). Résultat : la division est à prendre, et Imavov, avec ses victoires contre Chris Weidman et Roman Dolidze, semble le candidat idéal. "Je ne me cache pas, je veux ce titre", a-t-il déclaré après son dernier combat. "Chimaev est fort, mais il a des failles. Moi, je suis prêt."
Les comparaisons avec de Ridder sont inévitables :
• Gestion du rythme : Imavov n’a combattu que 3 fois en 2 ans, contre 4 pour de Ridder en 2025 seul.
• Style : Moins explosif que le Néerlandais, mais plus constant et technique.
• Mental : Imavov n’a jamais connu de série de défaites, contrairement à de Ridder (qui avait déjà perdu deux fois à l’ONE avant de rebondir).
Reste une question : Khamzat Chimaev acceptera-t-il ce combat ? Le Suédois, connu pour son style "smash or be smashed", pourrait préférer un adversaire plus médiatique. Mais avec Dana White qui pousse pour un "fight qui a du sens", les chances sont réelles. "Imavov est le test parfait pour Chimaev", estime Michael Bisping. "S’il gagne, il prouve qu’il est un vrai champion. S’il perd… eh bien, l’UFC aura un nouveau star française."
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour de Ridder
Pour Reinier de Ridder, l’avenir est incertain. Trois options s’offrent à lui :
1️⃣ Un retour en 2026 contre un adversaire "safe" :
Un combat contre un top 10 moins dangereux (comme Marvin Vettori ou Jack Hermansson) pour retrouver confiance. Risqué : une nouvelle défaite pourrait le faire sortir du top 15.
2️⃣ Un changement de division :
De Ridder a déjà combattu en light heavyweight à l’ONE. Un retour à 205 lbs ? "Je ne ferme aucune porte", a-t-il murmuré. Mais la concurrence y est féroce (avec des monstres comme Alex Pereira ou Jamahal Hill).
3️⃣ Une reconquête lente, façon "redemption arc" :
Prendre son temps, travailler son cardio, et revenir en 2027 avec un nouveau style. "Regardez Whittaker : après ses défaites, il a su rebondir", rappelle un analyste.
Quel que soit son choix, une chose est sûre : l’ère de Ridder "invincible" est terminée. Place désormais à un nouveau chapitre, plus humble, peut-être plus intéressant.

