Malignaggi : Quand la légende se réinvente à mains nues
Il y a des retours qui sentent la nostalgie, et puis il y a celui de Paulie Malignaggi. À 43 ans, l’Américain d’origine sicilienne, double champion du monde en boxe anglaise (IBF et WBA), pourrait profiter d’une retraite dorée, commentant les combats pour Showtime ou analysant les stratégies avec la verve qui le caractérise. Pourtant, le voilà de retour… mais cette fois, sans gants. Le Bare Knuckle Boxing, cette discipline où la technique le dispute à la résistance pure, sera son nouveau terrain de jeu ce samedi à Leeds.
Son palmarès ? Une litanie de noms qui font frémir : Miguel Cotto (défaite en 2013, mais un combat qui reste gravé dans les mémoires), Amir Khan (victoire par KO technique en 2010), ou encore Adrien Broner (défaite en 2013, mais un duel tactique d’anthologie). Malignaggi, c’est l’archétype du boxeur intelligent, celui qui danse, esquive, et frappe au bon moment. Mais le BKB, c’est une autre paire de manches. Ici, pas de gants pour amortir les coups, pas de rounds pour souffler : juste deux hommes et une question simple – qui tiendra debout le plus longtemps ?
Face à lui, Tyler Goodjohn, 38 ans, un vétéran du BKB qui a annoncé que ce combat serait le dernier de sa carrière. Un choix lourd de sens : affronter une légende pour clore le rideau. Goodjohn, ancien protégé des cartes d’Anthony Joshua en boxe anglaise, a bâti sa réputation dans le BKB avec des victoires éclatantes, dont une contre le Hall of Famer Sean George. Son style ? Explosif, imprévisible, et surtout sans pitié. "Je veux finir en beauté, et quoi de mieux que de battre un champion du monde ?", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Le ton est donné.
Pour Malignaggi, l’enjeu est différent. Il ne s’agit pas seulement de gagner, mais de prouver que l’âge n’a pas émoussé son instinct de combattant. "Je ne suis pas là pour faire de la figuration, a-t-il lancé. Je veux montrer que même à 43 ans, un vrai champion peut s’adapter et dominer." Un défi de taille, quand on sait que le BKB exige une résistance aux coups bien supérieure à la boxe traditionnelle. Les bookmakers hésitent, les fans retiennent leur souffle : ce duel, c’est l’expérience contre la rage de vaincre.
"Le dernier round" : Goodjohn, l’homme qui veut mourir en combattant
Tyler Goodjohn n’a jamais fait les choses à moitié. Quand il annonce que BKB 47 sera son dernier combat, personne ne doute de sa sincérité. Ce Britannique au sourire en coin et aux poings redoutables a toujours vécu sa carrière comme une série de défis personnels. "Je ne veux pas être ce type qui traîne trop longtemps, qui perd et qui s’accroche, explique-t-il. Je préfère partir sur une victoire, ou au moins sur un combat dont on parlera dans dix ans."
Son parcours est celui d’un outsider qui a forcé le respect. Ancien sparring-partner d’Anthony Joshua, il a quitté la boxe anglaise pour le BKB en 2018, cherchant l’adrénaline pure. "En boxe, tu as des gants, des règles, une distance. Ici, c’est toi et l’autre gars, et c’est tout. Pas de place pour les lâches." Ses combats contre Sean George (victoire) ou Jimmy Sweeney (défaite controversée) ont fait de lui une star du circuit. Mais face à Malignaggi, c’est une autre dimension qui l’attend.
Les deux hommes s’affrontent aussi sur le plan symbolique. Goodjohn représente la nouvelle garde du BKB, celle qui a grandi avec les règles (ou l’absence de règles) de ce sport brutal. Malignaggi, lui, incarne l’héritage de la boxe classique, avec ses codes et sa technique. "Il va essayer de me boxer, de me fatiguer, prédit Goodjohn. Mais dans le BKB, tu ne peux pas fuir éternellement. À un moment, il faudra qu’il prenne des coups. Et ça, c’est mon terrain."
Une chose est sûre : ce combat ne ressemblera à aucun autre. Pas de jugement aux points, pas de décision controversée. Juste deux guerriers, et un public en délire. Que le meilleur homme gagne.
Podmore vs Martinjak : Le combat que personne ne veut rater
Si Malignaggi et Goodjohn captent l’attention, un autre duel promet de faire trembler les gradins du Planet Ice : Dan Podmore contre Marko Martinjak. Deux noms qui, pour les initiés, évoquent une seule chose : la guerre.
Podmore, 34 ans, est un survivant. Son combat contre Ricardo Franco en 2022 (victoire après un KO au 5ème round) est devenu viral pour sa résistance hors norme. "Je ne sais pas ce que c’est que abandonner, confie-t-il. Même quand tout te fait mal, tu continues. C’est ça, le BKB." Face à lui, Martinjak, un Croate au gabarit impressionnant et à la réputation de "machine à KO", n’a qu’un objectif : casser son adversaire. "Je ne viens pas pour danser, prévient-il. Je viens pour gagner, et si possible, pour le mettre K.O. avant la limite."
Ce qui rend ce combat si captivant, c’est leur style opposé. Podmore, malgré sa carrure, mise sur l’endurance et les contre-attaques. Martinjak, lui, charge comme un taureau, cherchant le coup décisif dès les premières secondes. "C’est un test pour nous deux, analyse Podmore. S’il me touche proprement, je peux tomber. Mais s’il se fatigue avant, je le briserai." Les parieurs s’arrachent les cheveux : les cotes sont serrées, et l’issue, totalement imprévisible.
Un détail intrigue les observateurs : les deux hommes se détestent. Lors de la pesée, une bousculade a failli dégénérer en bagarre générale. "Il a dit des choses sur ma famille, révèle Martinjak. Ça, je ne le pardonne pas." Podmore, lui, sourit : "S’il veut que ce soit personnel, très bien. Ça me motivera encore plus." Dans le BKB, la haine est un carburant. Et samedi, elle risque de faire des étincelles.
Cullen vs Furey : Le retour du prodige après six ans de silence
Il y a des retours qui surprennent, et puis il y a celui de Liam Cullen. Absent des rings depuis 2018 et son match nul controversé contre Sean George, le Britannique de 32 ans revient comme si de rien n’était, pour affronter Marshall Furey, un novice sous la bannière BKB mais pas sous les projecteurs (il compte plusieurs combats en MMA).
"Six ans, c’est long, admet Cullen. Mais j’avais besoin de faire une pause, de me reconstruire. Maintenant, je suis prêt." Son adversaire, Furey, 28 ans, incarne la nouvelle génération : rapide, technique, et affamé. "Je respecte son expérience, mais je viens pour gagner, pas pour faire joli", lance-t-il. Le contraste est saisissant : d’un côté, un vétéran qui a tout vu ; de l’autre, un jeune loup déterminé à faire ses preuves.
Ce qui rend ce combat fascinant, c’est son imprévisibilité. Cullen a toujours été un combattant cérébral, capable de s’adapter en cours de match. Mais six ans sans compétition, c’est un risque énorme. "La première minute sera cruciale, analyse l’expert Gareth A. Davies du Daily Telegraph. Si Cullen encaisse bien, il peut dominer. Sinon, Furey va le submerger."
Une chose est sûre : le public de Leeds n’oubliera pas de sitôt cette soirée. Entre le retour d’une légende, la fin de carrière d’un guerrier, et des duels explosifs, BKB 47 s’annonce comme l’événement de l’année dans le monde des sports de combat. Et comme le dit si bien Malignaggi : "Quand tu montes sur ce ring, tu ne sais jamais ce qui va se passer. Mais une chose est sûre : tu ne ressortiras pas pareil."
Dans les coulisses du BKB : "On ne boxe pas ici, on survit"
Derrière les projecteurs et les cris de la foule, le Bare Knuckle Boxing cache une réalité bien plus sombre. "Les gens voient les KO, les victoires, mais ils ne voient pas les semaines d’enfer avant le combat, confie un entraîneur anonyme. Ici, tu ne t’entraînes pas pour boxer. Tu t’entraînes pour survivre."
Contrairement à la boxe traditionnelle, où les sparrings sont contrôlés, les préparations en BKB ressemblent souvent à des simulations de guerre. "On travaille les coups au corps, les enchaînements sans gants, les prises de souffle, détaille Joe Doerksen, un ancien combattant reconverti en coach. Un seul coup mal placé, et c’est la fracture. Ici, la marge d’erreur est nulle."
Les combattants le savent : un combat en BKB, c’est deux fois plus de risques qu’en boxe classique. "J’ai vu des gars finir avec des mains en compote, des arcades ouvertes jusqu’à l’os, raconte un médecin présent lors des événements. Le pire ? Certains reviennent quand même." C’est cette folie, ce mélange de courage et de désespoir, qui attire les foules. "Les gens veulent du sang, du spectacle, résume un promoteur. Et nous, on le leur donne."
Samedi, quand Malignaggi et Goodjohn monteront sur le ring, ils emporteront avec eux bien plus que leurs gants (ou leur absence de gants). Ils porteront l’héritage d’un sport qui n’a pas de pitié, mais qui, une fois qu’il vous a dans sa peau, ne vous lâche plus.

