Un duel inattendu : Ruffy brise son tabou des combats entre Brésiliens
Dans l’univers du MMA, les combats entre compatriotes sont souvent évités, par respect ou par crainte de diviser les fans. Pourtant, Maurício Ruffy, 28 ans, a créé la surprise en annonçant via ses stories Instagram que l’UFC lui avait proposé d’affronter Renato Moicano, un autre Brésilien de la division des poids légers. Une révélation qui a immédiatement enflammé les réseaux sociaux, d’autant que Ruffy, connu pour sa réticence à combattre des Brésiliens, semble cette fois-ci ouvert à l’idée.
Pour comprendre ce revirement, il faut remonter à sa dernière performance. Le 2 septembre 2023, à l’UFC Paris, Ruffy a subi sa première défaite en UFC face au Français Benoit Saint Denis, mettant fin à une série de 9 victoires consécutives. Un revers qui a forcément ébranlé sa confiance, mais qui a aussi révélé sa capacité à rebondir. "Parfois, il faut sortir de sa zone de confort pour évoluer", avait-il confié en conférence de presse post-combat. Affronter Moicano, un adversaire expérimenté et technique, pourrait donc être un moyen de se relancer sur le devant de la scène.
Mais pourquoi Moicano ? Le choix n’est pas anodin. Classé #12 au ranking UFC des poids légers (contre #14 pour Ruffy), Moicano représente un défi crédible sans être insurmontable. Une victoire contre lui permettrait à Ruffy de remonter dans la hiérarchie et d’effacer le goût amer de sa défaite parisienne. À l’inverse, un échec le plongeraient dans une zone d’incertitude, d’où l’enjeu colossal de ce potentiel affrontement.
Moicano répond : entre scepticisme et réalisme financier
Contrairement à l’enthousiasme modéré de Ruffy, Renato Moicano a adopté une posture bien plus prudente. Sur X (ex-Twitter), il a rapidement clarifié la situation : "Je n’ai reçu aucune offre officielle de l’UFC pour ce combat. Et même si c’était le cas, il faudrait discuter des conditions." Une réponse qui en dit long sur les couisses des négociations dans le monde du MMA.
Le principal point de blocage ? L’Australie. Le pays, souvent plébiscité pour ses événements spectaculaires (comme l’UFC 293 à Sydney en septembre 2023), impose en effet des taxes pouvant atteindre 45 % sur les bourses des combattants. Un taux exorbitant qui réduit considérablement les gains des athlètes, surtout pour ceux qui, comme Moicano, dépendent de ces revenus pour vivre. "Combattre en Australie, c’est comme travailler pour moitié de son salaire", avait-il déjà dénoncé en 2022 après un événement à Melbourne.
Pourtant, Moicano n’a pas fermement rejeté l’idée. Il a simplement souligné la nécessité de négocier des compensations pour rendre le combat viable. Une position qui reflète son expérience : à 34 ans, avec 19 combats en UFC (12 victoires, 7 défaites), il connaît les rouages du business et sait que chaque détail compte. D’ailleurs, son manager, Dan Lambert (patron de l’American Top Team), est réputé pour être un négociateur hors pair. Si l’UFC veut vraiment ce combat, il faudra probablement revoir la localisation ou les primes.
L’Australie, paradis des événements UFC… mais enfer fiscal pour les combattants
Le cas de l’Australie illustre un paradoxe du MMA moderne : des événements grandioses dans des lieux mythiques, mais des conditions souvent défavorables aux athlètes. Depuis 2018, le pays a accueilli 5 événements UFC, attirant des centaines de milliers de fans. Pourtant, derrière les projecteurs, la réalité est moins glamour.
Prenons l’exemple de Israel Adesanya, qui avait ouvertement critiqué les taxes australiennes après sa victoire contre Robert Whittaker à l’UFC 243 en 2019. Malgré une bourse de 500 000 $ (sans compter les bonus), il avait dû en reverser près de 225 000 $ en impôts. Un prélèvement qui avait provoqué un tollé parmi les combattants, certains allant jusqu’à refuser des combats en Australie. Moicano, lui, semble déterminé à éviter ce scénario : "Si l’UFC veut que je combatte là-bas, ils devront ajuster les termes. Sinon, ce sera non."
Pour Maurício Ruffy, la donne est légèrement différente. Moins expérimenté sur le plan contractuel, il pourrait être tentée d’accepter le combat quitte à rogner sur ses revenus, surtout après sa défaite contre Saint Denis. Mais son équipe veillera sans doute à ce qu’il ne se fasse pas "plumer" financièrement. Une chose est sûre : si ce duel a lieu, ce sera après de rudes négociations.
Ce que ce combat changerait pour les deux hommes
Si l’UFC parvient à surmonter les obstacles logistiques et financiers, ce combat pourrait avoir des conséquences majeures pour les deux hommes.
Pour Ruffy, une victoire contre Moicano serait un coup d’éclat. Non seulement il effacerait sa défaite face à Saint Denis, mais il prouverait qu’il peut battre un top 15, ce qui lui ouvrirait les portes des 10 premiers du ranking. À l’inverse, une nouvelle défaite le renverrait dans l’anonymat des combats préliminaires, avec un moral en berne.
Côté Moicano, les enjeux sont différents. Après une carrière en dents de scie (il a alterné victoires et défaites depuis 2020), il a besoin de stabilité. Un succès contre Ruffy lui permettrait de consolider sa place dans le top 15 et de viser des adversaires mieux classés, comme Rafael Fiziev ou Dan Hooker. Une défaite, en revanche, le rapprocherait dangereusement de la zone de relégation, où les combats deviennent moins prestigieux et les bourses plus faibles.
Enfin, au-delà des implications sportives, ce combat aurait une dimension symbolique. Deux Brésiliens s’affrontant sous la bannière de l’UFC, c’est rare. Et si Ruffy, le jeune loup, l’emporte sur Moicano, le vétéran, cela enverrait un message fort : la nouvelle génération brésilienne est prête à prendre le pouvoir.
Et si tout cela n’était qu’une stratégie de l’UFC ?
Derrière cette proposition, certains y voient une manœuvre calculée de la part de l’UFC. En effet, depuis quelques années, la ligue a pris l’habitude de "tester" des combats via des fuites ou des annonces informelles, histoire de jauger la réaction des fans et des combattants. Si l’engouement est fort, l’UFC officialise. Sinon, elle passe à autre chose.
Dans ce cas précis, plusieurs indices laissent penser que c’est une tactique marketing :
- Le timing : Ruffy sort d’une défaite et a besoin d’un combat "vendeur" pour rester pertinent.
- Le choix de l’adversaire : Moicano est un nom connu, mais pas assez pour exiger une bourse astronomique.
- La localisation : L’Australie est un marché porteur, mais les combattants hésitent à cause des taxes. L’UFC pourrait utiliser cela comme levier de négociation.
Un observateur avisé, comme le journaliste Ariel Helwani, a d’ailleurs ironisé sur Twitter : "L’UFC adore lancer des idées en l’air et voir qui mord à l’hameçon. Parfois, ça marche. Parfois, non. Mais ça fait toujours parler." Reste à savoir si Ruffy et Moicano sont prêts à jouer le jeu jusqu’au bout.

