2022 : L’Arrivée d’un Loup Solitaire
Quand Masaaki Noiri rejoint le ONE Championship en 2022, il incarne le stéréotype du combattant japonais : discipliné, technique, mais profondément individualiste. Ses débuts sous la bannière sont mitigés – une victoire contre Mark Abelardo, suivie d’une défaite face à Shinji Susaki qui le laisse dubitatif. « Je me sentais comme un mercenaire, payé pour gagner, mais sans âme », confiera-t-il plus tard dans une interview pour Sports Nippon. À cette époque, Noiri s’entraîne seul, mange seul, et rumine ses défaites dans le silence de son appartement tokyoïte.
Tout bascule lorsqu’il franchit les portes du Team Vasileus, une équipe fondée par l’ancien champion Masakazu Watanabe. Ici, pas de place pour les egos surdimensionnés. Le premier choc culturel ? Les barbecues dominicaux organisés chez les membres, où les familles se mêlent et où les discussions tournent autant autour des stratégies de combat que des recettes de yakitori. « La première fois, j’ai cru à une blague, se souvient Noiri. Puis j’ai compris : c’était leur façon de construire une famille. »
Le déclic a lieu après une session d’entraînement où Takeru Segawa, alors en pleine préparation pour son combat contre Denis Puric, lui tend un gant en disant : « Aujourd’hui, tu me pousses. Demain, ce sera mon tour. » Une phrase anodine, mais qui résume l’ADN du Team Vasileus. Pour la première fois, Noiri ressent ce qu’il décrit comme un « sentiment d’appartenance » – ce belonging qui manque tant aux athlètes nomades.
La Science de l’Unité : Quand les Barbecues Deiennent des Stratégies
Au Team Vasileus, la camaraderie n’est pas un mot creux. Elle se mesure en heures passées à analyser les faiblesses de Superbon autour d’un tableau blanc, ou en nuits où Yuki Yoza aide Noiri à peaufiner sa garde face aux low kicks. « On partage tout : les données des adversaires, les erreurs en combat, même les doutes, explique Yoza. Chez nous, un échec individuel est une leçon pour l’équipe. »
Prenez l’exemple de la défaite de Takeru Segawa contre Denis Puric en 2023. Au lieu de s’isoler, Segawa a organisé une session de debrief avec Noiri et Yoza, disséquant chaque round comme on autopsie un échec collectif. Résultat ? Une victoire écrasante de Segawa contre Rungrawee Sitsongpeenong trois mois plus tard, avec des ajustements tactiques directement inspirés des retours de ses coéquipiers.
Cette synergie a un nom : l’effet miroir. « Quand je vois Takeru s’entraîner comme un dément, ça me donne envie de faire pareil, avoue Noiri. Et inversement. » Une émulation saine, loin des rivalités toxiques qui minent d’autres teams. Même les repas partagés ont une fonction stratégique : « C’est là qu’on parle vrai, sans les caméras ni les sponsors, précise Watanabe. Un combattant qui ne mange pas avec ses coéquipiers est un combattant qui ne leur fait pas confiance. »
« Pour la première fois, j’ai eu envie de redonner plus que ce que j’avais reçu. » — Masaaki Noiri, 2024
ONE 173 : Le Jour où le Team Vasileus Écrira l’Histoire
Le 16 novembre 2024, le Tokyo Dome vibrera au rythme d’une soirée historique. Pour la première fois, trois membres du Team Vasileus monteront sur le ring lors d’un même événement :
- Masaaki Noiri vs Superbon (pour l’unification du titre des poids plumes)
- Takeru Segawa vs Denis Puric (la revanche tant attendue)
- Yuki Yoza vs Superlek (un choc de styles explosif)
Un alignement des planètes qui n’est pas dû au hasard. « ONE Championship a vu ce qu’on construisait ici, et ils ont voulu en faire un spectacle, analyse Watanabe. Mais pour nous, c’est bien plus qu’un gala : c’est la concrétisation de deux ans de travail collectif. »
Noiri, lui, aborde ce combat avec une sérénité nouvelle. « Avant, je stressais en pensant à la ceinture. Maintenant, je me dis que mes coéquipiers ont déjà porté mes défaites. Alors pourquoi ne pas leur offrir cette victoire ? » Une philosophie qui tranche avec l’approche ultra-compétitive d’un Superbon, connu pour son isolement avant les grands combats. « Lui, il combat pour lui-même. Moi, je combats pour eux, résume Noiri en désignant Segawa et Yoza. Et ça change tout. »
Les bookmakers donnent Noiri outsider (cote à 2.5 contre 1.6 pour Superbon). Mais au Team Vasileus, on sourit : « Ils ne mesurent pas notre unité. »
Derrière les Coulisses : Les Rituels qui Font la Force
Si le Team Vasileus fascine, c’est aussi pour ses rituels uniques, loin des clichés des gyms de combat :
- Le « Circle of Trust » : Avant chaque combat, les membres forment un cercle, posent une main au centre, et répètent à l’unisson : « Un pour tous. » Un geste inspiré des samouraïs, selon Watanabe.
- Les « Failure Nights » : Une fois par mois, chacun doit raconter une défaite ou un échec devant le groupe, sans filtre. « Le jour où Noiri a parlé de sa défaite contre Susaki, on a tous pleuré, se souvient Yoza. Puis on a ri. Puis on a travaillé. »
- Les barbecues « stratégiques » : Chaque grillade est l’occasion de visionner les combats des adversaires… entre deux brochettes. « Superbon déteste les coups au corps, a remarqué Segawa en mangeant un yakitori. Noiri a noté. »
Même les familles sont intégrées. Les enfants des combattants dessinent des « good luck flags » pour les galas, et les épouses organisent des sessions de récupération post-combat (massages, bains de glace). « Ici, une femme de combattant n’est pas une spectatrice, mais une partenaire, explique Mme Watanabe. On gère le mental autant que les muscles. »
Résultat ? Une réduction de 40% des blessures par rapport à la moyenne des teams de ONE (source : rapport médical ONE 2023), et un taux de victoires en hausse de 25% depuis 2022. Des chiffres qui font réfléchir la concurrence… et qui donnent des idées à d’autres organisations comme le RIZIN ou le KSW.
Et Après le 16 Novembre ? L’Héritage du Team Vasileus
Quoi qu’il arrive au ONE 173, une chose est sûre : le Team Vasileus a déjà gagné. « On a prouvé qu’on pouvait être à la fois des tueurs dans le ring et des frères en dehors, résume Segawa. Ça, aucun titre ne peut l’acheter. »
Noiri, lui, rêve déjà de la suite : « Si je bats Superbon, je veux que ce soit une victoire pour le team. Et si je perds… ce sera une leçon pour le team. » Une mentalité qui séduit déjà de jeunes talents japonais, comme Kenta Yamada (19 ans), récemment recruté. « Je suis venu pour les titres, mais je reste pour l’ambiance », confie-t-il.
Watanabe, lui, voit plus loin : « Notre modèle peut inspirer d’autres sports. Imaginez une équipe de football où les joueurs mangent ensemble trois fois par semaine, ou des nageurs qui célèbrent les défaites comme des étapes… »
Une utopie ? Peut-être. Mais le 16 novembre, quand Noiri, Segawa et Yoza entreront dans la cage sous les ovations du Tokyo Dome, une chose sera évidente : leur force ne vient pas seulement de leurs poings. Elle vient de leurs liens.
Le combat entre Masaaki Noiri et Superbon promettait d’être un choc technique. Il sera bien plus que cela : une démonstration de ce que peut accomplir une équipe quand elle transforme la camaraderie en arme secrète. Que Noiri unifie le titre ou non, le Team Vasileus a déjà redéfini ce que signifie « combattre ensemble ». Dans un sport souvent solitaire, ils ont créé un foyer – un endroit où les défaites se partagent, où les victoires se célèbrent en chœur, et où les barbecues préparent les stratégies.
Le 16 novembre, regardez bien au-delà des coups échangés. Observez les coins, les regards complices, les poings levés en synchronisation. Vous y verrez l’avenir du kickboxing : moins une question de ceintures, et bien plus une histoire de famille.

