L’attente insupportable d’un prétendant bloqué
Lerone Murphy est un cas rare dans le monde du MMA : un combattant invaincu (17-0), avec neuf victoires consécutives à l’UFC, qui peine à décrocher un combat marquant. Classé n°4 chez les poids plumes, l’Anglais voit son avenir dans la catégorie des 66 kg s’assombrir, faute d’opportunités. Malgré ses espoirs d’en découdre en décembre, aucune annonce officielle n’a filtré. Une situation d’autant plus frustrante que son dernier combat, en août 2023 contre Aaron Pico (une victoire par KO au 2ᵉ round), avait encore renforcé son statut de prétendant sérieux.
Le problème ? La division des poids plumes est verrouillée par Alexander Volkanovski, champion incontesté, et son challenger officiel, Ilia Topuria. Entre les revanches potentielles (comme Volkanovski vs. Islam Makhachev) et les combats déjà programmés, les places sont chères. Résultat : Murphy, malgré son palmarès impeccable, se retrouve dans une impasse. « Je ne peux pas attendre indéfiniment. À 32 ans, je suis dans la meilleure période de ma carrière, et je veux combattre les meilleurs, pas rester sur le banc », confiait-il récemment lors d’une interview pour MMA Fighting.
Son manager, Tim Simpson, a même évoqué des discussions avec l’UFC pour un combat en co-main event fin 2023, sans succès. Pire : certains rumeurs suggèrent que l’organisation privilégierait des noms plus "vendeurs" comme Brian Ortega ou Yair Rodríguez, malgré leurs défaites récentes. Une logique commerciale qui laisse Murphy, pourtant plus méritant sur le papier, dans l’ombre.
Pourquoi les poids légers (70 kg) pourraient être la solution
Face à ce blocage, "The Iceman" envisage un changement radical : monter chez les poids légers. Une décision mûrement réfléchie, comme il l’explique : « La division des 66 kg est trop stagnante. Chez les 70 kg, il y a plus de mouvement, plus de défis, et surtout, plus de combats qui ont du sens pour moi. » Un argument de poids quand on sait que les légers, historiquement, offrent une densité de talents inégalée (avec des stars comme Islam Makhachev, Charles Oliveira, ou Justin Gaethje).
Techniquement, ce passage semble réaliste : Murphy mesure 1,80 m, une taille idéale pour les légers, et son style explosif (7 KOs en 17 combats) pourrait s’adapter parfaitement à cette catégorie plus physique. D’ailleurs, des exemples récents montrent que ce type de transition peut être payant : Michael Chandler a brillé en passant des plumes aux légers, tout comme Conor McGregor en son temps.
Reste une inconnue : son premier adversaire. Les noms de Rafael Fiziev (en reconstruction après des défaites) ou Dan Hooker (un vétéran toujours dangereux) circulent déjà. Un combat contre l’un d’eux serait un test idéal pour valider son niveau dans cette nouvelle division. « Je ne fuis pas la compétition, au contraire. Je veux des combats qui font sens, pas des matchs d’attente », insiste Murphy.
Le risque : perdre son statut de prétendant aux plumes
Pourtant, ce choix n’est pas sans danger. En quittant les 66 kg, Murphy renonce à son rang de n°4 mondial et devra tout reprendre à zéro chez les légers. Un pari osé, surtout si Volkanovski venait à perdre son titre – une hypothèse plausible après sa défaite récente face à Islam Makhachev à UFC 294. Certains observateurs, comme le journaliste Ariel Helwani, estiment d’ailleurs que Murphy aurait plus à gagner en restant : « S’il attend encore six mois, il pourrait hériter d’un combat pour le titre. Les légers, c’est un nouveau départ, avec des adversaires bien plus coriaces dès le début. »
Autre écueil : la concurrence féroce chez les 70 kg. Contrairement aux plumes, où il dominait physiquement, Murphy devra affronter des combattants souvent plus grands et plus expérimentés dans cette catégorie. Son mentor, Coach John Kavanagh (de la célèbre SBG Ireland), tempère : « Lerone a le niveau pour réussir, mais il devra s’adapter. Les légers, c’est une autre dimension en termes de puissance et de résistance. »
Enfin, il y a la question du timing. Un changement de catégorie implique une phase d’adaptation (nouveau régime alimentaire, sparring partners plus lourds, etc.), ce qui pourrait retarder son retour dans l’Octogone. Or, Murphy a clairement exprimé sa volonté de rester actif : « Je ne veux pas disparaître des radars pendant un an. Si je passe aux légers, ce sera pour combattre rapidement. »
Ce que l’histoire du MMA nous apprend
Pour évaluer les chances de Murphy, un détour par l’histoire s’impose. Les changements de catégorie ont souvent été des tournants majeurs :
Le cas Conor McGregor : En 2015, l’Irlandais est passé des plumes aux légers pour affronter José Aldo (alors invaincu depuis 10 ans). Résultat ? Un KO en 13 secondes et un titre mondial. Un pari audacieux qui a payé, même si McGregor avait déjà un style adapté aux catégories supérieures.
L’échec de TJ Dillashaw : L’ancien champion des coqs avait tenté sa chance chez les mouches en 2019. Bilan ? Une défaite cuisante face à Henry Cejudo, suivie d’une suspension pour dopage. Un rappel que monter de catégorie n’est pas toujours une bonne idée.
Le succès de Michael Chandler : Après une carrière dominatrice à Bellator (poids légers), il a rejoint l’UFC en 2021 et s’est immédiatement imposé comme un prétendant, malgré une défaite face à Justin Gaethje. Preuve qu’un bon timing et une préparation adaptée font la différence.
Où se situe Murphy dans ce paysage ? Probablement entre McGregor et Chandler : un combattant en pleine confiance, avec un style explosif, mais qui devra prouver sa capacité à gérer des adversaires plus lourds.
Et si l’UFC avait déjà un plan pour lui ?
Derrière les déclarations de Murphy se cache peut-être une stratégie plus large de l’UFC. Plusieurs indices laissent penser que l’organisation pourrait pousser discrètement ce changement de catégorie :
1. Un besoin de sang neuf chez les légers : Avec les défaites récentes de Dustin Poirier et Justin Gaethje, la division a besoin de nouveaux visages. Murphy, avec son style spectaculaire, pourrait combler ce vide.
2. Un combat "facile à vendre" : Son affrontement contre Aaron Pico (500 000 PPV) a prouvé qu’il attire l’attention. Un Murphy vs. Rafael Fiziev ou Mateusz Gamrot aurait un potentiel commercial certain.
3. La gestion des ceintures : Si Volkanovski perdait sa ceinture, l’UFC pourrait préférer un Topuria vs. Ortega 2 (plus vendeur) qu’un Murphy vs. le vainqueur. Dans ce cas, quitter les plumes serait un mal pour un bien.
Interrogé sur cette hypothèse, Dana White est resté évasif : « Lerone est un grand combattant. S’il veut monter, on regardera ça. Mais il a encore des choses à faire à 66 kg. » Une réponse qui laisse la porte ouverte aux deux options.
La balle est désormais dans le camp de l’UFC. Si l’organisation lui propose un combat de haut niveau d’ici début 2024 (contre Yair Rodríguez ou Josh Emmett, par exemple), il restera probablement. Dans le cas contraire, les fans pourraient bien le voir affronter Islam Makhachev ou Arman Tsarukyan d’ici un an – un scénario qui, contre toute attente, pourrait s’avérer encore plus excitant.

