Un combat en cinq rounds qui a laissé des traces
La soirée XTB KSW 116, organisée le 7 mars 2026 à l'Arena de Gorzów Wielkopolski, restera dans les mémoires pour son combat principal, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Adrian Bartosiński, champion en titre de la catégorie mi-moyens, affrontait Madars Fleminas, un challenger letton déterminé à ravir le titre. Les cinq rounds ont offert un spectacle technique et intense, où les deux combattants ont alterné entre phases de striking et de grappling. Pourtant, c'est le verdict final qui a volé la vedette à la performance sportive.
Les cartes des juges ont révélé une décision non unanime : deux d'entre eux ont attribué la victoire à Bartosiński avec un score de 48-47, tandis que le troisième a surpris tout le monde en accordant un 50-45 en faveur de Fleminas. Ce dernier score, largement disproportionné par rapport aux deux autres, a immédiatement soulevé des questions sur la cohérence et l'impartialité de l'arbitrage. Fleminas lui-même n'a pas caché sa stupéfaction, tout comme une grande partie du public présent dans l'arène.
Oleksiejczuk entre dans la danse : "Le titre aurait dû revenir à Fleminas"
Parmi les voix qui se sont élevées pour contester le verdict, celle de Cezary Oleksiejczuk, combattant UFC originaire de Lublin, a particulièrement retenu l'attention. Le Polonais, qui a lui-même connu les feux de la rampe en signant avec l'UFC fin 2025 après une victoire remarquée lors des Dana White's Contender Series, n'a pas hésité à partager son opinion sur les réseaux sociaux. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter) le 14 mars 2026, Oleksiejczuk a écrit : "Mais ce combat Bartosiński-Fleminas. À mon avis, ça aurait dû aller au Letton 🫣".
Cette prise de position n'est pas anodine. Oleksiejczuk, qui évolue dans la même catégorie de poids que les deux protagonistes, connaît mieux que quiconque les enjeux d'un combat de championnat. Avec un palmarès impressionnant de 17 victoires pour seulement 3 défaites, dont 11 victoires par KO ou soumission, le Polonais a gravi les échelons du MMA européen avant de faire le saut vers la plus prestigieuse organisation mondiale. Entre 2021 et 2024, il a détenu le titre mi-moyens de la Fédération Européenne de MMA (FEN), qu'il a défendu à trois reprises, prouvant sa régularité au plus haut niveau.
Son avis pèse donc dans la balance, d'autant plus qu'il a lui-même été confronté à des décisions arbitrales controversées au cours de sa carrière. Pour Oleksiejczuk, la performance de Fleminas lors de KSW 116 méritait une reconnaissance plus large, et son intervention sur les réseaux sociaux a relancé le débat sur la subjectivité des juges dans les sports de combat.
L'arbitrage dans le MMA : un débat récurrent et toujours aussi brûlant
Les controverses liées aux décisions arbitrales ne sont pas nouvelles dans le monde du MMA. Que ce soit en UFC, en Bellator ou dans des organisations plus modestes comme KSW, les exemples de verdicts contestés abondent. En 2023, le combat entre Israel Adesanya et Sean Strickland pour le titre des poids moyens de l'UFC avait déjà suscité des remous, avec des scores jugés trop serrés pour refléter la domination de Strickland. Plus récemment, en 2025, le combat pour le titre des poids coqs entre Petr Yan et Merab Dvalishvili avait également divisé les observateurs, certains estimant que Yan avait été lésé par une décision unanime en faveur de son adversaire.
Ces situations soulèvent une question fondamentale : comment garantir l'objectivité des juges dans un sport où la subjectivité est inévitable ? Les critères d'évaluation, tels que l'effective striking, le grappling, l'octagon control ou encore l'aggressiveness, laissent une marge d'interprétation importante. De plus, les juges sont souvent soumis à des pressions, qu'elles soient médiatiques, financières ou même culturelles, ce qui peut influencer leur perception d'un combat.
Dans le cas de KSW 116, l'écart de points entre les deux premiers juges (48-47) et le troisième (50-45) est particulièrement frappant. Un tel fossé suggère soit une erreur manifeste, soit une interprétation radicalement différente des critères d'évaluation. Pour de nombreux experts, dont l'ancien combattant et analyste Jack Slack, ce type de divergence est le signe d'un problème structurel dans la formation et la sélection des juges. "Quand un juge voit un combat complètement différemment de ses pairs, cela pose un problème de crédibilité pour l'ensemble du système. Les organisations doivent investir dans des formations plus rigoureuses et des évaluations régulières pour éviter ce genre de situations.", a-t-il déclaré dans une récente interview.
Fleminas, le challenger qui a marqué les esprits malgré la défaite
Au-delà de la polémique, Madars Fleminas a prouvé lors de KSW 116 qu'il méritait sa place parmi l'élite des mi-moyens européens. Le Letton, connu pour son style agressif et son striking puissant, a mis Bartosiński en difficulté à plusieurs reprises, notamment lors des deuxième et quatrième rounds. Ses enchaînements de coups de poing et ses tentatives de soumission ont démontré une polyvalence qui a impressionné les observateurs.
Fleminas, qui évolue principalement sur la scène européenne, a construit son palmarès en affrontant certains des meilleurs combattants du continent. Avant KSW 116, il comptait 14 victoires pour 3 défaites, avec des victoires notables contre Krystian Kaszubowski et Andreas Michailidis. Son parcours rappelle celui d'autres combattants européens qui ont dû prouver leur valeur dans des organisations régionales avant de prétendre à un contrat avec l'UFC ou d'autres promotions majeures.
Pourtant, malgré ses performances, Fleminas reste un outsider dans le paysage du MMA européen. Son style, bien que spectaculaire, est souvent perçu comme trop risqué, ce qui lui a valu quelques défaites par KO. Cependant, KSW 116 a montré qu'il avait les moyens de rivaliser avec les meilleurs, et sa prestation pourrait bien lui ouvrir les portes d'une organisation plus prestigieuse à l'avenir. "Fleminas a tout pour réussir. Il a le cœur, la technique et la détermination. S'il continue à progresser, il pourrait devenir un sérieux prétendant au titre dans une grande organisation.", a commenté Michael Bisping, ancien champion des poids moyens de l'UFC, lors d'une analyse post-combat.
KSW face à un défi de crédibilité : comment regagner la confiance des fans ?
La controverse autour de KSW 116 intervient à un moment où l'organisation polonaise cherche à s'imposer comme l'une des principales promotions de MMA en Europe. Avec des événements régulièrement diffusés sur des plateformes comme Polsat Sport et Viaplay, KSW attire un public de plus en plus large, mais doit également faire face à des attentes croissantes en matière de professionnalisme et de transparence.
Les réactions des fans et des combattants après le verdict de KSW 116 montrent que la confiance dans l'arbitrage est un enjeu crucial pour l'avenir de l'organisation. Pour regagner cette confiance, KSW pourrait s'inspirer de mesures mises en place par d'autres organisations, comme l'UFC, qui a introduit des systèmes de notation en temps réel et des formations continues pour ses juges. Une autre piste serait d'adopter un système de notation plus transparent, où les cartes des juges seraient rendues publiques immédiatement après le combat, avec une explication détaillée des scores.
En outre, KSW pourrait envisager de collaborer avec des organismes indépendants pour auditer ses processus d'arbitrage et garantir leur impartialité. Une telle démarche, bien que coûteuse, renforcerait la crédibilité de l'organisation et rassurerait les fans, les combattants et les sponsors. "Les organisations de MMA doivent comprendre que leur crédibilité repose en grande partie sur la confiance du public. Si les fans ont l'impression que les combats sont truqués ou mal jugés, ils se tourneront vers d'autres sports ou d'autres promotions.", a souligné John Morgan, journaliste spécialisé dans les sports de combat.
Enfin, KSW pourrait profiter de cette controverse pour lancer une campagne de communication visant à expliquer les critères d'arbitrage et les défis auxquels sont confrontés les juges. En éduquant le public, l'organisation pourrait réduire les malentendus et les frustrations liées aux décisions arbitrales.
Le combat entre Adrian Bartosiński et Madars Fleminas lors de KSW 116 restera comme l'un des plus controversés de l'histoire récente de l'organisation. Si Bartosiński conserve sa ceinture, sa victoire est entachée par un verdict qui a divisé les fans, les experts et même les combattants. Cezary Oleksiejczuk, en prenant position en faveur de Fleminas, a relancé le débat sur l'objectivité de l'arbitrage dans le MMA, un sujet qui dépasse largement le cadre de KSW.
Pour l'organisation polonaise, cette polémique représente à la fois un défi et une opportunité. En prenant des mesures concrètes pour améliorer la transparence et la formation de ses juges, KSW pourrait transformer cette crise en une chance de renforcer sa crédibilité et de s'imposer comme une référence en Europe. Quant à Fleminas, sa performance lors de KSW 116, bien que non récompensée, pourrait bien lui ouvrir les portes d'une nouvelle étape dans sa carrière.
Une chose est sûre : dans un sport où chaque décision peut changer une carrière, la question de l'arbitrage restera au cœur des débats. Et KSW 116 en est la preuve la plus récente.

