De l’octogone aux boardrooms : comment Khabib est devenu un magnat du sport
Quand Khabib Nurmagomedov a raccroché ses gants en 2020, après une victoire écrasante contre Justin Gaethje à UFC 254, peu imaginaient qu’il deviendrait l’un des entrepreneurs les plus influents du monde sportif. Pourtant, en à peine quatre ans, "The Eagle" a bâti un empire : une ligue de MMA (Eagle FC), une marque de vêtements (Eagle Brand), et désormais, un réseau mondial de gyms high-tech soutenu par un géant financier, MultiBank Group.
Ce partenariat, officialisé en mars 2024, marque un tournant. Comme l’explique Ahmed Khaleel, PDG de MultiBank : "Khabib incarne la discipline et l’excellence. En combinant son expertise sportive avec notre ecosysteme financier et technologique, nous créons un modèle inédit." Concrètement, MultiBank injecte des fonds colossaux (les rumeurs évoquent entre 2 et 5 milliards de dollars) pour développer trois piliers : les gyms, la plateforme Gameplan, et l’expansion de l’Eagle FC.
Mais pourquoi un tel investissement ? La réponse tient en un mot : data. Les gyms "Khabib" ne seront pas de simples salles de sport. Elles intégreront des capteurs IoT pour analyser les performances en temps réel, des programmes d’IA personnalisés, et même des simulateurs de combat en réalité virtuelle. "Nous voulons que chaque athlète, du débutant au pro, ait accès aux mêmes outils que les champions UFC", déclare Nurmagomedov.
30 gyms, 5 continents : une révolution ou un mirage marketing ?
Le chiffre fait rêver : 30 salles d’ici 2026, réparties en Amérique du Nord, Europe, Asie, Moyen-Orient et Afrique. La première, inaugurée à Dubaï en avril 2024, donne le ton : 2 000 m², un octogone réglementaire, des zones de récupération cryogénique, et un "Eagle Lab" dédié à la recherche en sciences du sport. "C’est comme un Disneyland pour les fighters", s’enthousiasme Islam Makhachev, protégé de Khabib et champion UFC actuel.
Pourtant, des voix s’élèvent. John Kavanagh, entraîneur de Conor McGregor, tempère : "Ces mega-gyms sont impressionnants, mais ils risquent de tuer l’âme des petits clubs où se forment les vrais talents. Le MMA, c’est aussi des garages et des salles miteuses où on sue à l’ancienne." Un avis partagé par Fernando Halfon, analyste chez MMA Fighting : "Khabib crée une élite high-tech, mais à quel prix ? Les abonnements coûteront probablement 200 à 500$ par mois – hors de portée pour 90% des pratiquants."
Autre défi : la standardisation. Comment adapter un modèle unique à des cultures aussi différentes que le Brésil, la Russie ou le Japon ? Khabib mise sur des partenariats locaux. À Rio de Janeiro, par exemple, le gym collaborera avec l’académie Nova União (qui a formé José Aldo) pour intégrer le jiu-jitsu brésilien. À Moscou, ce sera avec le Fight Club Berkut de Fedor Emelianenko.
Gameplan : quand le Web3 rencontre le MMA
Moins médiatisée que les gyms, la plateforme Gameplan pourrait bien être la pièce maîtresse du projet. Développée en partenariat avec des experts en blockchain, elle promet de "réinventer l’engagement des fans". Concrètement :
- NFTs "Eagle Pass" : Des cartes numériques donnant accès à des contenus exclusifs (sessions d’entraînement en direct, Q&A avec Khabib, etc.).
- Tokenisation des athlètes : Les fans pourront "investir" dans des fighters via des jetons, et recevoir des dividendes en fonction de leurs performances.
- Metaverse : Des événements virtuels où les utilisateurs pourront s’entraîner avec des avatars de champions, ou assister à des combats en 360°.
Un concept qui divise. Chael Sonnen, légende du MMA, ironise : "Donc maintenant, en plus de se faire cogner dessus, les fighters devront gérer leur portefeuille crypto ? Super." À l’inverse, Ben Askren y voit un "game-changer" : "Si ça permet aux petits fighters de monétiser leur image dès le début de leur carrière, pourquoi pas ?"
Reste la question de l’adoption massive. Le Web3 peine encore à convaincre hors des cercles tech. Khabib mise sur sa notoriété pour démocratiser l’outil : "Les fans veulent se sentir proches de leurs idoles. Gameplan leur donne cette chance, tout en leur offrant des opportunités financières."
Eagle FC : la ligue qui veut concurrencer l’UFC
Troisième volet du partenariat : l’expansion de l’Eagle FC, la ligue fondée par Khabib en 2020. Avec des événements déjà organisés à Miami, Dubaï et Moscou, l’objectif est clair : "Devenir la deuxième organisation mondiale d’ici 2027", selon son PDG, Rizvan Magomedov.
Pour y parvenir, l’Eagle FC mise sur :
- Des règles innovantes : Combats en 3 rounds de 7 minutes (contre 5x5 à l’UFC), juges supplémentaires pour limiter les controverses.
- Un focus sur les marchés émergents : Tournois en Inde, Kazakhstan et Arabie Saoudite, où le MMA explose.
- Des contrats "fighter-friendly" : Meilleure répartition des revenus (50/50 avec les athlètes contre ~30/70 à l’UFC), assurances santé étendues.
Résultat : des stars comme Kevin Lee ou Shamil Abdurakhimov ont déjà rejoint l’aventure. Mais l’UFC reste un géant. Dana White, son président, balaye la concurrence d’un revers : "Khabib est un grand champion, mais gérer une ligue, c’est autre chose. On verra dans cinq ans."
Un défi de taille, d’autant que l’Eagle FC a essuyé des critiques après son événement à Miami en janvier 2023 (problèmes d’organisation, cartes de combats jugées faibles). Khabib assume : "On apprend. Rome ne s’est pas construite en un jour. Mais nous avons une vision à long terme, pas juste des profits à court terme."
Derrière les projecteurs : les coulisses d’un empire en construction
Ce que peu savent, c’est que ce partenariat avec MultiBank a failli ne jamais voir le jour. En 2022, Khabib et son équipe ont approché plusieurs fonds d’investissement, dont BlackRock et SoftBank, sans succès. "Ils ne comprenaient pas notre vision holistique", confie une source proche du dossier. Tout a changé quand Ahmed Khaleel (MultiBank) a proposé un modèle hybride, mêlant private equity, sponsoring et technologie.
Autre détail révélateur : les gyms ne seront pas 100% détenus par Khabib. MultiBank en possédera 49%, le reste étant réparti entre des investisseurs locaux et... les athlètes eux-mêmes. "Nous voulons que les fighters soient actionnaires de leur propre succès", explique Nurmagomedov. Une philosophie qui tranche avec les pratiques de l’UFC, souvent critiquées pour leur opacité financière.
Enfin, saviez-vous que le logo des gyms "Khabib" a été dessiné par Sheikh Majid Al Mualla, un artiste émirati connu pour ses collaborations avec Louvre Abu Dhabi ? Ou que la musique d’ambiance des salles sera composée par Timati, le rappeur russe ami de Khabib ? Ces détails, soigneusement orchestrés, montrent à quel point ce projet est pensé comme une marque lifestyle, bien au-delà du simple sport.
Et demain ? Les 3 scénarios possibles
Scénario 1 : Le succès fulgurant
Si les gyms séduisent (objectif : 500 000 membres d’ici 2027) et que l’Eagle FC signe des stars comme Islam Makhachev ou Khamzat Chimaev, Khabib pourrait devenir le premier milliardaire issu du MMA. Gameplan deviendrait la référence du Web3 sportif, et les gyms, des temples du combat moderne.
Scénario 2 : L’échec partiel
Les coûts explosent (un gym "Khabib" coûte 10 à 15M$ à construire), les abonnements restent élitistes, et l’Eagle FC peine à percer face à l’UFC. Khabib recentre alors son activité sur la formation des athlètes (via des académies moins chères) et le développement de Gameplan.
Scénario 3 : Le crash
La bulle Web3 éclate, les gyms ferment faute de rentabilité, et l’Eagle FC est rachetée par un concurrent (Bellator ? ONE Championship ?). Khabib reste une légende, mais son empire s’effondre – un peu comme la XFL de Vince McMahon.
Alors, pari réussi ou folie des grandeurs ? Une chose est sûre : avec Khabib, même les échecs sont spectaculaires.

