Rio s’embrase pour un dernier adieu
Samedi 27 juillet 2024, la Farmasi Arena de Rio de Janeiro a été le théâtre d’un moment historique. Sous les cris de "O Rei!" (Le Roi), Jose Aldo, vêtu d’un short aux couleurs du Brésil, a fait son entrée pour la dernière fois. Pas pour combattre, mais pour dire adieu. À 39 ans, après 20 ans de carrière et des dizaines de batailles légendaires, le Brésilien a officiellement annoncé sa retraite, cinq mois après sa défaite face à Aiemann Zahabi à l’UFC 300. Un combat qu’il avait perdu, mais qui n’a en rien entaché son statut d’icône.
La cérémonie, organisée par l’UFC, a été sobre mais intense. Aldo, visiblement ému, a remercié ses supporters, sa famille – sa femme Viviane et sa fille Joana étaient présentes – et ses coéquipiers de la Nova União, le camp brésilien qui l’a vu grandir. "Je pars la tête haute", a-t-il déclaré, la voix tremblante. "J’ai donné tout ce que j’avais, et aujourd’hui, je passe le flambeau. Mais le MMA restera toujours dans mon cœur." Des mots simples, mais qui ont résonné comme un testament.
La foule, debout, a scandé son nom pendant de longues minutes. Des fans brandissaient des pancartes "Obrigado, Aldo" (Merci, Aldo), tandis que des images de ses plus grands combats défilaient sur les écrans géants. Parmi elles, son KO contre Mike Brown en 2009, qui avait scellé son règne au WEC, ou encore son duel épique contre Frankie Edgar en 2013, souvent cité comme l’un des meilleurs combats de l’histoire des poids plumes.
18 combats, 0 défaite : l’ère Aldo (2006-2015)
Entre novembre 2006 et décembre 2015, Jose Aldo a dominé la division des poids plumes comme aucun autre. Une série de 18 victoires consécutives, dont neuf défenses de titre réussies (4 au WEC, 5 à l’UFC), qui reste à ce jour la plus longue invincibilité de l’histoire de la catégorie. Son règne a commencé au WEC 41, quand il a soumis Mike Brown en deux rounds pour remporter la ceinture. Puis, quand l’UFC a absorbé le WEC en 2010, Aldo est devenu le premier champion des poids plumes UFC, un titre qu’il a défendu avec une autorité rare.
Son style ? Un mélange détonant de muay-thaï explosif, de jab précis, et d’une défense au sol redoutable. "Il avait tout : la puissance, la technique, et une intelligence de combat incroyable", analyse John Kavanagh, entraîneur de Conor McGregor. "Il pouvait te battre debout, au sol, en cinq rounds ou en trente secondes. C’était un cauchemar pour ses adversaires." Preuve de cette polyvalence, Aldo a battu des spécialistes du grappling comme Urijah Faber (à deux reprises) ou des frappeurs comme Chad Mendes (également deux fois), en adaptant son jeu à chaque défi.
Pourtant, malgré cette domination, Aldo n’a jamais été un champion "parfait". Ses détracteurs lui reprochaient parfois un style "trop défensif", notamment après sa victoire controversée contre Frankie Edgar en 2013. "Il gagnait, mais sans toujours écraser", confie un journaliste de MMA Fighting. "Mais c’est justement ça, la marque d’un vrai champion : gagner, même quand ce n’est pas joli." Une philosophie qui a fait de lui un combattant redouté, capable de s’adapter à toutes les époques.
"Le roi est mort, vive le roi" : l’héritage d’Aldo
Quand Conor McGregor a mis fin à son règne en 13 secondes à l’UFC 194 (décembre 2015), beaucoup ont cru que l’ère Aldo était terminée. Pourtant, même après cette défaite, il est resté une référence. "Aldo a construit cette division", déclare Max Holloway, double champion des poids plumes et rival de longue date. "Sans lui, je ne serais pas là. Il m’a appris à être un vrai professionnel."
Son influence se mesure aussi dans les chiffres :
- 7 titres de "Combat de la Soirée" en UFC/WEC.
- 3 titres de "Performance de la Soirée".
- 15 victoires par KO/TKO en 31 combats professionnels.
- Classé n°1 des poids plumes pendant 1 848 jours (plus de 5 ans).
Même ses rivaux les plus féroces, comme Chad Mendes (qu’il a battu à trois reprises), ont rendu hommage à son professionnalisme. "On se détestait dans la cage, mais en dehors, c’était un homme respectable", a confié Mendes après l’annonce de sa retraite. "Il a élevé le niveau de tous ceux qui l’ont affronté." Une preuve que Aldo a transcendé les clivages, unifiant le MMA autour de son nom.
Les réactions : un hommage unanime
Les réseaux sociaux ont explosé après l’annonce. Des champions en activité comme Alexander Volkanovski ("Un pionnier, un exemple") à des légendes comme Georges St-Pierre ("Un vrai guerrier"), en passant par des personnalités du sport comme LeBron James ("Respect au roi"), les hommages ont afflué. Même Dana White, président de l’UFC, souvent avare de compliments, a déclaré : "Jose Aldo est l’un des plus grands de tous les temps. Point."
Parmi les messages les plus poignants, celui de Urijah Faber, son rival puis ami : "On a partagé des guerres, des victoires, des défaites… Mais aujourd’hui, je ne vois que le respect. Tu as changé ce sport à jamais, mon frère." Ou encore celui de Frankie Edgar, qu’il a affronté à deux reprises : "Tu m’as poussé à devenir meilleur. Merci pour tout, champion."
Au Brésil, l’émotion était palpable. Des fans ont organisé des veillées devant des écrans géants à Rio, São Paulo, et même dans sa ville natale de Manaus. "C’est comme si un morceau de nous partait", confie Marcos, un fan de 28 ans. "Il représentait plus que le sport : il était la fierté du Brésil."
Et maintenant ? Le futur d’Aldo hors de la cage
Si Aldo raccroche les gants, il ne quitte pas pour autant le MMA. Dans une interview accordée à Globo Esporte, il a évoqué plusieurs projets :
- Devenir entraîneur : "Je veux transmettre ce que j’ai appris. Peut-être ouvrir une académie."
- Travailler avec l’UFC : "Dana [White] m’a proposé un rôle d’ambassadeur. On en discutera."
- Se lancer dans les affaires : "J’ai des opportunités dans l’immobilier et les partenariats sportifs."
Une chose est sûre : Aldo ne disparaîtra pas. "Je serai toujours là, d’une manière ou d’une autre", a-t-il promis. "Le MMA est ma vie." Des mots qui rassurent ses fans, même si rien ne remplacera le frisson de le voir monter dans la cage.
Quant à la division des poids plumes, elle entre dans une nouvelle ère. Avec des talents comme Ilia Topuria (champion actuel) ou Max Holloway (toujours en chasse), le niveau n’a jamais été aussi élevé. Mais comme le souligne Volkanovski : "On est tous des héritiers d’Aldo. Sans lui, on ne serait pas là."

