Une rivalité qui a marqué l'histoire du MMA
Peu de duels dans l'univers du MMA ont atteint l'intensité et la portée culturelle de celui opposant Jon Jones et Daniel Cormier. Leurs deux affrontements en 2015 (UFC 182) et 2017 (UFC 214) ont marqué les esprits, non seulement pour leur niveau technique, mais aussi pour les tensions extrêmes qui les ont accompagnés. Provocations en conférence de presse, regards noirs lors des pesées, échanges musclés dans les médias... Leur opposition a dépassé le simple cadre sportif pour devenir un phénomène culturel du MMA.
Pourtant, malgré une rivalité aussi enflammée, les deux hommes n'ont croisé le fer que deux fois en combat officiel. Leur premier duel, remporté par Jones par décision unanime, avait été entaché par une controverse : Cormier avait accusé son adversaire d'avoir utilisé des eye pokes (coups de doigts dans les yeux) de manière intentionnelle. Leur seconde rencontre, tout aussi disputée, s'était soldée par un KO de Jones en troisième round, avant que le résultat ne soit annulé en raison d'un contrôle antidopage positif de Jones. Une fin en queue de poisson qui n'a fait qu'attiser les frustrations.
Aujourd'hui, alors que les deux légendes ont raccroché les gants (Jones en 2023, Cormier en 2020), une proposition inattendue pourrait les réunir une dernière fois : un combat de grappling caritatif. Une idée qui, si elle se concrétise, offrirait une conclusion symbolique à l'une des plus grandes rivalités du sport.
Un combat de grappling pour une bonne cause : l'annonce qui surprend
C'est sur le réseau social X (ex-Twitter) que Jon Jones a révélé avoir été approché pour ce projet insolite. Sa réponse ? Un « Absolument » sans équivoque. « Si DC [Daniel Cormier] est partant, je suis là. Et je lui rappelle que je mène déjà 3-0 dans nos confrontations », a-t-il ajouté, faisant référence à leurs deux combats officiels et à une session d'entraînement en 2011 où Jones aurait dominé Cormier en grappling – un épisode souvent évoqué par le premier, mais contesté par le second.
Ce format, loin des règles de l'UFC, présente plusieurs avantages :
- Un cadre moins violent : sans coups de poing ni de pied, le risque de blessures graves est réduit, ce qui est crucial pour deux athlètes retraités.
- Une dimension technique : Jones et Cormier sont tous deux d'excellents grapplers, avec des styles complémentaires (le wrestling explosif de Jones vs le judo et le contrôle au sol de Cormier).
- Un événement caritatif : une occasion de lever des fonds pour une cause qui reste à préciser, tout en offrant un spectacle unique aux fans.
Reste à savoir si Daniel Cormier, aujourd'hui commentateur pour l'UFC et ESPN, acceptera le défi. Lors d'un récent podcast, il a réagi avec prudence : « Jon aime parler, mais est-ce qu'il est vraiment prêt à monter sur le tapis ? On verra. Moi, je ne ferme aucune porte, mais il faut que ce soit bien organisé. » Une réponse en demi-teinte qui laisse planer le doute... et l'espoir.
« 3-0 » : le jeu mental de Jon Jones
Si ce combat voit le jour, l'aspect psychologique sera aussi crucial que la préparation physique. Jon Jones, maître en la matière, n'a pas manqué de rappeler son avantage mental sur Cormier. « Il sait que je l'ai dominé en striking, en grappling, et même dans sa tête », a-t-il déclaré lors d'une interview pour MMA Fighting.
Pourtant, les observateurs soulignent que Cormier n'a jamais été aussi à l'aise que dans les phases de lutte et de contrôle au sol. Son palmarès en wrestling (double champion NCAA) et son expérience en judo (ceinture noire) en font un adversaire redoutable dans ce domaine. « Jon a peut-être un avantage en combat debout, mais sur un tapis, c'est une autre histoire », estime Henry Cejudo, ancien champion UFC et spécialiste du grappling.
Un détail intrigue : lors de leur unique session d'entraînement en 2011, les témoignages divergent. Jones clame avoir soumis Cormier à plusieurs reprises, tandis que ce dernier minimise l'incident, arguant qu'il s'agissait d'un simple sparring sans enjeu. Qui dit vrai ? Ce combat de grappling pourrait enfin apporter une réponse... et peut-être réécrire l'histoire.
Pourquoi ce combat pourrait (ou non) voir le jour
Plusieurs facteurs jouent en faveur de cette confrontation :
- L'engouement des fans : la rivalité Jones/Cormier reste l'une des plus suivies de l'UFC. Un sondage réalisé par MMA Junkie révèle que 78 % des supporters seraient prêts à payer pour voir ce duel.
- Un format innovant : les combats de grappling entre légendes du MMA (comme le récent Nate Diaz vs. Tony Ferguson) attirent une audience croissante.
- Une cause caritative : un argument de poids pour motiver les deux hommes, connus pour leur engagement humanitaire (Cormier soutient des programmes éducatifs, Jones des associations contre les addictions).
Cependant, des obstacles subsistent :
- L'âge et la condition physique : Jones (36 ans) et Cormier (45 ans) ne sont plus en pleine forme. Un entraînement intensif pourrait s'avérer risqué.
- Les négociations financières : même pour une cause caritative, un tel événement nécessiterait des sponsors majeurs et une logistique complexe.
- Les egos : Cormier a toujours refusé de reconnaître la supériorité de Jones. Accepter ce combat pourrait être perçu comme une faiblesse.
« Ce serait un rêve pour les fans, mais un cauchemar à organiser », résume Ariel Helwani, journaliste spécialisé. Une chose est sûre : si le combat a lieu, il fera date. Sinon, il restera comme le duel qui aurait pu l'être...
Et si tout cela n'était qu'une stratégie de communication ?
Certains y voient une manœuvre marketing de la part de Jones, connu pour son sens du spectacle. « Jon adore attirer l'attention, surtout depuis sa retraite. Et quoi de mieux que de relancer la machine avec DC ? », analyse Chael Sonnen, autre légende du trash-talking.
D'autres, comme l'ancien manager de Cormier, Ali Abdelaziz, pensent que le combat a une réelle chance de se concrétiser : « Daniel est compétiteur dans l'âme. S'il sent que Jon le provoque, il ne pourra pas résister. » Une hypothèse crédible, tant Cormier a toujours répondu présent face aux défis.
Quant à la dimension caritative, elle pourrait être le véritable moteur du projet. Jones, qui a multiplié les démêlés judiciaires et les controverses, cherche aujourd'hui à redorer son image. Une action humanitaire de grande envergure serait un moyen idéal d'y parvenir. Cormier, lui, a toujours été engagé dans des causes sociales. Leur collaboration pour un tel événement aurait un impact médiatique énorme.
Affaire à suivre, donc. Mais une chose est certaine : que ce combat ait lieu ou non, il alimente déjà les conversations – et c'est peut-être bien là l'objectif.

