Le KO qui a relancé la légende : Prochazka vs. Rountree, un tournant
Octobre 2023, Singapour. Le public de l’UFC Fight Night retient son souffle : Jiri Prochazka, après un début de combat hésitant, enchaîne une série de coups d’une précision chirurgicale. Khalil Rountree, pourtant solide et expérimenté, s’effondre sous un crochet du gauche d’une violence rare. Le KO est si spectaculaire qu’il fait immédiatement le tour des réseaux sociaux, rappelant au monde entier pourquoi "Poatan" était autrefois le roi des mi-lourds.
Ce succès n’est pas qu’une victoire de plus. C’est un électrochoc. Après deux défaites face à Alex Pereira – dont un KO dévastateur en novembre 2022 –, beaucoup doutaient de sa capacité à revenir au premier plan. Pourtant, Prochazka a prouvé ce soir-là qu’il possédait encore cette résilience mentale et cette puissance explosive qui avaient fait de lui un champion. « Ce combat était crucial. Je devais montrer que je pouvais encore dominer, même après des échecs », confiait-il en conférence de presse, le visage marqué par l’effort mais le regard déterminé.
La trilogie comme obsession : Pereira, l’ennemi intime
Si Prochazka a un nom en tête, c’est bien celui d’Alex Pereira. Leur rivalité, née en 2022, est devenue l’une des plus intenses de l’UFC. Deux combats, deux défaites pour le Tchèque – dont une par KO au 5ᵉ round lors de leur premier affrontement pour le titre. Pourtant, loin de se décourager, Prochazka voit en Pereira la seule clé pour retrouver sa couronne.
« Je veux ce troisième combat. Ce n’est pas une question de vengeance, mais de justice. Je sais que je peux le battre », a-t-il déclaré à Michael Bisping sur Believe You Me. Une détermination qui contraste avec les rumeurs persistantes sur un éventuel passage en poids lourds (où son gabarit imposant pourrait faire des ravages) ou en poids moyens (pour affronter des adversaires comme Israel Adesanya). Mais Prochazka balaye ces hypothèses d’un revers de main : « Les 205 livres, c’est ma maison. C’est là que je veux régner à nouveau. »
Le problème ? Pereira, lui, semble se diriger vers un super-combat contre Jon Jones, actuel champion des lourds. Une confrontation qui, si elle se concrétise, pourrait reporter sine die les espoirs de Prochazka. Qu’à cela ne tienne : le Tchèque s’entraîne comme si le combat était déjà signé, prêt à sauter sur l’opportunité dès que Pereira sera disponible.
"Poatan" et la malédiction du titre : le souvenir de l’UFC 275
Pour comprendre l’acharnement de Prochazka, il faut remonter à juin 2022, à Singapour, lors de l’UFC 275. Ce soir-là, face à Glover Teixeira, alors champion des mi-lourds, Prochazka livre l’un des combats les plus fous de l’histoire de l’UFC. Après des rounds épiques où les deux hommes s’échangent des coups d’une violence inouïe, le Tchèque finit par soumettre Teixeira au 5ᵉ round, devenant le premier champion tchèque de l’UFC.
Le bonheur sera de courte durée. Une blessure à l’épaule le force à vacquer le titre quelques mois plus tard, sans même avoir pu le défendre. Un coup dur, mais qui a forgé sa mentalité : « Ce titre, je l’ai gagné dans la souffrance. Je le reprendrai de la même manière », confie-t-il souvent.
Aujourd’hui, Prochazka voit en Pereira une chance de réécrire l’histoire. Une trilogie qui, si elle se conclut par une victoire tchèque, effacerait les doutes et scellerait définitivement son héritage. Certains critiques, comme le commentateur Joe Rogan, estiment cependant que Pereira a « trop de puissance et de précision pour Prochazka ». Une opinion que le principal intéressé balaye avec un sourire en coin : « Les experts avaient aussi dit que Teixeira était trop expérimenté. Regardez ce qui s’est passé. »
Derrière les gants : la méthode Prochazka, entre folie et discipline
Ce que peu de gens savent, c’est que Jiri Prochazka a une routine d’entraînement pour le moins… atypique. Entre les séances de sparring extrêmes (il affronte souvent des partenaires plus lourds pour simuler la puissance de Pereira), les méditations en pleine forêt (une habitude prise durant son enfance en République tchèque), et les séances de cryothérapie pour récupérer plus vite, sa préparation est un mélange de science et de spiritualité.
« Je ne m’entraîne pas juste pour gagner. Je m’entraîne pour dominer, pour briser mes limites », explique-t-il. Une philosophie qui transparaît dans ses combats, où il alterne entre des débuts lents (pour étudier son adversaire) et des finitions explosives. Contre Rountree, par exemple, il a laissé son rival prendre l’ascendant durant le premier round avant de déclencher un KO en 89 secondes au 2ᵉ round.
Son coach, Filip Macek, révèle une anecdote édifiante : « Avant le combat contre Pereira, Jiri a passé trois semaines à s’entraîner avec un sac de 30 kg sur le dos pour simuler la pression. Quand il l’a enlevé, il se sentait léger comme une plume. » Une approche qui peut sembler excessive, mais qui explique sa capacité à encaisser et à rebondir même dans les moments les plus difficiles.
Et si Pereira n’est pas disponible ? Les plans B de Prochazka
Bien que focalisé sur Pereira, Prochazka n’est pas dupe : les aléas de l’UFC pourraient retarder – voire annuler – leurs retrouvailles. Dans cette éventualité, plusieurs noms circulent pour garder le Tchèque actif :
- Jamahal Hill : L’ancien champion, actuellement en convalescence, pourrait être un adversaire de choix pour un combat « interim ».
- Magomed Ankalaev : Le Russe, invaincu depuis 2018, représente un défi technique majeur.
- Jan Blachowicz : Une revanche contre son compatriote polonais (qu’il a battu en 2020) pour relancer la rivalité européenne.
Prochazka, cependant, reste prudent : « Je ne veux pas de combats faciles. Je veux des défis qui me rapprochent du titre. Si ce n’est pas Pereira, ce sera quelqu’un d’autre dans le top 3. » Une déclaration qui en dit long sur son ambition inébranlable.
Certains observateurs, comme le journaliste Ariel Helwani, soulignent toutefois un risque : « Prochazka a 31 ans. Combien de temps peut-il attendre Pereira sans perdre en pertinence ? » Une question légitime, mais à laquelle le Tchèque répond par les faits : en enchaînant les victoires et en restant le combattant le plus dangereux de la division.
Le rêve tchèque : ramener la ceinture à Prague
Au-delà des titres et des records, Prochazka porte une mission presque patriotique : devenir le premier Tchèque à défendre avec succès un titre de l’UFC sur son sol natal. Un rêve qui, s’il se réalise, pourrait donner lieu à un événement historique à Prague, une ville où le MMA gagne en popularité mais manque encore de stars locales.
« Imaginez l’énergie dans l’arène si je combats pour le titre ici, devant mes compatriotes… Ce serait magique », s’enthousiasme-t-il. Un scénario qui, s’il semble lointain, n’est pas impossible : l’UFC a déjà organisé des événements en Europe de l’Est (comme à Varsovie ou Moscou avant la guerre en Ukraine), et une carte centrée sur Prochazka pourrait attirer des milliers de fans.
En attendant, le Tchèque continue de s’entraîner dans son camp de Brno, entouré d’une équipe réduite mais ultra-dévouée. Pas de « team » tape-à-l’œil, pas de sponsors flamboyants : juste un homme et son obsession. « Les ceintures, les lumières, les caméras… Tout ça, c’est éphémère. Ce qui compte, c’est ce que je laisse derrière moi », conclut-il, philosophe.
Une chose est sûre : que ce soit face à Pereira, Hill, ou un autre prétendant, Jiri Prochazka n’a pas fini de faire parler de lui. Et cette fois, il compte bien écrire la fin de l’histoire à sa manière.
Si la trilogie contre Pereira se concrétise, elle promet d’être l’une des plus explosives de l’histoire récente. En attendant, une chose est certaine : dans l’ombre des projecteurs, « Poatan » prépare son retour. Et cette fois, il compte bien ne plus lâcher prise.

