Un combat qui dépasse les catégories
Quand Jack Della Maddalena montera dans l’Octogone le 15 novembre 2024 pour affronter Islam Makhachev, ce ne sera pas qu’un simple titre en jeu. Ce sera une question d’héritage, de légitimité, et peut-être même de redéfinition des limites physiques dans le MMA. L’Australien, champion en titre des poids mi-moyens (77 kg) et invaincu depuis ses débuts professionnels (18-0), affronte un adversaire qui a déjà marqué l’histoire : Makhachev, ancien champion des poids légers (70 kg) et considéré comme l’un des meilleurs grapplers de tous les temps.
Pour Della Maddalena, ce combat représente sa première défense de ceinture – un baptême du feu contre un adversaire classé n°2 au classement livre pour livre de l’UFC. Une victoire lui permettrait de s’imposer comme une force incontestable des mi-moyens. Pour Makhachev, l’enjeu est tout autre : prouver qu’il peut dominer une catégorie supérieure, là où peu ont réussi avant lui. Les exemples de Conor McGregor (qui a tenté l’aventure en poids légers et mi-moyens) ou Georges St-Pierre (double champion) montrent que le défi est colossal, mais pas impossible.
Ce qui rend ce combat encore plus fascinant, c’est le contraste radical des styles. Della Maddalena, c’est l’explosivité pure : 78 % de ses victoires se terminent avant la limite (14 sur 18), avec une prédilection pour les KO dévastateurs. Makhachev, lui, incarne la précision technique : maître en samba (lutte daghestanaise) et en contrôle au sol, il étouffe ses adversaires avec une méthode implacable. "C’est un combat entre un ouragan et un rocher. Qui va l’emporter ? Le chaos ou la stratégie ?", résumait récemment le commentateur Joe Rogan.
Della Maddalena : L’outsider qui n’a peur de rien
À 29 ans, Jack Della Maddalena est loin d’être un inconnu, mais son parcours reste celui d’un outsider déterminé. Originaire de Perth, en Australie, il a gravi les échelons avec une agressivité rare, combinant des coups de poing précis à une capacité à terminer les combats rapidement. Son palmarès parle pour lui : 14 victoires par KO (8) ou soumission (6), et une moyenne de 1,5 round par combat depuis 2019.
Face à Makhachev, Della Maddalena mise sur sa puissance de frappe et son endurance. "Je ne vais pas changer ce qui marche. Je vais le frapper fort, le frapper souvent, et lui montrer que les mi-moyens, c’est une autre paire de manches. Il a peut-être dominé les légers, mais ici, il va rencontrer un mur", déclarait-il lors d’une conférence de presse. Une confiance qui s’appuie sur des faits : parmi ses dernières victoires, on compte des noms comme Sean Brady (soumission en 2023) ou Randy Brown (KO en 2022), deux adversaires réputés pour leur résistance.
Pourtant, certains observateurs restent sceptiques. Daniel Cormier, double champion UFC et désormais commentateur, tempère : "Della Maddalena a un menton en acier et des poings lourds, mais Makhachev est un problème différent. Si Islam arrive à l’amener au sol, ce sera un cauchemar. La question n’est pas de savoir si Jack peut le frapper, mais s’il peut éviter le sol assez longtemps pour le faire."
Makhachev : Le grappler invincible face à son plus grand défi
Islam Makhachev (25-1) n’a plus rien à prouver aux poids légers. Avec un règne de champion marqué par des victoires contre Alexander Volkanovski (2023) ou Charles Oliveira (2022), il a déjà cimenté son statut de légende. Mais monter en poids mi-moyens est une autre histoire. "Je veux des défis. Je veux montrer que je peux battre les meilleurs, peu importe la catégorie. Della Maddalena est fort, mais je suis plus intelligent", a-t-il déclaré.
Son atout majeur ? Son grappling. Formé à l’école daghestanaise, Makhachev maîtrise l’art de contrôler ses adversaires au sol, les épuisant avant de les soumettre. Contre des strikeurs comme Dustin Poirier ou Justin Gaethje, cette stratégie a fait merveille. Mais face à Della Maddalena, la tâche s’annonce plus ardue : l’Australien pèse 7 kg de plus et possède une puissance de frappe supérieure.
Un détail intrigue les experts : Makhachev a déjà combattu en mi-moyens… en 2019, contre Arman Tsarukyan (victoire par décision). Mais à l’époque, il pesait 75 kg en combat, loin des 77 kg actuels. "C’est un risque calculé. Islam a toujours eu du mal à faire le poids en légers. Peut-être que cette catégorie lui conviendra mieux sur le long terme", analyse Chael Sonnen, ancien combattant et analyste.
Derrière les projecteurs : La préparation secrète de Della Maddalena
Ce que peu de gens savent, c’est que Della Maddalena a passé les trois derniers mois à s’entraîner avec des spécialistes du grappling, dont Craig Jones, célèbre pour ses techniques de jiu-jitsu brésilien. "Je ne vais pas vous mentir : je sais que Makhachev va essayer de m’amener au sol. Alors j’ai travaillé mon jeu au sol comme jamais. Pas pour le battre à son propre jeu, mais pour me défendre et me relever le plus vite possible", confie-t-il.
Une autre arme secrète ? Son mental. Della Maddalena est connu pour ne jamais reculer, même face à des adversaires plus expérimentés. En 2021, alors qu’il n’était encore qu’un prospect, il avait refusé de toucher son allocation de combat pour payer un entraînement supplémentaire avec Israel Adesanya. "Je veux que les gens se souviennent de ce combat. Pas comme d’un simple titre défendu, mais comme du jour où un gars de Perth a montré au monde qu’on peut battre les légendes", déclare-t-il, les yeux brillants.
Scénarios possibles : KO, soumission ou surprise tactique ?
Trois issues semblent probables pour ce combat :
1. La victoire éclair de Della Maddalena (KO au 1er round) : Si l’Australien parvient à toucher Makhachev tôt avec un crochet ou un uppercut, le combat pourrait se terminer en quelques minutes. Son pouvoir de frappe est tel que même un champion comme Makhachev pourrait être surpris.
2. La domination au sol de Makhachev (soumission après le 2e round) : Si le Dagestanais réussit à amener Della Maddalena au tapis, son contrôle et ses transitions pourraient épuiser l’Australien, menant à une soumission en fin de combat.
3. La surprise tactique (décision serrée) : Moins probable, mais possible si les deux hommes s’annulent mutuellement. Makhachev pourrait utiliser des takedowns défensifs pour éviter les coups, tandis que Della Maddalena pourrait surprendre avec des contre-attaques.
"Ce combat a tout pour devenir un classique. Deux styles opposés, deux ego énormes, et un enjeu historique. Préparez le pop-corn", lance Jon Anik, commentateur officiel de l’UFC.
L’impact sur l’UFC : Un tournant pour les mi-moyens ?
Au-delà du titre, ce combat pourrait redéfinir la division des poids mi-moyens. Si Makhachev l’emporte, il deviendrait le premier combattant à détenir des ceintures en légers et mi-moyens simultanément (même si pas au même moment), un exploit rare. Pour Della Maddalena, une victoire le propulserait parmi les grands noms de l’UFC, aux côtés de Kamaru Usman ou Tyron Woodley.
Une autre conséquence possible : l’émergence d’une nouvelle génération. Della Maddalena, avec son style spectaculaire, pourrait attirer de nouveaux fans vers les mi-moyens, une catégorie parfois éclipsée par les légers ou les lourds. "Jack a ce charisme, cette agressivité qui plaît au public. S’il gagne, il pourrait devenir la nouvelle star de l’UFC", prédit Ariel Helwani, journaliste spécialisé.

